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THELONIOUS MONK - Monk's Dream (1963)
Par TEEMO le 3 Avril 2016          Consultée 1430 fois

A ses heures perdues, Thelonious Monk s'adonnait à une drôle d'occupation : il suspendait des casseroles au dessus de son piano, puis plaquait différents accords pour en étudier les résonances. Il répétait l'opération en variant la taille des ustensiles et leur disposition... Cette expérience acoustique un peu farfelue et presque avant-gardiste en dit long sur ce personnage ténébreux qui est l'une des fortes personnalités du jazz et des plus emblématiques. Un homme hors piste, tout comme son jeu maniant sans cesse le contretemps ; un homme facilement irritable, à l'image de sa musique bardée de dissonances.
« Melodious Tonk » est l'un des surnoms qu'il portait en référence à son goût prononcé pour la cacophonie que produit le centre-ville de Manhattan, ville dans laquelle il a vécu étant jeune – les klaxons des véhicules, ces « tonks », le fascinaient et l'inspiraient. Il est d'ailleurs toujours intéressant de constater à quel point les moyens de locomotion ont toujours constitué une source d'inspiration pour les musiciens. On pense surtout au blues au sein duquel le train occupe une place prépondérante et symbolique, tant dans les paroles que dans l'approche rythmique.

On reconnaît souvent à Thelonious Monk la paternité du courant bebop au milieu des années 40, aux côtés de Charlie Parker, Dizzy Gillespie etc. 20 ans plus tard, le candide Thelonious est devenu une référence en la matière ; entre hommage à Ellington, collaboration avec Sonny Rollins et John Coltrane, entre autres, et concerts en Europe, sa carrière carbure encore à plein régime. Après s'être illustré auprès des prestigieux labels Blue Note, Prestige, et Riverside, il fait son entrée chez Columbia Records et sort en 1963 « Monk's Dream »*. Produit par Teo Macero (« Kind of Blue », « Bitches Brew » de Miles, « Time Out » de Dave Brubeck...) et largement promu par la maison de disque, l'album devient la plus grande réussite commerciale de la carrière de Monk.

Accompagné notamment du saxophoniste Charlie Rouse, un fidèle compagnon de route, Monk grave 8 morceaux, majoritairement des compositions personnelles, mais dont seul « Bright Mississippi » est un inédit des studios.
On constate dès le titre éponyme, devenu un classique du répertoire, son style atypique et décalé : un thème qui semble toujours sur le point de s'effondrer, un jeu un peu excentrique où les deux mains du pianiste, incroyablement autonomes, parsèment ici et là contretemps, discordances, silences déroutants et autres figures de style musicales. Le tout est parfaitement soutenu par le duo Ore/Dunlop qui, s'il ne s'aventure jamais sur le terrain de l'improvisation, se fond parfaitement dans cette vision peu orthodoxe de la musique. Le pianiste Ahmad Jamal, plus contemporain, semble puiser largement dans cette palette de couleurs musicales, tant dans son utilisation unique de l'espace que dans sa gestuelle, en apparence maladroite et hésitante mais en réalité complètement maîtrisée.

Monk portait une attention particulière au piano stride à la George Shearing, en témoigne « Body & Soul », standard du jazz interprété ici en solo avec poigne, sincérité et spontanéité. La basse martelée avec hargne et les accords plaqués franchement se répondent tel un balancier fou, tandis que les mélodies parcourent les touches avec une élégance presque mécanique.
Le blues s'invite sur des morceaux comme « Blue Five Spot » et « Blue Bolivar Blues »**. Notez cette manière qu'a le pianiste de jouer avec l'auditeur. Monk est passé maître dans l'art de ne pas se dévoiler au premier abord. Il jongle avec les ellipses, suggère un accompagnement avec un minimum d'accords, des accords qui s'avèrent souvent très dépouillés, triture le thème dans tous les sens, égrène quelques notes tout en retenue, comme pour titiller la curiosité de son interlocuteur... On croirait une sorte de parade séductrice dont l'ambiguïté est le mot d'ordre.

Derrière ce visage bourru porté par un corps massif, cet air rêveur qu'il arborait et cet humour pince sans rire la plupart du temps incompris, Thelonious Monk dissimule une personnalité complexe et riche. Une sensibilité évidente se dégage de ses compositions quelque peu subversives. « Monk's Dream » lui vaudra de faire la une du magazine Time ! Cette arrivée en trombe chez Columbia Records sera évidemment suivie de nombreux concerts et collaborations. Difficile de croire que quelques années plus tard Monk s’exile chez la baronne Pannonica de Koenigswarter, ange-gardienne des jazzmen à l'époque, pour y finir ses jours...

* Notez que, comme nombre de ses compositions et albums, le titre de l'album fait référence au pianiste lui-même... un peu de narcissisme n'a jamais fait de mal à personne !

** Ce morceau fait référence à l'hôtel Bolivar situé au Pérou où a séjourné son amie Pannonica de Koenigswarter.

- Pour aller plus loin : la Leçon de Jazz : Thelonious Monk, par Antoine Hervé. Concert sous forme de biographie brillamment narrée et entrecoupée de morceaux joués, un peu comme le faisait Jean-François Zygel avec la Boîte à musique.

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- Thelonious Monk (piano)
- Charlie Rouse (saxophone ténor)
- John Ore (contrebasse)
- Frankie Dunlop (batterie)


1. Monk's Dream
2. Body & Soul
3. Bright Mississippi
4. Five Spot Blues
5. Bolivar Blues
6. Just A Gigolo
7. Bye-ya
8. Sweet And Lovely



             



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