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ERNEST JAMES ZYDECO - 3 Steps From La La (2012)
Par LE KINGBEE le 8 Mai 2018          Consultée 403 fois

Chroniquer des disques est un exercice relativement facile : à 99%, tout repose sur du subjectif. Et ce qui est sympa et d’autant plus facile réside dans le fait qu’on peut se payer la tête d’un artiste pour n’importe quel prétexte. Il suffit d’un détail sur une pochette ou tout simplement de se mettre en opposition avec la critique générale.

Pour une fois, je vais changer le processus en abordant cette chronique en vous parlant très brièvement de ma petite personne, chose moins aisée.
Pour résumer, je suis parfois un peu moqueur, taquin, sévère mais j’essaie de garder une certaine cohérence. Ce disque ne saurait me faire oublier une autre de mes qualités : je suis parfois un peu « con ». Pendant plus de deux ans, j’ai jeté un œil dédaigneux et moqueur à Ernest James Zydeco. La raison en était toute simple : la pochette de l’album « Roots Rocket Radio » me faisait presque honte. Imaginez-vous un peu : un type genre guignol dans une ridicule soucoupe volante avec de surcroît un accordéon posé sur les commandes de l’engin. Faut être sérieux ! Or, un jour, un copain m’a envoyé une copie d’un CD sans aucune précision. Les premières écoutes de ce disque inconnu m’infligèrent une énorme gifle, surtout quand j’appris qu’il s’agissait d’Ernest James Zydeco. Le préjugé et l’a priori gratuit sont à proscrire avec férocité. Comme l’écrivait Voltaire : « Les préjugés sont la raison des sots ».

Ernest James Zydeco est originaire d’Oakland en Californie mais est d’ascendance louisianaise par son père. Après avoir étudié le piano, chanté dans une chorale, Ernest se lance dans l’apprentissage du clairon, du cor d’harmonie avant de passer à la guitare à 16 ans. Ce n’est qu’à 25 ans qu’il se met à l’accordéon en découvrant la scène Zydeco lors d’un voyage en Louisiane. En 2004, il s’installe avec sa famille à Kansas City dans le Missouri et décide de monter un second groupe. Malgré peu de moyens et sans boîte de production pour le promouvoir, cet excellent multi-instrumentiste s’est attaché les services d’une équipe fidèle et soudée dans laquelle figurent le batteur vétéran Jaisson Taylor, ancien accompagnateur d’Al Green, Koko Taylor, Bill Withers, Little Hatch, Staples Singers et Jean-Luc Ponty, le frotteur Barry Barnes pourrait intégrer par son enthousiasme n’importe quelle formation de Louisiane. Enfin le guitariste Tony LaCroix et le bassiste Mike Stover également présent au banjo et à la steel guitar figurent parmi les meilleurs musiciens de l’état. La collaboration de la violoniste Betse Ellis contribue à apporter un cachet rustique, le fiddle disparaissant peu à peu au sein des nouveaux groupes, au profit de synthétiseurs et boîtes à rythmes.

Si la pochette laisse une impression de fantaisie avec un accordéoniste assis près d’une grange et une jambe féminine en botte semblant danser, le répertoire s’avère formidablement structuré et cohérent. Malgré une pochette que certains jugeront probablement farfelue (c’est souvent le cas en Zydeco), Ernest James Zydeco délivre ici onze titres respectant les traditions.
Outre un excellent travail de composition, l’atout de ce disque provient tout simplement des diverses influences des différents membres. Si certains disques de Zydeco donnent parfois l’impression de se répéter, ici le groupe parvient à passer du coq à l’âne avec une science du rythme millimétrée tout en respectant les codes.
Le titre « 3 Steps From La La », nullement anodin, explique à lui seul le contenu du disque et l’humilité du groupe. Le « La La » étant une déformation phonique du mot Zydeco au même titre que le « Fais Do Do », Zaricot ou le Zodyco. Naguère, lors de grandes réunions de village ou de voisinage, on plaçait les enfants dans une même salle à part sous la surveillance de nounous pour qu’ils dorment, d’où le nom de « Fais Dodo » ou « La La » (une berceuse) tandis que les adultes pouvaient échanger, manger, boire et enfin danser.

