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Natasha ST-PIER - Mon Acadie (2015)
Par MARCO STIVELL le 20 Novembre 2015          Consultée 1828 fois

Saperlipopette ! Voyez donc cette pochette... Natasha ST-PIER affublée d'une coiffe amérindienne pour un album qui s'appelle Mon Acadie (non mais franchement !), et dont on sait d'avance ce qu'il contient, quelque chose d'aussi factice qu'une retouche Photoshop... Nul ! Zéro pointé ! Déjà qu'on n'entendait plus parler d'elle, une reconversion s'impose, tabernacle (qui d'ailleurs s'écrit tabarnak) !

La belle chanteuse de 34 ans lance donc son propre album de reprises, sur le modèle de Nolwenn LEROY et son Bretonne, en affichant un besoin de « retour aux sources » et dont on ne remettra pas la sincérité en cause. Toutefois et comme pour LEROY, cela se produit là encore à un moment crucial, suite à une baisse notable de succès de l'artiste au cours des dernières années. Forcément, il y a une certaine attente de la part de l'entourage professionnel, quitte à investir davantage en publicité. Et donc, cette pochette flashy...

Cela dit, on ne saurait s'arrêter à un tel détail. Si ? Vraiment ? Comme c'est dommage ! Non parce que vous avez là une occasion idéale d'aborder la musique acadienne... Pour le bon Français moyen, nourri aux clichés, c'est le genre d'argument qui passe ou qui casse. Il suffit d'écouter les délires niaiseux sur l'accent québécois, transformé en dégoût profond bien souvent. Combiné à la musique folklorique du Grand Nord, l'estime portée est souvent encore moindre que celle des chanteurs corses vus par les Métropolitains, c'est dire !

Ce n'est pas le premier morceau et single principal, accompagné de son clip très connoté, qui y changera quelque chose, ni même d'ailleurs pour les amateurs de cet univers ! Claps dans les mains, banjo et harmonica se retrouvent sur le festif "Tous les Acadiens", où Natasha ST-PIER la chanteuse trouve une nouvelle (si l'on peut dire !) façon de démontrer son talent. De la musique cajun pure avec une mélodie efficace et une ambiance communicative, à grands coups de "Yeehaa !", de "Lâche pas la patate !", de "La faute à qui donc ? La faute à Napoléon !" et j'en passe.

En fait, la chanteuse ne fait que rajeunir la chanson écrite par Michel FUGAIN et interprétée avec son Big Bazar il y a une quarantaine d'années. Une entorse au principe des reprises traditionnelles, mais vu que le morceau reste fidèle à l'esprit du genre, on ne va pas cracher dans la soupe ! D'autant plus que l'ami Michel, le plus canadien des Grenoblois, se prête à un duo endiablé sur "La Bastringue", où il danse verbalement avec Natasha. Il y a une fraîcheur évidente, et puis ça joue ! Pour rester proche dans le temps, on croirait entendre une session de LA VIREE, dont les musiciens brillent par leur présence ici.

Comble de la surprise, les deux seuls morceaux dansants de l'ensemble viennent d'être cités. Les clichés retournent au placard, même si, de manière différente, on doit se souvenir des expériences passées (et sans doute futures) de la chanteuse. Les célèbres "Travailler C'est Trop Dur" et "Evangéline" sont prétextes à employer plus de violons symphoniques sur fond de ballades où Natasha quitte ses bottines de folkeuse, enfile son tailleur et redevient la "grande voix" de la variété, telle qu'on l'a connue.

Néanmoins, ce n'est pas malvenu ici, en particulier pour "Evangéline" qui reste un hymne magnifique doublé d'un texte déchirant, et régulièrement interprété avec beaucoup d'âme (soul en anglais...) par les artistes acadiens. Roch VOISINE est convié à un "Cap Enragé" au ton pop-rock simpliste, mais qui ne dénature pas non plus cette jolie chanson d'amour ancrée dans les grands espaces désertiques du Québec et du Nouveau-Brunswick.

Et puis il y a toute cette série de titres plus confidentiels qui font la réussite et l'intérêt principal de l'opus, avec des arrangements raffinés. Le chanteur GREGOIRE n'a jamais autant étonné et touché que sur "La Tempête", morceau mystique évoquant les divers conflits coloniaux qui ont marqué l'histoire du Canada, et du point de vue des habitants d'un petit village attaqué. Partagé avec Edith BUTLER, "Marie Caissie" possède réellement quelque chose de féérique. "Ani Couni" est gorgé de voix et de percussions pour un hommage sobre et élégant aux populations Amérindiennes, de même que "Moweome Aoimkoai", chanté avec Kit GOGUEN en micmac, un des dialectes algonquins.

Il y a donc un effort certain de la part de Natasha ST-PIER, ainsi que des performances soignées, pour certaines fidèles aux recettes de son succès, et d'autres qui sont une réelle prise de risque, quitte à se placer en retrait – ce qui n'est guère le point fort de la variété, on le reconnaîtra facilement. Ceux qui espéraient entendre "Tous les Acadiens" sur l'ensemble d'un disque en seront pour leurs frais (ou leurs clics sur le Web). Cela fait toute la qualité de l'expérience, si l'on ajoute des interventions soignées d'instrumentistes locaux autant que de chanteurs réputés. Une parenthèse peut-être éphémère, mais sans prétention (malgré le premier contact avec la pochette !) et à découvrir.

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   MARCO STIVELL

 
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Non disponible


1. Tous Les Acadiens
2. Cap Enragé (duo Avec Roch Voisine)
3. Ani Couni
4. Travailler C'est Trop Dur
5. Le Mal De Pays (duo Avec Tony Carreira)
6. Marie Caissie (duo Avec Edith Butler)
7. La Bastringue (duo Avec Michel Fugain)
8. Réveille
9. La Tempête (duo Avec Grégoire)
10. Moweome Aoimkoai (duo Avec Kit Goguen)
11. Evangéline



             



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