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CUBANATE - Antimatter (1993)
Par BAAZBAAZ le 27 Octobre 2005          Consultée 3162 fois

Ce disque ne vous aime pas, ce disque vous déteste. De la première à la dernière chanson, vous sentez toute la haine qu'il a pour vous. Rien de personnel, bien sûr : il en veut au monde entier. A vous, à votre famille, à vos voisins. Ce disque suinte la rage, la colère, le dégoût de soi et des autres ; il est à l'image de son hideuse pochette, c'est-à-dire laid, agressif, avec quelque chose d'obscène. Mieux vaut donc passer votre chemin, faire un détour pour aller apprécier une musique plus amicale, ou du moins qui ne considère pas – comme c'est le cas ici – celui qui l'écoute comme un ennemi à abattre.
Parce que c'est bien là le problème. Avec Cubanate, tout est un combat. La musique, la danse, l'amour ou la vie, tout ça n'est qu'affaire de déchirement, d'insultes, d'amertume exacerbée, d'aigreur et de hurlements. Entendre ça, c'est s'écraser une cigarette dans la paume de la main, c'est s'arracher les ongles. Ce disque là n'est fait que pour ceux qui prennent du plaisir dans la douleur et qui exultent quand ils ont mal. Ceux qui poussent un cri de joie à chaque nouvelle cicatrice. Ils veulent vous voir brûler, ils ne s'en cachent pas : oui, « Body Burn », c'est le titre du premier tube de Cubanate. Un calvaire en forme de riff clinique et syncopé écrasé par un rythme synthétique à la foi primaire et lancinant. Et cette voix : c'est Marc Heal. Il vomit sa rancœur, lance ses imprécations délirantes et tordues, vous regarde droit les yeux. Je veux que ton corps bouge, je veux que ton corps flambe.
Vous êtes toujours là ? C'est donc que vous en redemandez.
Tant mieux, car des morceaux comme ça, ils en ont à la pelle. Ce disque n'est que ça, d'ailleurs. Un assemblage insupportable et grandiose de vociférations animales entremêlées de sonorités métalliques et coupées et hachées et broyées par les grondements et roulements d'une boite à rythme rudimentaires et répétitives. Un premier album qui n'en est pas tout à fait un : l'ensemble de ce que le groupe a sorti sous une forme ou une autre, le plus souvent à destination des dance-floors underground, avant d'attirer l'attention des médias. Du moins si l'on peut qualifier de groupe l'association malsaine d'un chanteur et d'un guitariste – Phil Barry – dont la musique est un assemblage instable de techno, d'electro et d'indus.
C'est-à-dire un mélange tendu entre des rythmes livides lancés à marche forcée, des bidouillages synthétiques, une imagerie froide et martiale – déjà testée par Front 242 ou Nitzer Ebb – et par instant, de façon ponctuelle mais décisive, les fulgurances coupantes du metal.
Une musique qui tranche, une musique qui fait mal. Comme des tessons de verre sur lesquels danser. Mais aussi des sons qui vous arrachent de la torpeur dans laquelle le confort de la normalité et du bien-être vous a plongé. Car Cubanate, ce sont de vraies chansons. Simples : des couplets, des refrains. Deux mains sur la gorge. Et cela donne « Black Out », qui ouvre le disque par la morsure indus d'un chant incantatoire et acéré. Ou cette longue complainte en hypnose, qui tourne en rond – souffrante : « Junky ».
La musique industrielle est ici sous sa forme la plus brute, la plus élémentaire. Ce sont les morceaux d'un groupe qui n'a que sa fureur comme inspiration. Le son est rugueux, parfois crissant, parfois étouffé. Rien à voir avec les ritournelles électroniques des millionnaires technoïdes. Ce côté sale, minimaliste, cette absence de profondeur dans des compositions où tout n'est que surface et angle, c'est l'héritage des mauvaises pistes de danse, des sonos défaillantes ou assourdissantes où ne restent à la fin que l'énergie de la rage.
Soudain, un gouffre sans fond s'ouvre sous vos pieds. Un refrain balancé dans le vide avec une hargne et une foi démesurées, une chute sans fin au dessus de l'abîme. C'est « Exert / Disorder », le grand morceau du disque, et l'on sent le sol se déchirer : le morceau idéal pour partager la haine qui suinte de toutes parts. Pour se prendre la tête à deux mains et la jeter contre le mur. Contre le mur, ou dans la gueule n'importe qui à côté de vous. Ne soyons pas craintifs. Cette musique-là ne le pardonne pas.
Ses folies et ses intensités excusent juste ses quelques facilités, comme « Switch », qui n'est qu'un pâle reflet des Sisters of Mercy. Entraînant, commercial, à la limite indécise entre hommage et plagiat. Mais ça ne compte pas, car à la fin tout est sauvé par « Kill or Cure », la superbe claque qui achève le disque. Et là Heal s'adresse directement à ceux qui l'écoute, les uns après les autres. Je ne t'aime pas. Je te méprise. Je ne veux pas savoir qui tu es. Alors tout est dit. Et même les plus aguerris, ceux qui ne l'avoueront jamais, connaissent une forme de soulagement quand la musique s'arrête enfin. Ils hésitent, l'espace d'un instant, à remettre ça.
Et vous aussi. Car vous n'aimez pas ce disque, vous le détestez. Et ce disque ne vous aime pas non plus.
Tant mieux, ça tombe bien. Parce que dans l'indus, l'amour, on s'en fout.

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   BAAZBAAZ

 
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- Marc Heal (chant, programmation)
- Phil Barry (guitare, programmation)


1. Black-out
2. Body Burn
3. Revolution Time
4. Autonomy
5. Junky
6. Exert / Disorder
7. Sucker
8. Switch
9. Forceful
10. Body Burn (ext. D-code Mix)
11. Kill Or Cure



             



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