En ouverture, « Shake It Sugaree » s’annonce comme un two-step mélodique et entraînant avec zestes de Pop. Les instruments semblent en symbiose et ne se marchent pas les uns sur les autres. La sonorité de l’accordéon se révèle plus rurale sur « Lookin » alors que le chant brièvement amplifié puis avec bref passage de Hip Hop fusionne modernisme et tradition. Cette petite pépite dévoile une démonstration de batterie avec double kick, une basse bien ronde et un bref solo de guitare. « Whoa Sally » s’inscrit dans la tradition du two-step nuancé. L’accordéon double rang et le fiddle laissent percevoir une pointe de Cajun alors que la rythmique et la guitare s’orientent vers une coloration nettement plus créole.

Changement de cap avec « Supposed To Do», une ballade groovy oscillant entre Americana et Folk Blues dans laquelle Ernest lâche l’accordéon au profit d’une guitare à résonateur portée par une sobre steel guitare.
Nouveau contre-pied avec « Zydeco Mother’s Day », un pur Zydeco Blues se rapprochant du « Manish Boy » de Muddy Waters. Là, le chant de Jaisson Taylor est porté par les chœurs. Petite ballade bluesy et nostalgique avec « Man Across The Street » dans laquelle la guitare et la steel guitare semblent s’entrelacer comme les racines d’un arbre. Retour vers du festif avec « Hey Mojo », un two-step abouti dans lequel l’accordéon et le fiddle se tirent une bourre bien complice régentée par la guitare. Retour vers le Blues avec « Janitor », avec la guitare résonateur et une rythmique de métronome qui monte crescendo, et vers le festif avec « Pearly Pearl ». Cette fois encore, le fiddle et l’accordéon nous plongent dans un two-step rural terriblement efficace. Place à la véritable pépite Blues, « Red Cross People » dont clavier, banjo, dobro et guitare semblent rentrer en liquéfaction avec de gros breaks pleins de subtiles gradations. Les instruments tissent ici une palette aux mille couleurs, le vocal d’Ernest débouchant sur une humeur bon teint, le chanteur nous conviant à un dialogue entre voix masculine et féminine. Le disque se termine par la seule reprise, « Glory Glory », un traditionnel issu du Gospel, une variante entre « Lay My Burden Down » et « Will The Circle Be Unbroken », un chant funéraire. Si on ne compte les diverses adaptations de ces divers titres, entre les Rural Blues de Mississippi Fred McDowell, Furry Lewis ou Robert Pete Williams, les New Grass d’Alison Krauss et d’Aoife O’Donovan, le Country Gospel de Roy Acuff et les versions d’une multitude d’ensembles oscillant entre Gospel et Spiritual, Ernest James Zydeco nous en délivre une version où les instruments semblent se fondre en d’improbables variations de tempos.

La qualité du chant, des harmonies vocales, des arrangements, de l’orchestration et des compositions permettent de placer de CD dans le haut du panier des productions Zydeco du nouveau millénaire. Ajoutons que la production soignée apporte un plus incontestable à ce disque qui prouve que les groupes américains extérieurs à la Louisiane et au Texas peuvent se montrer cohérents et équilibrés dans un domaine si particulier, preuve que la musique n’a pas de frontières, hormis celles de nos œillères et de nos préjugés. Mon coup de cœur de 2012 !

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- Ernest James Zydeco (chant, accordéon, guitare, dobro, claviers)
- Tony Lacroix (guitare, choeurs)
- Mike Stover (basse, steel guitar, banjo)
- Jaisson Taylor (batterie, percussions, choeurs, chant 5)
- Barry Barnes (frottoir, percussions)
- Betse Ellis (fiddle, choeurs)


1. Shake It Sugaree.
2. Lookin.
3. Whoa Sally.
4. Supposed To Do.
5. Zydeco Mothers' Day.
6. Man Across The Street.
7. Hey Mojo.
8. Janitor.
9. Pearlie Pearl.
10. Red Cross People.
11. Glory Glory.



             



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