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- Style : Wax Tailor, Blockhead

RJD2 - The Third Hand (2007)
Par MARTIN le 23 Décembre 2012          Consultée 887 fois

Pfffiouuuu *soupire de soulagement*. Fin de lecture du disque, fin de trois quarts d'heure de souffrance. Pourtant, ça n'est pas foncièrement mauvais, RJD2 a du talent, et au moins techniquement parlant, c'est propre, c'est fin, c'est réfléchi, enfin comme d'habitude avec RJD2. Mais, passé ce constat objectif, quel calvaire les amis. Comment Ramble John Krohn a-t-il pu passer de l'excellent Deadringer à cet album ? Passons sur le trop convenablement bon Since We Last Spoke, qui a vu le jour entre ces deux disques, pour nous concentrer sur le fossé, que dis-je, l'abîme qui les sépare. Mais surtout, qui est responsable de cette ignominie ? Pour tenter de répondre à cette question, voici une liste des potentiels suspects :

• Le label ?
RJD2 quitte son label après l'immense succès que furent ses deux premiers disques, pour un label plus grand, plus beau, plus fort, plus apte à diffuser largement ses périples musicaux. Peut-être est-ce ce label, « XL », qui a gentiment demandé à RJD2 de raccourcir ces titres, d'arrêter de faire des structures un tant soit peu libres et originales, et de faire du couplet/refrain/couplet (qui sied assez mal au genre) ?
J'imagine bien ce label, juste après la signature du contrat : « Écoute RJD2, ta musique est vraiment chouette, mais ton Abstract Hip Hop là, ça restera un marché de niche. Tu ne pourrais pas nous faire de la pop à la place ? Tu vois, un truc bien basique, bien caca, pas risqué pour un sou, et puis tu chantes dessus parce qu'on a pas idée de faire de musique sans paroles, tant pis si tu ne sais pas chanter, les auditeurs ne savent pas chanter non plus, eux. Ils n'y verront que du feu. Et puis tu parles un peu de Dieu et toute sa clique, comme ça on touche un nouveau publique effrayé par ta musique du diable. » Mais, soyons réalistes, peu de chance que le label soit en cause, car l'album s'est largement fait molesté par les critiques comme par les auditeurs, RJD2 en a déçu plus d'un, lui qui créait le buzz avant même que le mot buzz existe.

• Le chant ?
Car si quelque chose à changé, c'est l'orientation stylistique de l'artiste, qui délaisse son Abstract Hip Hop bien sentit et bien dansant pour une vielle soupe moisie, enfin pas moisie parce que cela lui donnerait un certain goût, mais non, c'est insipide. Et le chant n'y est pas pour rien. RJD2 délaisse ses samples qu'il maniait pourtant avec un talent éblouissant, préférant poser une voix, la sienne, et peut-être aurait-il du s'abstenir. Il ne chante pas tout à fait faux, non, mais sa voix, pourtant bien banale, possède quand même la faculté particulière de vous agacer en même pas un titre. Elle donne un air mièvre, mielleux, dégoulinant, à des productions certes déjà un peu molles, mais bien léchées (il faut le reconnaître). L'ensemble en devient affligeant de banalité, c'est tout en retenue et on a parfois la chance de simplement s’ennuyer au lieu de s'agacer ou de pleurer de dépit, conscient de la perte d'un artiste pourtant brillant par le passé. Celui qui a réussi à faire croire à RJD2 qu'il avait une quelconque capacité en chant mériterait comme sentence d'écouter du Patrick Sébastien en boucle pendant une heure (c'est déjà suffisant).

• Jésus ?
Pas que je n'aime pas Jésus, bien au contraire, un type qui change l'eau en vin est forcément cool. Mais c'est qu'ici, entre le nom de l'album et les titres en eux même (Have Mercy, The Evening Gospel), on croit deviner sans mal que le père RJD2 a eu une petite révélation bien sentie. Aucun souci, mais des titres comme Laws Of The Gods ou The Evening Gospel possèdent un petit cachet solennel supplémentaire assez peu convaincant dont on se serait bien passé. Un groupe comme ULVER, devenu avec le temps largement mystique, a réussi à accueillir le Bon Dieu dans sa musique avec bien plus de réussite.

Je suis le premier à défendre les changements d'orientation chez les artistes, surtout dans ce cas où l'artiste en question a commencé sa carrière avec un succès insolent, le premier album étant considéré par beaucoup comme étant encore le meilleur. Les temps changent, les envies aussi, et essayer de copier ce que l'on a fait avant, la pression en plus et l'envie et la spontanéité en moins, c'est souvent une entreprise vouée à l'échec. Mais dans ce cas, difficile de ne pas être désappointé par l'orientation prise par RJD2. On en ressort non pas déçu comme cela peut arriver avec un album un peu fatigué et bâclé, mais agacé et incrédule devant un plantage pareil. Enfin, un plantage, vous savez, c'est comme dans ces vieux cartoons ou un petit ange apparaît parfois par-dessus l'épaule, lorsque le personnage est indécis. Ici, il se manifeste par moment pour vous dire « Oh ! Écoute ce petit jeu de batterie, n'est-ce pas joliment exécuté ? Regarde ! Cette accélération progressive dans Work It Out est indéniablement bien fichue ! N'est-ce pas mignon ? » Et puis le diablotin apparaît à son tour (souvent lorsque RJD2 se met à chanter), il vous ouvre les oreilles sur la mièvrerie de l'ensemble et, comme il n'est pas très gentil, vous dit « Te rappelles-tu de Smoke & Mirrors ? Et de Iced Lightening, c'était bien non ? Allez, viens, on s'en va ». Dès lors, il ne vous reste plus que les yeux pour pleurer la perte d'un musicien qui vous est cher, et je vous conseille de partir rapidement, avant que vos oreilles ne se mettent à leur tour à saigner.

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   MARTIN

 
  N/A



- Rjd2 (tout)


1. Intro
2. You Never Had It So Good
3. Have Mercy
4. Reality
5. Work It Out
6. Laws Of The Gods
7. Get It
8. Someday
9. The Bad Penny
10. Beyond The Beyond
11. Sweet Piece
12. Rules For Normal Living
13. Paper Bubbles
14. Just When
15. The Evening Gospel



             



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