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ROCK PSYCHEDELIQUE  |  STUDIO

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- Style : Chicago, Harry Nilsson
- Membre : Blood, Sweat & Tears, Bloomfield, Kooper & Stills

Al KOOPER - I Stand Alone (1968)
Par LONG JOHN SILVER le 14 Avril 2015          Consultée 1201 fois

Le lâcher prise est une option souvent difficile à envisager et pourtant elle peut s’avérer être salutaire dans bien des situations et ne peut en aucun cas être considérée comme un renoncement ou une reddition. L’opiniâtreté permettant de trouver autres voies, autres projets, autres partenaires afin d’accomplir ce qu’on pense être sa destinée. Même s’il ne s’agit véritablement que de parcourir une étape supplémentaire sur le chemin chaotique de sa propre errance. Al Kooper est un créatif en pleine ébullition, en cette année 1968 il vient de publier Child Is Father To The Man avec BLOOD SWEAT & TEARS, excellent album Pop/Soul/Jazz/Psyché contenant "I Love You More Than You’ll Ever Know", une ballade torride et humide en mesure de rompre la glace du désir sexuel plus surement que celle qui fond dans les cocktails alcoolisés. Arriver à reproduire réussite identique relève de la gageure d’autant que les musiciens de BS&T –qui ne cesseront d’interpréter la chanson- choisissent de se libérer de la tutelle du créateur. Kooper, évincé, monte à la hâte le projet Super Session avec Mike BLOOMFIELD (son ex complice chez DYLAN) et Stephen STILLS puis s’en va réaliser le prolongement de Child Is Father To The Man… Seul.

Parce qu’ I Stand Alone s’inscrit d’emblée comme étant la suite du premier album de BS&T bien plus évidemment que Blood Sweat & Tears (l’album) ne le fait. Vous me suivez ? Cependant, configuration oblige, si I Stand Alone reprend à son compte le mix Pop/Soul/Jazz/Psyché présent sur CIFTTM, force est de constater qu’on y trouve surtout moins de Jazz et un peu plus du reste. Ce disque sonne plus rock que son prédécesseur. Kooper est parti enregistrer à Nashville qui est devenue la Mecque pour les grosses productions mainstream US.
Fort heureusement le bonhomme a du goût, d’autant que bon nombre des pointures qui enregistrent dans l’ombre des vedettes sont en mesure d’apporter satisfaction aux exigences de l’artiste. Mais Kooper, qui aime bouger, s’en ira également parfaire son album un peu partout sur le territoire américain, lui conférant à nouveau une palette d’ambiances étendue. "Overture" reprend l’idée du rire étrange -qui se mue ici en cri d’épouvante- sans le fondre sur l’arrangement de cordes qui expose les thèmes développés dans l’album. On ne peut-être plus explicite en recyclant de la sorte l’"Overture" qui initiait le BS&T. De là à évoquer un règlement de compte envers ses anciennes créatures, il est un pas qu’AL a peut-être franchi lorsqu’il conçut la structure formelle de I Stand Alone. Les titres des deux albums parus en 1968 (celui de BS&T puis le sien donc) sont évocateurs par leurs choix et portent intrinsèquement de quoi nourrir moultes questions existentielles aussi.

"I Stand Alone" arrive sans temps mort, tous les titres du disque sont liés. Il s’agit d’une ballade r’n’b avec des couplets calmes et des refrains plus rythmés. Une intro jazzy jouée au piano précède une déclaration d’amour quelque peu amère pour celui qui poursuit un idéal. Les ex-acolytes ont probablement eu les oreilles qui sifflent. Ensuite, "Camille" est une chanson pop grandiloquente où on perçoit nettement l’influence des BEATLES de Sgt Pepper puis LA perle de l’album émerge comme le fit quelques mois auparavant « I Love You… » sur CIFTTM. "One" est déjà connue –et adulée- par les rares esthètes qui possèdent Aerial Ballet d’Harry NILSSON ; la version qu’en propose Kooper est à nouveau bouleversante de beauté. Il faut oser reprendre Nilsson, ce que Kooper avait déjà fait, mais alors celle-là… Pourtant le bonhomme, sans être le meilleur chanteur du monde, parvient à se l’approprier et à rendre copie magistrale. Les cordes classiques rappellent à nouveau les fabs, ceux d’"Eleanor Rigby" cette fois, puis l’arrangement accompagnant la mélodie se complexifie, toujours au service du propos mélancolique sans jamais le surligner, le titre s’achève a capella, sous une averse d’orage. C’est tout simplement magnifique.

