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Anaïs MITCHELL - Young Man In America (2012)
Par MARCO STIVELL le 9 Octobre 2012          Consultée 668 fois

Au début de l'année 2012, Anais MITCHELL publie son cinquième album au titre évocateur, Young Man in America. Moins d'un mois plus tard, Bruce Springsteen frappe un coup plus grand encore avec son Wrecking Ball, au succès sensiblement différent. Mais peu importe, ce qui compte c'est que les folkeux d'hier et d'aujourd'hui s'expriment sur le malaise qui va jusqu'à ébranler les Etats-Unis, pays surpuissant dont ils sont les portes-paroles en musique et sans doute les mieux placés pour peser le pour et le contre, même si le climat est davantage au pessimisme.

A tout juste trente ans, la jolie blonde vermontoise vit cette récession et transmet ses inquiétudes en pensant au jeune américain moyen tel «un orphelin, et que ce en quoi il ne peut croire s'occupera de lui». Pense t-elle au gouvernement ? Quelques mois avant des élections décisives (de nouvelles devrait-on dire), ce serait plutôt anticipé. Cette idée de l'américain orphelin est facilement à mettre en relation avec les propres sentiments personnels de l'artiste, qui a trente ans n'est pas encore mère. Du coup, il y a comme un besoin de se rattacher à ses propres parents et particulièrement son père, l'écrivain Don Mitchell, représenté sur la pochette au même âge que sa fille et dont elle emprunte ici un texte («Shepherd»).

L'autre ombre masculine qui plane sur ce cinquième album est, comme pour le précédent, celle de Todd Sickafoose, le bassiste de jazz et rock californien installé à New York, qui joue sur ce disque mais le produit également. Le son est pour la deuxième fois consécutive sans doute le plus dense employé sur un album d'Anaïs MITCHELL, radicalement différent des débuts notamment. Ceci dit, à la différence de l'album Hadestown, ce petit dernier n'est pas précisément un concept-album, dans le sens raconter une histoire. Les textes sont juste intimement liés par les idées mentionnées dans le paragraphe précédent. Et après un album de collaborations, Anais ressent le besoin de livrer une oeuvre plus personnelle, qu'elle écrit à 95 % et interprète elle-même. Avec sa voix enfantine proche de celle de sa consoeur Joanna Newsom, elle nous propose un autre disque emblématique du folk moderne, terre-à-terre dans le fond mais aérien dans la forme, avec un zeste d'audace.

Le début nous le prouve, grâce à ce «Wilderland» martial, construit sur deux accords alternés presque selon l'envie et qui nous plonge dans un état de réflexion, les bruits de poulailler et les instruments à vent ponctuant le tout. En réalité, il forme une suite avec la chanson-titre où le nombre d'accords passe à trois, plaintive et ambitieuse avec ses instruments et sa fin en roue libre. Cependant, dans ce disque, seuls le début et la fin sont réellement empreints de ce parti-pris piquant, que l'on retrouve encore dans le sublime «Ships» et ses montées en puissance. Entretemps, les chansons sont tour à tour posées et entraînantes, à l'image du country «Venus» et de la ballade «Coming Down», soulignées par de solides arrangements de cordes (non classiques) et cuivres, mais qui ne les font pas tant sortir de leur contexte rural.

Et l'on retrouve cette identité jusque dans le choix de conserver des arpèges typiques de cette musique, de grands accords majeurs ouverts et qui évoquent les grands espaces du continent jeune, une recette surexploitée depuis au moins Pete Seeger et Bob Dylan, mais qui fonctionne toujours autant. Quant aux aspirations maternelles qui motivent Anais MITCHELL en attendant d'être satisfaites, on les retrouve sur des chansons comme «Annmarie», certes épique mais menée par une petite mélodie de guitare résolument enfantine. Le propos est souvent éperdu, comme le prouvent les splendides «Tailor» et «He Did». La fin demande plus de temps, notamment un titre plus atypique comme «You Can Forgive», sa rythmique dure à saisir et sa trompette growlée. C'est sûrement aussi cette fin et certains moments qui tournent en rond qui empêchent Young Man in America d'obtenir le statut de pierre angulaire du genre, même si le message est suffisamment pertinent, textuellement et musicalement pour susciter l'intérêt des afficionados. Certaines chansons («Tailor», «Coming Down») sont des merveilles absolues et valent à elles seules le détour, tout comme le travail sur le son. Pour sûr, l'indie folk a encore beaucoup à dire.

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   MARCO STIVELL

 
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- Anaïs Mitchell (chant, guitare)
- Todd Sickafoose (basses, piano, arrangements)
- Michael Chorney (guitare acoustique)
- Andrew Borger (batterie)
- Kenny Wollesen (percussions)
- Adam Levy (guitares)
- Jefferson Hamer (guitare électrique, choeurs)
- Rob Burger (orgue, accordéon)
- Chris Thile (mandoline, choeurs)
- Brandon Seabrook (guitare électrique, banjo)
- Jenny Scheinman (violon)
- Jessica Lurie (flûte traversière)
- Ara Anderson (trompette)
- Ben Goldberg (clarinette, clarinette basse)
- Rachel Ries (choeurs)


1. Wilderland
2. Young Man In America
3. Coming Down
4. Dyin Day
5. Venus
6. He Did
7. Annmarie
8. Tailor
9. Shepherd
10. You Are Forgiven
11. Ships



             



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