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1888 Requiem

Gabriel FAURé - Requiem (1888)
Par AIGLE BLANC le 8 Juillet 2015          Consultée 678 fois

L'écriture de son Requiem qui s'étale sur plusieurs années est le résultat des difficultés rencontrées par Gabriel FAURE dans la réception de son oeuvre. En effet, cet opus 48 a connu plusieurs versions, chacune liée à des remaniements opérés par l'auteur.
A la première représentation du 16 janvier 1888, l'oeuvre ne comprenait que cinq mouvements : Introït/Kyrie, Sanctus, Pie Jesu, Agnus Dei et In Paradisum. En 1889, fut ajouté l'Offertoire et en 1892 le Libera Me, pour aboutir à la structure définitive de sept mouvements.
De la même façon, la première version adoptait la forme d'un petit ensemble à cordes (quatuor traditionnel) enrichi d'une harpe, d'une timbale et d'un orgue en guise de cuivres. Pour satisfaire au goût de l'auditoire et de la critique, le compositeur a considérablement étoffé par la suite la masse instrumentale jusqu'à atteindre finalement l'ampleur d'un orchestre.

On a reproché au Requiem de G.FAURE de ne pas traduire l'effroi de l'homme face à la mort, contrairement à ceux de MOZART et de BERLIOZ. On l'a même qualifié de « berceuse de la mort ». Le compositeur français revendique cette rupture expressive, en affirmant son approche apaisée de la mort perçue comme promesse du Paradis. Voici ce qu'il écrit à ce propos : « Peut-être ai-je aussi, d'instinct, cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que j'accompagne à l'orgue des services d'enterrement ! J'en ai par dessus la tête. J'ai voulu faire autre chose. ». C'est clair, FAURE ne supportait plus la lourdeur solennelle des messes accompagnant les obsèques.
Il assume aussi une rupture stylistique d'avec l'opéra, genre alors si prisé qu'il avait fini par contaminer les oeuvres sacrées dont le Requiem de son confrère BERLIOZ qui en reprenait les effets dramatiques et l'emphase des dimensions. Les compositeurs cherchaient alors à séduire le public profane des opéras en déployant la grosse artillerie de l'art dramatique, diluant de ce fait l'inspiration religieuse.

Ces précisions nous permettent de mieux appréhender une oeuvre entrée au panthéon de la musique classique. Le projet initial de Gabriel FAURE n'a pas été respecté, la transposition pour grand orchestre étant aujourd'hui la plus communément jouée et donc la plus connue du public. Les deux mouvements ajoutés par le compositeur lui-même ont été semble-t-il une concession accordée au goût de son époque pour les effets dramatiques. La chronique que vous lisez s'appuie exclusivement sur la version orchestrale du Requiem.

Si l'Opus 48 figure parmi les plus joués en concert et les plus gravés sur disque, c'est aussi vers lui que se tournent le plus volontiers les cinéastes en mal de compositeurs : Terrence Malick dans sa Ligne Rouge et Bernard Rose dans son étrange Paper House (1988) empruntent ainsi le fameux “Sanctus” au Requiem de FAURE.
Que cette oeuvre soit l'une des plus visitées par le 7°art n'est pas le fruit du hasard : Gabriel FAURE a composé des musiques de scène pour le théâtre, dont celle du Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck (prochaine chronique en perspective). Nul doute qu'il aurait investi son talent dans des BO s'il avait connu plus jeune le cinématographe.

Le Requiem, de dimension aussi modeste soit-il, est la preuve éclatante du génie mélodique de son auteur qui dissimule souvent d'insondables complexités harmoniques sous le velouté de mélodies belles et amples, toujours évidentes. Il réserve au Choeur des moments de pure splendeur : écoutez attentivement l'”Introït”, entrée en douceur qui happe l'auditeur par l'alternance savante de moments murmurés, tout en retenue, et de jaillissements libératoires à l'intense recueillement. Ce qui frappe ici, et qui constitue je crois l'originalité du traitement réservé au Choeur, c'est l'alternance récurrente entre les voix masculines et féminines qui se retrouvent unies dans les passages les plus intenses.
Dans l'”Offertoire”, la messe basse que déploie le Choeur débouche sur le chant soliste d'un Baryton, parenthèse délicate qui fait alors sonner le Requiem comme un lied, genre dont G.Fauré est passé maître. Quand le Choeur reprend sa place, c'est dans un souci de continuité, avec une grâce qui prépare au célèbre mouvement suivant.
Le “Sanctus” est une merveille mélodique. Le choeur féminin dialogue dans un premier temps avec le choeur masculin. C'est une douceur éthérée tout d'abord qui nous transporte. Puis, le Choeur se réunifie dans une explosion vocale à la solennelle grandeur sans que soit altérée sa douceur initiale. Et dans cet espoir poignant vibre une formidable tendresse. Autant de beauté et d'espoir mêlés dans une si courte pièce, quelle concision remarquable de la part de son auteur !
Le “Pie Jesu” vient comme une réponse à l'”Offertoire”. Cette fois, le Choeur en est absent et la voix soliste qui endosse le chant est celle d'une soprano. A l'origine, c'était un garçon qui tenait ce rôle. Très court, ce mouvement lui aussi frémit d'une grâce diaphane particulièrement apaisante.
L'”Agnus Dei” contient des passages plus inquiets, voire plus graves, mais ils sont brutalement effacés par une reprise étonnante de l'”Introït”, moment d'autant plus surprenant que cette reprise partielle ne marque pas la conclusion de l'oeuvre.
Le “Libera Me” entonné par le baryton soliste trouve une forme de grandeur qui n'est pas sans évoquer l'opéra, surtout quand le Choeur unifié, d'une voix assurée, semble encourager le soliste à accepter son triste sort. Ensuite, le Choeur reprend l'air du baryton avec une autorité décuplée avant que le soliste ne se résigne d'une voix mourante à accueillir le Paradis.
“In paradisum”, le dernier mouvement, est en même temps le plus minimaliste, avec son Choeur féminin aux suaves sinuosités, et sa basse soutenue jouée par l'orgue, conclut le Requiem sur sa note la plus sereine. La composition d'une simplicité désarmante situe Gabriel FAURE parmi les précurseurs de la musique ambiante chère à Brian ENO. Sa grâce éthérée sonne comme le lointain écho d'un autre magnifique Requiem, celui de Cherubini, qui se terminait lui aussi par l'un de ces moments de grâce suspendus, empreinte divine projetée sur la partition : un avant-goût de l'éternité.

Si la version initiale du Requiem, avec un effectif réduit des instruments et du Choeur, (la version de chambre pour ainsi dire), vous tente, l'enregistrement de Philippe Herreweghe (1988, Harmonia Mundi) fait autorité. Le Choeur y est tenu par des enfants.
Parmi les innombrables versions orchestrales et choeur de grande ampleur, l'enregistrement d'André Cluytens (1963, EMI Classics) est probablement le plus puissant. Il bénéficie de deux solistes exceptionnels : la Soprano Victoria de Los Angeles (absolument divine) et le Baryton Dietrich Fisher-Dieskau (au timbre d'une profondeur bouleversante).
Je chéris aussi l'intense et vibrante ferveur du Choeur dans l'enregistrement de Daniel Barenboïm (1974, EMI classics).

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   AIGLE BLANC

 
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1. Introït/kyrie
2. Offertoire
3. Sanctus
4. Pie Jesu
5. Agnus Dei
6. Libera Me
7. In Paradisum



             



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