Comme sur CIFTTM, les hommages s’enchainent, c’est au tour de Stevie WINWOOD d’être célébré. "Coloured Rain" affiche un psychédélisme luxuriant et ravigotant à la fois, la pluie emportant avec elle les scories du passé. De fait "Soft landing On The Moon" est totalement dans l’air du temps si on se rappelle que 2001 : A Space Odyssey vient de sortir et qu’en juillet 69, la main de l’homme mettra pour de bon le pied sur la Lune. "Soft Landing…" est l’occasion prise par Kooper de faire joujou avec l’électronique balbutiante en triturant les premiers synthés façon démo. Hors contexte, ce morceau n’est évidemment pas le plus indispensable de la création. Sis au milieu du disque il enfonce un coin dans l’étrangeté roborative de l’album.

Après on ne peut s’empêcher d’imaginer que ceux qui formeront le groupe CHICAGO ont bien écouté "I Can Love A Woman", tant cette ballade ressemble à celles qui feront sa renommée. Le standard "Blue Moon Of Kentucky" assurant, lui, récréative transition country/western/banjo joyeux vers la soul et entrainante "Toe Hold", unissant pour le coup les traditions musicales populaires blanches et noires sous les ors de la pop. "Right Now For You", emmenée par un son de clavier proto-80’s, est plus folk quand "Hey, Western Union Man" réussit la prouesse de posséder titre et allure country pour rapidement se révéler soul/funk, étant appuyé par les chœurs des BLOSSOMS, trio vocal Rn’B féminin. La comparaison avec CIFTTM est une fois de plus inévitable pour "Song And Dance…", chanson maillée de cordes frottées comme l’était également "The Modern Adventures…", toujours avec un titre à rallonge mais où le psychédélisme se fait plus angoissé, les cris d’épouvante du début de disque sont repris et Al met un point d’honneur à nous délivrer un petit solo de claviers sur le fade out. Cependant le disque se conclut en pochade, Kooper raconte qu’il est incapable de jouer de la batterie avant d'envoyer un gros coup de gong comme point final.

Al Kooper, n’a donc pas chômé en 1968 puisqu’il vient de publier trois disques dont I Stand Alone est le premier présenté sous son nom. Il s’agit d’une nouvelle réussite, le gaillard parvenant à mêler exigence, haut niveau musical et accessibilité ; prise de risque et réussite artistique. Sa personnalité lui permettant de proposer de convaincantes performances vocales, son expérience et son carnet d’adresses de réaliser des œuvres ambitieuses, son talent de composer globalement des titres de qualité. Le bonhomme est à la fois espiègle et passionné ce qui le rend passionnant. Tout comme son parcours. D’ailleurs, l’année n’est pas tout à fait finie : Al KOOPER retrouve Mike BLOOMFIELD pendant trois jours en septembre et enregistre The Lives Adventures Of Mike Bloomfield And Al Kooper au Fillmore West. Un Live devenu mythique qui paraitra en 1969.

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BLOOD, SWEAT & TEARS
Child Is Father To The Man (1968)
Psychedelical soul


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   LONG JOHN SILVER

 
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- Al Kooper (chant, claviers, guitare, ond)
- Wayne Moss (guitare)
- Charlie Daniels (guitare)
- Jerry Kennedy (guitare)
- Charlie Mccoy (basse)
- Ken Buttray (batterie)
- The Blossoms (choeurs)


1. Overture
2. I Stand Alone
3. Camille
4. One
5. Coloured Rain
6. Soft Landing On The Moon
7. I Can Love A Woman
8. Blue Moon Of Kentucky
9. Toe Hold
10. Right Now For You
11. Hey, Western Union Man
12. Song And Dance For The Unborn, Frightened Child



             



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