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- Membre : Mark Knopfler
- Style + Membre : John Illsley

DIRE STRAITS - Love Over Gold (1982)
Par A.T.N. le 2 Décembre 2009          Consultée 9047 fois

Quand on suit chronologiquement la carrière de DIRE STRAITS, deux choses frappent totalement lorsque l’on écoute Love Over Gold – quatrième album du groupe – pour la première fois.

La première, c’est le changement spectaculaire du son. Les ambiances un peu Tennessee (piano-bar, rock « springsteenien ») ont été remplacées par un son atmosphérique, parfait. Le piano sonne désormais comme un Steinway de concert, les claviers sont des nappes éthérées, la batterie est chirurgicale, spatialisée, nette (j’ai toujours du mal à croire que ce soit le même Pick WITHERS derrière les fûts), la guitare sèche semble avoir été enregistrée en direct dans notre cerveau, aucun souffle ne perturbe l’air. Bref, nous avons quitté un saloon bon enfant pour un studio high-tech 48 pistes matelassé.

La deuxième, c’est que c’est extraordinairement réussi, alors qu’on pourrait facilement détester cette perte d’authenticité. Mark KNOPFLER nous avait montré sa palette de talents : guitare bien sûr, mais aussi chant et surtout composition. Love Over Gold, c’est la confirmation de son ambition, qui va bien au-delà du blues/country abordé en début de carrière : élaborer un savant mélange de paysages sonores, de phrasés guitaristiques, en conservant un format de chansons, quitte à l’étirer (la plus courte fait plus de 5 minutes).

« Tunnel of Love », deux ans plus tôt, avait donné une indication en ouvrant Making Movies. Scénarisation de la chanson, nombreux paragraphes – un peu comme dans le folk de DYLAN, que KNOPFLER produira d’ailleurs l’année suivante sur Infidels – et déjà un morceau de plus de 8 minutes au final virtuose.

C’est bien sûr du fameux « Telegraph Road » qu’il est question. De 8 nous passons à 14 minutes, et quel tableau mes aïeux ! Après un lever de soleil symbolisé par une fine note de synthé, une lente intro installe le cadre, « A long time ago, came a man on a track / Walking 30 miles with a sack on his back », et une peinture de l’Amérique prend forme, le rêve, les douleurs et l’accélération de sa chute. Tout y est : force narrative, mélodies parfaitement amenées, et long solo comme dernier chapitre de l’histoire au lieu de n’être qu’un plaisir onaniste de guitar hero. Les solos de KNOPFLER sont, pour certains, aussi délectables que des concertos : l’instrument central est mis en valeur, mais l’auteur n’en oublie pas pour autant de construire un dialogue avec les autres musiciens.

A ce quart d’heure assez bluffant succède un autre ovni – dans le sens où rien ne l’annonçait en écoutant les trois premiers albums. « Private Investigations » décrit en deux parties les affres du détective privé, le chant est parlé dans la première moitié, c’est sombre et fumeux comme le bureau de Philip Marlowe, une guitare sèche superbe dialogue avec les marimbas dans la deuxième moitié, avant un bouquet final devenu « classic ».

Avec cette face A et ses deux morceaux bluffants, DIRE STRAITS change de dimension et rentre dans le gotha. Le choix de Philips, lors du lancement du Compact Disc, d’utiliser ce groupe pour promouvoir cette nouvelle technologie est compréhensible : ils offrent un mélange de rock, de blues, d’ambiances, dans une palette sonore très complète et qui prend parfaitement l’espace. L’immense public qu’il touchera désormais l’offrira en pâture aux tenants d’un rock plus sale et plus direct. DIRE STRAITS deviendra le symbole du groupe à succès, trop lisse, qu’il faut détester pour rester ‘vrai’, un peu comme PINK FLOYD en son temps.

La face B ne sera pas d’aussi haute volée, alourdie par un « Industrial Disease » qui se veut satirique mais qui agace par sa mélodie simplette et son rythme de bal populaire, qui annonce l’atroce « Walk of Life ». Sans ce morceau, l'album était simplement parfait... « Love Over Gold » et « It Never Rains » sont plus abouties, et finissent par des instrumentaux extrêmement bien pensés (surtout celui de « It Never Rains », issu d’une lente progression de l’air de départ, qui de belle chanson légère se transforme sans qu’on le voie venir en somptueux solo de guitare nasillarde, aux accents mineurs diaboliques – un des morceaux complètement sous-estimés du groupe).

Ces longueurs, cette place prépondérante des passages instrumentaux… dites-moi, dites-moi, c’est du rock progressif ? Ah ce besoin de mettre les artistes dans une cage avec un nom dessus. Peu importe, évidemment : c’est du rock, et les grands groupes proposent des titres suffisamment variés pour qu’on ne les étiquette pas à vie. Mais je dirais que la finalité ici est très différente de celle des GENESIS ou YES, pour prendre ces exemples. Les titres de Love Over Gold restent des chansons cohérentes, on s’écarte malgré tout assez peu du schéma couplet/refrain. La guitare est extraordinaire et omniprésente (nylon, dobro, électrique… KNOPFLER développe une musicalité unique), mais les autres instruments sont très équilibrés et ne bénéficient d’aucun solo.

A la suite de cet album majeur, la bande partira dans une grande tournée – mais sans Pick WITHERS qui, c’était prévisible, ne se reconnaît plus dans ce nouveau son – dont l’indispensable live Alchemy sera tiré.

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   A.T.N.

 
   MARCO STIVELL

 
   (2 chroniques)



- Mark Knopfler (chant, guitare solo)
- Hal Lindes (guitare rythmique)
- Alan Clark (claviers)
- John Illsley (basse)
- Pick Withers (batterie)
- Mike Mainieri (vibraphone, marimbas)


1. Telegraph Road
2. Private Investigation
3. Industrial Disease
4. Love Over Gold
5. It Never Rains



             



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