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- Style + Membre : Massive Attack

TRICKY - Maxinquaye (1995)
Par JOVIAL le 16 Décembre 2014          Consultée 1036 fois

Un beau jour de 1994, TRICKY claque la porte de la maison Massive Attack. Un geste inconcevable, qui a certainement dû en surprendre plus d’un à l’époque. Se barrer d’un groupe alors en pleine ascension en Angleterre, phare étincelant de la scène de Bristol, grand gourou du trip hop naissant et géniteur de l’un des meilleurs disques de la décennie, en l’occurrence Blue Lines … et bien comme le dirait James Stewart dans la Classe Américaine : c’est pas banal ça ! Mais en s’intéressant rapidement à la personnalité d’Adrian Thaws, TRICKY sur scène, le départ de ce dernier n’a finalement franchement rien d‘étonnant. Ce ne fut en aucun cas sur un coup de tête. Fin 1991, il avait déjà commencé à prendre ses distances avec le groupe. Sa présence sur Protection trois ans plus tard prendra plutôt la forme d’une apparition furtive que d’une réelle participation, il n’y cosigne ainsi que deux morceaux dont le single « Karmocoma », grand succès de Massive Attack en 1994. Les raisons de cet éloignement progressif n’ont jamais vraiment été détaillées par l’intéressé, mais les rares interviews où le sujet est abordé renvoient à quelques vagues divergences artistiques. Sa rencontre avec Marina Topley-Bird, dont il lancera la carrière et qui deviendra sa compagne, est semble-t-il un point tout aussi important. Passablement vexé d’assister au recalage de sa copine devant les prestigieuses portes de Massive Attack, TRICKY aurait alors commencé à se dire qu’aller voir ailleurs était peut-être une bonne solution pour la suite de sa carrière. Ajoutons immédiatement à cela la sortie de Protection qu’il n’approuvera guère et on tient peut-être là l’explication de son départ. Quoiqu’il en soit, notre homme ne traîne pas à se mettre au taf et sort dès l’année suivante son premier album en solo, Maxinquaye.

Et quel album… Faisons simple, Maxinquaye enterre tout le monde en 1995. Mieux que Massive Attack qui s’essouffle avec Protection, mieux que les nouveaux venus de Portishead qui rayonnent au contraire avec Dummy. TRICKY retourne à l’essentiel du trip hop, tel que décliné sur la référence Blue Lines : une musique qui brasse les styles, les réunit sans contrainte. La soul y côtoie l’electro, on marie le dub et le rock, le hip hop s’immisce entre tous. Maxinquaye est un disque aux milles visages, mais ne joue pas pour autant la carte du melting pot, l’album reste d’une cohérence résolue du début jusqu’à la fin. Contrairement à Portishead qui en usera moins, TRICKY y perpétue passionnément la tradition du sample, nous délivrant parfois des associations surprenantes : Mickael Jackson et Public Enemy se renvoient mutuellement la balle sur l‘explosive « Brand New You’re Retro », quand « Feed Me » parle d’amour et calme les ardeurs rebelles de KRS-One. « Black Steel » et « Ponderosa » utilisent des percussions indiennes d’une façon que n’aurait certainement pas renié Asian Dub Foundation, qui émerge d’ailleurs en cette même année. Enfin, la chaleureuse « Hell Is Round the Corner » reprend « Ike’s Rap 2 » du maître de la soul Isaac Hayes, comme Portishead l’avait fait avec la fameuse « Glory Box », sur des tons cependant plus élégiaques de la part de Beth Gibbons.

Après les samples, l’ossature des compositions en elle-même est remarquablement bien soignée et très riche. Le passage par l’école Massive Attack se fait bien évidemment sentir, mais TRICKY s’aventure toutefois nettement plus loin que ses anciens camarades. On l’imagine d’ailleurs mal s’essayer à la réalisation d’un Blue Lines bis, ou même d’une suite à celui-ci. Dès l’ouverture, « Overcome » rompt presque brutalement avec le trip hop des aînés. Les sonorités sont froides, presque glauques, l’ambiance est sombre, prête au mystère. En vrai pionnier, TRICKY explore une face encore inexplorée du trip hop. « Strugglin’ » nous englue de toute sa paresse suintant la dope, « Pumpkin » préfigure les futurs travaux de Portishead, « Brand New You’re Retro » frappe de part son agressivité, « Black Steel » et sa grosse guitare nous flambent à la figure après une introduction toute orientale. Martina Topley-Bird effectue une première apparition remarquée, sa performance sur des morceaux comme la troublante « Overcome » ou la magnifique « Feed Me » est loin de passer inaperçue. En duo, nos tourtereaux impressionnent tout autant et s‘imaginent des mondes à deux, de l’après-midi farniente tranquille sur « Suffocated Love » à la baise sordide de la pourtant magnifique « Abbaon Fat Tracks », pour finir par l’errance malade avec l’obsédante « Aftermath ». Les deux autres voix féminines ne sont pas en reste, la chanteuse islandaise Ragnhildur Gísladóttir illumine l‘excellente « You Don’t » ; la jeune Alison Goldfrapp, encore inconnue en 1995, habite littéralement « Pumpkin ».

Il semble que ce soit une constante chez les artistes de trip hop dans les nineties : le premier album est très souvent un coup de maître. Pas besoin de vous le répéter, TRICKY n’échappe ô combien pas à cette règle. Maxinquaye renouvelle un genre encore trop dominé par Massive Attack à l’époque et impose un son plus immersif, plus urbain aussi peut-être, parfois plus rude c’est certain. Adepte de l’improvisation, TRICKY développe un style qui paraît plus libre, plus malléable, presque chaotique aux premiers abords. Rien n’est retouché après l’enregistrement, qui se fait par ailleurs en une prise. Une spontanéité qui fait également la force et l’originalité de Maxinquaye, pour un style qui pardonnera bientôt de moins en moins l’approximatif. Une vraie réussite donc, une référence du trip hop !

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- Tricky (chant/composition)
- Howie B (composition)
- Pete Briquette (basse)
- Ftv (guitare/batterie)
- Alison Goldfrapp (chant)
- Martina Topley-bird (chant)
- Ragnhildur 'ragga' Gísladóttir (chant)
- Mark Saunders (claviers/guitare/samples)
- James Stevenson (guitare)
- Mark Stewart (chant)
- Tony Wrafter (flûte)
- Ali Staton (mixage)


1. Overcome
2. Ponderosa
3. Black Steel
4. Hell Is Round The Corner
5. Pumpkin
6. Aftermath
7. Abbaon Fat Tracks
8. Brand New You're Retro
9. Suffocated Love
10. You Don't
11. Strugglin'
12. Feed Me



             



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