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1993 Howlin Mercy

JOHN CAMPBELL - Howlin Mercy (1993)
Par LE KINGBEE le 25 Avril 2017          Consultée 2152 fois

La carrière de cet excellent guitariste aura été des plus courtes. John CAMPBELL voit le jour en 1952 à Shreveport (Louisiane). Issu d’une famille aimant la musique locale, il fait son apprentissage de la guitare avec sa mère, une joueuse de lap steel, et la maîtrise dès huit ans. Sa famille s’établit dans l’est du Texas. C’est là que John participe à ses premières gigs comme professionnel alors qu’il n’a que 13 ans, ouvrant entre autres pour Clarence « Gatemouth » Brown et Albert Collins. Bref, encore un surdoué de la six cordes comme l’industrie du disque se plaît en en sortir tous les ans.
Sauf que la musique et le blues ne sont qu’un passe-temps pour l’adolescent. Lui, son truc, c’est le dragster. Au cours d’une course, John est victime d’un grave accident qui le laisse presque pour mort. Il s’en tire miraculeusement, mais perd un œil, un poumon et se retrouve avec de nombreuses cicatrices au visage. Son corps gardera toute sa vie les stigmates de ce crash. Durant sa longue convalescence, il reprend la guitare et s’intéresse alors aux répertoires de Lightnin’ Hopkins, Muddy Waters, Howlin’ Wolf et John Lee Hooker. Mais afin de supporter les douleurs, il tombe sous l’emprise des médicaments. Considéré en état de mort clinique, la guitare devient pour lui un moyen d’accéder à une plus grande spiritualité, de calmer ses démons et ses cauchemars, une sorte d’échappatoire. A 16 ans, il quitte le giron familial et s’installe à la Nouvelle Orléans où il devient musicien itinérant, jouant dans les rues, les bars, devant les centres commerciaux ou les stations service. John Campbell s’est transformé en une sorte d’hobo.

En 1985, la trentaine passée, il tente sa chance à New York, intègre le circuit blues, jouant notamment au Lone Star Roadhouse et se fait remarquer par le guitariste Ronnie Earl. Les deux musiciens se produisent parfois ensemble et Earl décide de l’enregistrer. En avril 88, John met en boîte son premier disque au Splice Of Life Studios à Brighton dans le Massachusetts. Produit par Ronnie Earl, « A Man And His Blues » est publié par le label allemand Crosscut Records. Le disque ne connaît aucun succès aux Etats-Unis mais sera toutefois nominé aux WC Handy dans la catégorie des disques étrangers. Cette nomination permet de placer le nom de John Campbell sur la carte géographique du blues américain. Le guitariste est alors programmé dans quelques-uns des plus grands festivals.
Durant un concert dans un restaurant new-yorkais, John est repéré par John Howrilla, l’imprésario de Dr. John, qui parvient à lui décrocher un contrat avec Elektra Records. En 1991, le guitariste met en boîte son second disque « One Believer » publié cette fois par Elektra. La côte de John Campbell grimpe aussitôt chez les amateurs de Blues mais aussi chez les fans de Rock et de Southern Rock. Le répertoire et le jeu de guitare de Campbell intègrent en effet plusieurs mouvances allant du Delta à Chicago jusqu’au Texas Blues, courants qu’il parvient à faire fusionner à petit feu. Le guitariste est aux portes de la gloire, ce qui ne l’empêche pas de continuer de jouer dans de petits clubs, les bars et même dans la rue. John Campbell ne court ni après la gloire et encore moins pour le pognon, il est toujours en vie et pour lui cela tient du miracle.

Nous sommes maintenant en 1992, John s’est produit en Europe via l’Italie, Montreux et à Marseille (j’y étais !). Ses concerts laissent généralement place à des souvenirs grandioses. Celui de Marseille, je l’ai encore dans la tête un demi siècle plus tard. Revenons à notre John, il s’est marié avec Dolly Fox, son garçon d’honneur n’est autre que le Président du District local des Hell’s Angels et c’est Dr. John qui unit le couple pour le meilleur et pour le pire. John participe à deux titres du disque « Strike A Deep Chords » édité par Justice Records, il accompagne la chanteuse Odetta. Les bénéfices du disque seront distribués à des associations en faveur des sans-abris. Bref, tout semble rouler pour John, sauf que notre bonhomme est en proie à ses démons, ses cauchemars, son accident et sa mort ne cessent de le hanter, sans oublier une addiction à certaines substances interdites. La nuit venue, il souffre de ses frayeurs nébuleuses qui l’empêchent de dormir. Dans sa recherche d’un meilleur « moi intérieur », d’une plus grande spiritualité, il a plongé la tête la première dans toutes les légendes et mythologies liées au Crossroad, à toutes ces histoires, fables et mythes liés à la vie des pionniers du Blues, la Musique du Diable, que lui a racontées Parker Bloodshaw, son vieux mentor qui lui a appris les rudiments de la slide. John s’intéresse à l’instar de Dr. John au Voodoo (vaudou), porte des talismans, bref le guitariste est malade.

Durant la première quinzaine d’août, Elektra l’envoie enregistrer un nouveau disque au Power Station Recordings Studios en plein cœur de Manhattan (futur Avatar Studios). Elektra tient à ce que le musicien soit placé dans les meilleures conditions. La firme fait appel à Dennis Walker, déjà présent sur le disque précédent, pour s’occuper de la production. Dennis Walker n’est pas le premier perdreau venu. Comme bassiste, il a accompagné une kyrielle de bluesmen, il a aussi produit Lonesome Sundown, Louis Myers, Ted Hawkins, BB King entre autres et est à l’origine du succès du Robert Cray Band. Walker décide avec l’aval de Campbell de reprendre la section rythmique du précédent disque avec le batteur Davis McLarty et Jimmy Pettit à la basse, tous deux membres du groupe de Joe Ely. John suggère au producteur de faire appel à un jeune guitariste qu’il a rencontré dans une boutique de Greenwich et avec lequel il a sympathisé, Zonder Kennedy, un ancien membre des Elevators. L’entente est telle que John coécrit trois titres avec le guitariste et le producteur, quatre autres avec Dennis pour trois reprises. Contrairement à l’album précédent, « Howlin Mercy » peut faire figure de disque de groupe, même si la guitare de Campbell endosse le premier rôle. Au niveau guitare, John utilise une National Resophonic (dobro avec resonator), une National Steel 1934 et enfin une Gibson Southern Jumbo 1952, mais c’est sur les passages de slide qu’il étonne par sa virtuosité.

Ce disque propose un éventail en deux parties bien distinctes : « Written In Stone », « Firin’Line » font office de Southern Rock, alors que la voix crépusculaire et les coups de slide de « Wolf Among The Lambs » renvoient à l’atmosphère des bayous et des sorcières. « Wiseblood » s’imprègne d’un Blues Rock à moitié Pop loin d’être désagréable. Mais c’est bien la première partie du disque qui marque les esprits avec cinq titres faramineux : « Ain’t Afraid Of Midnight » où Campbell délivre ses visions obscures envoyant l’auditeur en enfer pour une petite partie de cartes avec Satan. Un titre démoniaque au même titre que les relances de guitare où chaque note touche sa cible en plein cœur.
« Look What Love Can Do » est certes moins intense, mais la guitare envoie des notes vagabondes de bon aloi, le guitariste dévoile ses doutes sur l’amour et ses peines. « Down In The Hole » n’a strictement aucun lien avec le titre des Stones figurant sur « Emotional Rescue » mais provient de Tom Waits « Way Down In The Hole ». Dans la version originale, l’intro s’ouvrait avec un accordéon, celle de Campbell s’ouvre sur une grosse ligne de basse. On croirait entendre une voix d’outre-tombe, Campbell se transformant en prédicateur illuminé : « … If you walk with Jesus -He's gonna save your soul-You gotta keep the devil-Way down in the hole…». Si la version de Waits a connu en son temps un beau succès, la folie intérieure de Campbell associée à la symbiose entre les quatre musiciens font de cette version un pur bijou qui demeure jusqu’à ce jour la meilleure, malgré les essais postérieurs de Steve Earl, The Blind Boys Of Alabama ou Lurrie Bell.

Concluons ce panorama du diable avec deux pépites « When The Levee Breaks » œuvre de Kansas Joe McCoy et Memphis Minnie gravée en 1929 pour la Columbia, et non par Led Zep comme on peut hélas le lire trop souvent. La voix toujours aussi crépusculaire semble comme habitée, les riffs de slide et une batterie tonnante mettent en valeur les textes de la chanson, comme si les flots du Mississippi étaient encore en colère. Campbell reprend le traditionnel « Saddle Up My Pony », une variante du « Pony Blues » de Charley Patton, blues old time gravé encore une fois en 1929. La National Resophonic entame les hostilités portée par un chant » d’allumé ». Au bout de trois minutes, la section rythmique intervient afin de donner de la consistance et du groove au morceau qui monte crescendo pour se finir en Boogie Rockin’ aussi dévastateur que cradingue. Un grand disque pour un guitariste racé et des textes souvent sombres et occultes.

Malheureusement, John Campbell ne profitera jamais des retombées de son disque. A peine celui-ci apparaît-il dans les bacs que John décède le 13 juin 1993 d’une crise cardiaque foudroyante pendant son sommeil, laissant derrière lui une petite fille de cinq mois et une épouse qui le stabilisait. Son éloge funèbre sera l’œuvre de Dr. John.

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   LE KINGBEE

 
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- John Campbell (chant, guitare)
- Zonder Kennedy (guitare)
- Jimmy Pettit (basse)
- Davis Mclarty (batterie)


1. Ain't Afraid Of Midnight.
2. When The Levee Breaks.
3. Down In The Hole.
4. Look What Love Can Do.
5. Saddle Up My Pony.
6. Firin' Line.
7. Love's Name.
8. Written In Stone.
9. Wiseblood.
10. Wolf Among The Lambs.



             



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