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WEEND'ô - You Need To Know Yourself (2012)
Par MARCO STIVELL le 31 Octobre 2012          Consultée 1631 fois

Depuis la fin des années 70, à l'échelle nationale on ne retient techniquement que Francis Cabrel pour Agen et le Lot-et-Garonne, dans le milieu musical bien sûr. Cependant, le guitariste moustachu préfère aujourd'hui la tranquillité d'un folk-variété grand public, alors qu'un groupe comme WEEND'Ô nous dévoile une forme de rock sophistiqué qui a surtout en commun avec Cabrel la qualité de ses textes et de ses mélodies (parenthèse sur Francis refermée), et qui confirme le sentiment de joie quant à la présence non-négligeable de représentants de cette musique en province. Après tout, Ange dans les années 70 étaient franc-comtois et les musiciens de Nemo sont basés en Haute-Loire...

Toutefois, et c'est ce qui fait le charme, chacun a ses influences propres. Loin de vouloir copier ce que d'autres ont déjà fait depuis plus de quarante ans, la musique de WEEND'Ô s'inspire de Pink Floyd, Tool, Porcupine Tree, Joe Satriani, The Gathering, Alanis Morissette, Tori Amos, Sarah McLachlan... Et si ce mélange de masculinité et de féminité vous interpèle, c'est parce que WEEND'Ô repose d'abord sur le duo de musiciens (et couple à la ville) fusionnel formé par Térence Nguyen Van et Laëtitia Chaudemanche, compositeurs de l'ensemble des chansons du groupe, Laëtitia écrivant aussi tous les textes. Ces textes sont empreints d'expériences et de réflexions certes personnelles, mais qui au final demeurent pertinemment universelles. L'amour, si complexe ; la recherche de soi-même («you need to know yourself»)... Le nom du groupe semble être lui-même un porteur de message : inspiré par Ewen, le fils de Térence et Laëtitia, il évoque -métaphoriquement bien sûr- le premier mot auquel pense un être humain prisonnier d'une pièce, qui étouffe et qui a un grand besoin de respirer (ne pensez pas à «climatisation», c'est plus poétique -et écologique- que ça). D'ailleurs, le mot «breathe» revient souvent dans ces textes, même quand la mort est proche («Deadline»).

La musique du groupe fait tout autant sa personnalité pour le moins attirante, sachant que Laëtitia et Térence sont soutenus par des musiciens également solides et qui apportent ponctuellement leur pâte aux compositions. Ce premier disque, You Need to Know Yourself est enregistré au studio personnel d'Olivier Marot à Angoulème, producteur spécialisé dans la branche «indépendante» de la musique et qui -comme le prouve le documentaire sur les coulisses de l'enregistrement en bonus- ne manque visiblement pas d'idées pour ce qui est de faire sonner une musique de manière encore meilleure («ça, c'est bien, mais je l'entends plus de manière acoustique»...). Et la création est à l'honneur sur ce disque, car même si ce n'est pas une influence directe, WEEND'Ô pratique un rock néo-progressif à la Spock's Beard, relatif au choix des grosses guitares mais aussi de l'audace musicale «en prenant le temps». Les chansons atteignent parfois la dixième minute, mais même pour celles qui n'en font que la moitié, il s'y passe énormément de choses et le collectif (groupe + producteur) réussit le pari de rendre chaque mélodie, chaque partie musicale -aussi courte soit-elle- suffisamment marquante pour créer un sentiment d'unité sur l'ensemble du disque, exception faite de très rares moments comme un ou deux fins légèrement rapides.

