Recherche avancée       Liste groupes



      
GARAGE PUNK  |  STUDIO

Commentaires (1)
L' auteur
Acheter Cet Album
 


Jay REATARD - Blood Visions (2006)
Par PINHEAD le 24 Janvier 2015          Consultée 1147 fois

Jay est précoce. A 15 ans, il enregistre ses premières maquettes de garage rock à base de guitare saturée et de tonneaux rouillés en guise de percussions. Après avoir multiplié les groupes, les collaborations, le guitariste de Memphis se forge un niveau solide et surtout débordant d'une énergie qui fait parfois défaut à pas mal de groupe. On est au début d'une décennie où le rock revient à la mode sous des oripeaux d'élégance bohème faussement cradingue (STROKES, LIBERTINES et autres bébé rockeurs).
Jay est énervé. Le garage punk qu'il envoie en compagnie de son frère dans les deux albums du groupe REATARDS à l'aube des 2000's est crasseux, puant, et sans concession. Un rock aussi gras que sa touffe de cheveux et mauvais que l’œil insolent qu'il arbore sans arrêt.
Jay est productif. Avant son premier album solo, Blood Visions, on peut déjà dénombrer dans discographie une bonne trentaine d'albums sanguinaires, lo-fi, bruyants, gueulards, efficaces, punkisants... Et je ne vous parle pas des 45 tours, EP et autres compilations.

Jay est insolent. Pose en slibard aspergé d'un sang rosé sur son premier album solo. Il tient solidement chant, guitare, batterie et basse, prêt à enculer le business plutôt que les mouches. Prêt à gueuler et cracher dans le micro plutôt que proposer de la soupe.
Jay est rapide. Une quinzaine de morceaux sur Blood Visions, trois minutes max, moins d'une demi-heure au total. Pour se faire entendre, il faut parler vite. Les RAMONES et les CRAMPS l'avaient compris.
Jay est braillard. Ses riffs de guitare vous sautent à la gueule sans arrêt, d'une violence tantôt inouïe (« Greed, Money, Useless Children »), tantôt émasculée (« Blood Visions »). Quand on parle vite, on parle FORT, ON GUEULE!!!
Jay pue la névrose. Ses paroles puent la torture, la confusion, les abysses d'un cerveau obsédé par la peur à laquelle il fait face en se cognant la tête contre les amplis. La mélodie et les paroles de « My Shadow » prouvent en trois minutes que le plus dégueulasse des punk du Tennessee peut être doté d'une sensibilité à fleur de peau épluchée.
Jay s'en bat parfois complètement les couilles, car sans une bonne dose de fun, autant se tirer direct une bastos dans le crâne (« My Family »). Jay s'amuse littéralement en jonglant entre des riffs qui accrochent direct, avec le mérite de ne pas se répéter.

Parce que, merde, Jay sait écrire des chansons. « Death Is Forming », même dépouillée de toute son énergie coléreuse et urgente, est un exemple pour tout compositeur pop. Le refrain qui tue, en harmonie parfaite avec les couplets. Les transitions sont travaillées et SURTOUT, il y a un effort pour ne pas se répéter. Il est fréquent qu'une partie guitare s'incruste dans votre mémoire alors qu'elle n'aura été jouée qu'une fois dans le morceau.
Jay est en effet bavard. Combien de riffs différents dans un morceaux ? Il s'agit là de ne pas dire constamment la même chose, quitte à ramener discrètement une gratte acoustique avant un passage shoegaze torrentiel (« It's Such A Shame »).

Ben ouais, Jay est vraiment spécial. L'histoire d'un mec qui matte une fille jouer avec ses enfants dans le parc devient flippante grâce au pouvoir de la mélodie badass et des renversements rythmiques (« When I Sa You Standing There »).
Car Jay est quand même un sacré Freak ! Et c'est ce qui le rend si attachant. Comme je l'ai dit, Blood Visions peut à la fois te donner en vie de péter la gueule à tout le monde, de te bourrer la gueule avec tes meilleurs potes, ou tout simplement de danser les yeux fermés.
Mais Jay est aussi un weirdo. Tu peux très bien passer du rire aux larmes pendant l'écoute de Blood Visions. Avoir la frousse de tourner au coin de la rue obscure, envie de te défoncer la gueule au speed pour oublier ton malaise, ou même de te suicider devant toute la tristesse qu'il arrive à te faire ressentir entre deux éclats de bonheur.

Faut le dire, Jay était un petit génie. Était. Ouais. Jay est mort en 2010. Overdose de coke. Je me souviens avoir lu une de ses interviews où il déclarait vouloir lever le pied sur sa pédale de disto et sur son style de vie aussi urgent et destructeur que sa musique. Heureusement, il aura écrit son chef d’œuvre avant de claquer. Mais Jay a été un bon exemple pour toute une génération de freaks accros à l'overdrive, à la poussière des garages et à la sueur des caves. Je suis persuadé qu'il a un peu préparé le terrain à tous ces punks Californiens qui nous font aujourd'hui pogoter sur le groove d'un rock n' roll punk, puissant en sans concession. Je pense à John Dwyer (THEE OH SEES), Ty SEGALL, The BLACK LIPS ou Mikal CRONIN.

Alors Jay, sérieux, merci.

A lire aussi en PUNK-ROCK par PINHEAD :


NIRVANA
Live At Reading (2009)
Bordel sonore

(+ 1 kro-express)



The RAMONES
It's Alive (1979)
300 à l'heure


Marquez et partagez





 
   PINHEAD

 
  N/A



- Jay Reatard (chant, guitare, basse, batterie.)


1. Blood Visions
2. Greed Money, Useless Children
3. It's So Easy
4. My Shado
5. My Family
6. Death Is Forming
7. Oh It's Such A Shame
8. Not A Substitute
9. Nightmares
10. I See You Standing There
11. We Who Wait
12. Fading All Away
13. Turning Blue
14. Puppet Man
15. Waiting For Something



             



1999 - 2019 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod