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- Style : Clifton Chenier

Roy CARRIER & THE NIGHT ROCK - Living Legend (2004)
Par LE KINGBEE le 25 Mai 2017          Consultée 567 fois

Dans le domaine du Zydeco, il est souvent question de famille et de descendance. Les musiciens se transmettent de père en fils leur art de l’accordéon et leur virtuosité. C’est à se demander s’il n’y a pas là une transposition génétique. Et quand par malheur, ce n’est pas un fils qui reprend le flambeau, c’est un neveu, un cousin ou un arrière petit fils qui s’y colle.

Roy Carrier est issu d’une longue famille de musiciens. Neveu du violoniste Joseph « Bebe » Carrier, il voit le jour en 1947 à Lawtel, une bourgade située entre Opelousas et Eunice en Louisiane (CQFD). Son paternel Warren est un accordéoniste réputé localement qui quand il ne trime pas à la ferme anime les bals et kermesses des environs. Dès six ans, le jeune Roy intègre le petit orchestre de son père pour y jouer du frottoir (ils ont presque tous commencé comme cela) puis se lance dans l’apprentissage de la batterie et de la guitare, instruments plus fun que le ruboard. Fortement influencé par Clifton Chenier, icône du Zydeco et accessoirement cousin éloigné, Boozoo Chavis, John Delafosse et le cajun Aldus Roger, Roy n’a qu’un rêve se mettre lui aussi à l’accordéon comme les grands. A 14 ans il intègre avec son frère Murphy et un oncle les Night Rockers, le groupe de l’accordéoniste Chris Johnson. Suite au départ de Johnson, Roy prend la direction du groupe et se met à l’accordéon double rang (le french double row accordion). A 16 ans, le jeune accordéoniste en herbe perd un index dans une machine agricole … Adieu veau vache cochon pourrait-on croire, mais cet accident va renforcer son mental. Roy se met alors au diatonique triple rang et suite à son handicape développe une technique personnelle qui devient sa marque de fabrique. Il enregistre sous son nom un premier single pour Paula Records et quitte la ferme familiale à 25 ans pour bosser sur une plate forme pétrolière.

Au tout début des années 70, Roy fait la rencontre de Lee Lavergne, un épicier cajun de Church Point qui dirige aussi le petit label Lanor Records. Son nouveau métier lui permet de se produire sur les scènes locales une semaine sur deux. Roy va ainsi se produire en Louisiane pendant près de quinze ans. En 1981, l’ancien fermier monte l’Offshore Lounge, un club qui se taille rapidement une solide réputation, le lieu accueille tout le gratin du Zydeco. En 1987 il enregistre à 40 balais ses premiers singles pour Lanor Records, label qui a à son actif Charles Mann, Shirley Bergeron, Willis Prudhomme puis passe aux cassettes. Tout va alors s’enchainer, en 1989 Roy quitte le consortium pétrolier qui l’emploie afin de se consacrer à la musique à temps plein. Contrairement à ses collègues accordéonistes qui s’aventurent rarement au-delà de la Louisiane et du Texas, Roy Carrier n’hésite pas à parcourir tout le territoire américain afin de se produire dans les gros festivals. En 1996, le décès brutal de Lee Lavergne aurait pu constituer un frein rédhibitoire à la carrière de l’accordéoniste, mais Roy va rebondir grâce à Wayne Kahn grand manitou du label Right on Rhythm basé à Washington et pour lequel il va mettre en boite pas moins de quatre albums entre 1997 et 2001. En 1999, Roy Carrier And The Night Rockers feront leur première tournée en Europe (on ne les verra pas dans l’Hexagone, les programmateurs étant trop frileux).

Si Roy Carrier fait partie de la seconde génération des musiciens de Zydeco, il n’en demeure pas moins un vétéran plein de volontarisme. L’accordéoniste est peut être l’un de ceux qui s’est montré le plus actif au début du nouveau millénaire, entre son club, ses productions sur tout le continent américain, son propre festival toujours en fin d’année, il n’aura eu de cesse de promouvoir le Zydeco. En 2004, Roy Carrier met en boite « Living Legend » pour Severn Records, petite maison de disque indépendante basée dans le Maryland. Wayne Kahn est toujours présent à la production tandis que l’enregistrement se déroule sous la direction de David Earle, le patron du label. Hormis le batteur Stevie « Skeeter » Charlot (ex Beau Jocque), le groupe est constitué des musiciens habituels, la mise en place, la cohérence du répertoire et la complicité entre les membres sont sans faille. Contrairement à certaines productions contemporaines de Zydeco polluées de claviers, de boites à rythmes, d’overdub et de Hip Hop ou de Nu Soul, c’est un véritable groupe qui seconde l’accordéoniste. Roy Carrier se montre impérial au chant et à l’accordéon, la fougue de l’impayable « Skeeter » Charlot qui ponctue certains morceaux de rires et d’interpellations n’est pas étrangère à cette bonne humeur contagieuse. Les Night Rockers ne font pas n’importe quoi, la rythmique est carrée et bien en place, le fidèle guitariste Raymond Randle pourrait jouer dans n’importe quelle formation de Blues. Ce disque marque un retour au Zydeco traditionnel, le tempo alterne entre two step virevoltants et titres bluesy. Mais la formation n’exclue pas toute tentative de modernisme. « I Got Something For You Baby » reste marqué par un solide solo de basse en furie et des apartés de Rap de première bourre. En ouverture, « Put A Hump In Your Back » place l’album sur de bons rails. On a là un two-step tourbillonnant de haut calibre capable de donner le vertige à n’importe quel amateur de dance floor. L’influence de Clifton Chenier est manifeste sur « Everybody Call Me Shoon » un Zydeco Blues lancinant dans lequel la guitare s’offre un beau solo plein de retenue. Même impression avec « You Told Me That You Loved Me » qui permet de laisser reposer les soupapes. L’accordéoniste parvient à apporter une touche rurale sur certains titres : l’émouvant « I Come From The Country » où Roy évoque son paternel, « Take Me Crosstown » ou « Don’t Touch That » tous deux dans la lignée de Boozoo Chavis.

Roy sait aussi faire monter la pression quand il le faut, « What You Gonna Do With A Man Like That » saupoudré d’une sonorité cajun monte crescendo avec une batterie en folie fournissant de nombreux double kickin’. L’album tombe carrément dans l’hypnotisme avec « She Burnt The Bacon », un two step saccadé plein de changements de rythmes aux paroles philosophiques. Imaginez-vous en France un gars chantant sur une telle trame « Merde, elle a laissé cramer le bacon ». On peut douter que le sujet fasse recette (bien que plus rien n’étonne) et bien là le texte prend toute son essence. Sentiment similaire sur le mid « Bring Me Coffee In The Morning ». Le Zydeco se définie généralement comme une musique festive et dansante, « You Got Me Dancing » en est le plus bel exemple.
« Living Legend » propose un délicieux patchwork de Zydeco brut et varié combinant tradition et New Zydeco pour un répertoire sans fioriture. Rarement l’osmose entre les différents membres n’aura été aussi grande et éblouissante pour un groupe de Zydeco. L’accordéon se fait souvent hypnotique et les rythmes finissent irrémédiablement par devenir ensorceleurs. Et puis n’oublions pas le sympathique visuel qui devrait me permettre d’obtenir le trophée du chroniqueur aux pochettes les plus bling bling. Très certainement le meilleur album de Zydeco de l’année 2004. Un disque qui pulse de la première à la dernière seconde.

Victime d’une crise cardiaque foudroyante, Roy Carrier a rejoint le paradis des musiciens en mai 2010 à 63 ans. Si plusieurs cousins, petits-neveux et même petits-fils jouent actuellement dans divers orchestres perpétuant ainsi la tradition familiale, son fils Chubby a repris le flambeau à l’accordéon et demeure aujourd’hui l’un des meilleurs représentants de la scène Zydeco.

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- Roy Carrier (chant, accordéon)
- Raymond Randle (guitare)
- Kevin Carrier (basse, chœurs)
- Phillip Carrieré (frottoir)
- Stevie 'skeeter' Charlot (batterie, chœurs)


1. Put A Hump In Your Back.
2. Everybody Call Me Shoon.
3. Don't Touch That.
4. I Got Something For You Baby.
5. I Come From The Country.
6. What You Gonna Do With A Man Like That.
7. You Told Me That You Loved Me.
8. She Burnt The Bacon.
9. Do The Lala Dance.
10. Take Me Crosstown.
11. Bring Me Coffee In The Morning.
12. You Got Me Dancing.



             



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