Vous croiserez donc des chansons tendance Evanescence, des riffs en métriques impaires, des soli fidèles au heavy mélodique sur des guitares clean et aériennes façon Pink Floyd et U2, des boucles de synthés visant à donner une couleur électro (Portishead n'est pas loin sur «Betrayal», «You Need to Know Yourself»), des guitares ambient dignes d'un Mike Oldfield ou d'un Dan Ar Braz («Betrayal»), et plein d'escapades-hommage volontaire ou non, telle cette partie hard-rock ternaire à guitares harmonisées sur «Deadline» et que ne saurait renier Thin Lizzy. Soit une musique très riche et dans laquelle chaque musicien use de son talent, a son heure de gloire. Rodolphe Manai rivalise avec Térence en lead sur «Betrayal» et tous deux savent créer des rythmiques groovy. La basse de Maxime Rami est loin d'avoir un rôle secondaire et, en plus de se réserver quelques jolies transitions («Dark Element»), ajoute souvent des notes glissées bien senties. Nathanaël Buis quant à lui, dynamise le tout sans lourdeur, et nous démontre qu'un solo de batterie n'est jamais aussi fort que quand il n'écarte pas le reste de l'instrumentation («Deadline»). En dehors des boucles, les claviers ne sont pas trop à l'avant (qui a dit que le néo-prog devait comporter des soli de Mini-Moog à tous les breaks ?) mais se fondent intelligemment dans la masse. Quant au couple principal, on ne reviendra pas sur les capacités techniques de Térence Nguyen Van, très lyrique dans sa virtuosité. On s'attardera surtout sur Laëtitia Chaudemanche car elle porte la musique avec une personnalité incroyable, jusqu'à en devenir un élément décisif. Dans sa voix, il y a le timbre d'Amy Lee et le grain de Sinead O'Connor, mais on peut aussi citer des références moins connues comme Rachel Jones pour la chaleur (dans les graves surtout) et Lisa Fury pour la pureté (dans les aigües surtout), toutes deux ex-chanteuses de Karnataka, autre groupe de néo-prog classieux. Il y a donc une certaine richesse, au point qu'au premier contact, elle peut-être facilement déroutante. Et pourtant une fois qu'on est «dedans», en dépit de quelques passages moins fluides -certaines envolées dans les aigües-, elle paraît si puissante, belle... Et elle sait l'utiliser de nombreuses manières différentes. Que dire de ce «The Soulmate» final où elle officie toute seule au piano ? Un vrai moment de grâce (le «My Immortal» de WEEND'Ô), comme d'autres dans l'album mais autrement.

You Need to Know Yourself est, à défaut d'un chef-d'oeuvre, un disque ô combien réussi et prometteur pour un premier essai, plein de références joliment distillées dans un univers personnel et dont la voix de Laëtitia Chaudemanche est à elle seule un joyau inestimable, les textes l'aidant aussi à le rendre «vrai». Certaines chansons nous sont offertes dans deux versions, les «radio edit» ne tenant bien sûr compte que des parties chantées ou supprimant les longues intros, ce qui n'enlève pas pour autant leur audace. Un mot sur le DVD, contenant une prestation du groupe au Rocksane de Bergerac, où il joue l'intégralité de son album sans faire du note-à-note et visiblement sans utiliser d'overdubs (ils programment directement les loops), incluant des inédits comme cette très belle chanson «acoustique» sur les amis dont la vie nous a éloignés et où il confirme scéniquement tout son potentiel (ce qui n'est pas toujours le cas même dans ce style de musique), apparaissant comme captivant et passionnément simple. Une impression que l'on retrouve aussi dans le documentaire et le making-of du concert, où c'est la caméra qui s'adapte qui s'adapte au groupe et non l'inverse. Un objet plutôt généreux d'un groupe qui ne l'est pas moins. A découvrir absolument !

www.weendo.fr
http://www.facebook.com/pages/WEENDÔ-prog-rock-France/252051874840831?sk=wall

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   MARCO STIVELL

 
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- Laëtitia Chaudemanche (chant, piano, claviers)
- Térence Nguyen Van (guitares, loops)
- Maxime Rami (basse)
- Rodolphe Manai (guitares)
- Nathanaël Buis (batterie, percussions, loops)


1. Dark Element (radio Edit)
2. Experience (radio Edit)
3. Betrayal
4. Run Away
5. You Need To Know Yourself
6. Welcome In My Mind
7. Deadline
8. The Soulmate
9. Experience (version Originale)
10. Dark Element (version Originale)
11. Betrayal (radio Edit)
12. + Dvd Avec Concert, Making-of...



             



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