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Solomon BURKE - Solomon Burke (1962)
Par LE KINGBEE le 7 Juillet 2017          Consultée 149 fois

Véritable force de la nature, Solomon BURKE commence à chanter dans la paroisse du Solomon’s Temple de Philadelphie, congrégation dont il devient prédicateur dès 9 ans. Inimaginable me direz-vous ? Né en 1936, le jeune chanteur récolte le statut de star auprès de sa communauté. Il faut dire que ses sermons enflammés passent en boucle sur une radio locale. Pendant une dizaine d’années, sa voix hors-norme célèbre la gloire divine jusqu’à ce qu’il soit remarqué par le couple Bess et Isaac Berman, patrons du label new-yorkais Apollo Records. Les Berman ont dans l’idée que leur nouvelle recrue puisse marcher dans les traces de Roy Hamilton qui connaît d’immenses succès chez Epic mais qui connaît aussi des problèmes de santé. Une façon de mettre en pratique l’adage « Pousse-toi que je m’y mette » !

Nous sommes au milieu des fifties et la musique noire est en transmutation avec les percées de Ray Charles et Sam Cook qui n’a pas encore de E à son nom. Pour Solomon Burke, la musique n’est qu’un moyen d’assoir ses revenus. Ses activités religieuses lui permettent d’engranger pas mal d’argent et le bonhomme est déjà un homme d’affaire avisé : il dirige une grosse entreprise de pompes funèbres et la musique n’est qu’un moyen pour lui d'acquérir une plus grande célébrité. Toujours est-il que le colosse enregistre 9 singles entre 1955 et 1958 pour Apollo Records dans une veine proche du Gospel. Lorsqu’il s’écarte un tant soit peu du chemin du Seigneur, ses chansons demeurent en affiliation avec certains titres de Roy Hamilton (« No Man Walks Alone » fait le pont avec « You’ll Never Walk Alone », idem pour « I’m In Love » et « If I Loved You »). A cette époque, pas loin d’un quart de la production de la maison de disques propose des faces liées au Gospel.

Ce disque sans titre appelé parfois « l’Apollo » ou « Solomon Burke »* paraît dans les bacs des disquaires en 1962. Pour le label il s’agit là d’un moyen de se faire du fric pour pas cher : en effet on peut parler de recyclage, les douze faces proviennent de cinq singles (faces A et B) complétées par « I Need You Tonight » et « Don’t Cry », deux titres tirés des singles Apollo 511 et 522. Le terme récupération n’est pas exagéré, en effet Solomon Burke est embauché en 1960 par Jerry Wexler, patron de la firme Atlantic à la recherche d’un nouveau chanteur suite à la défection de Ray Charles. Solomon Burke, l’un des inventeurs du terme « Soul » ne va pas tarder à devenir l’un des rois du registre, enregistrant sa première session pour sa nouvelle écurie le 13 décembre 1960.

Ce disque de recyclage est donc une manière pour Apollo de se faire de l’argent une dernière fois, pratique courante qui a toujours le vent en poupe. Apollo reprend donc douze faces issues de singles, morceaux placés dans un ordre non chronologique, peut-être pour noyer le poisson. Le sirupeux « No Man Walks Alone », lorgnant sur « You’ll Never Walk Alone », représente le parfait mélange de R&B et de Gospel en vogue au milieu des fifties. Les multiples combinaisons entre amour spirituel ou charnel et ballades profanes pro Soul demeurent une bonne recette : « Why Do Me That Way », « I Need You Tonight », « I’m All Alone », bourrées de chœurs féminins. Si le tempo s’accélère parfois (« A Picture Of You »), l’auditeur ne risque pas d’attraper un tour de rein, on prend bien soin de rester dans le domaine de la romance. Les amateurs de titres bien collants seront comblés avec « Walking In A Dream », « For You And You Alone ». Si la voix fait mouche, l’orchestration demeure désespérément sans prise de risque, et pourtant Mickey Baker s’autorise quelques touches de guitares sur « To Thee », l’exemple type de la ballade guimauve. « I’m In Love » pourrait aujourd’hui faire figure de parodie. Après avoir mis une dose de xylophone, une nappe d’orgue rappelant celui du confessionnal, il ne reste plus qu’à remplir la tasse de sucre et peu importe si le café ne rentre plus. Hormis « Why Do Me That Way » un excellent mélange de R&B et de Jump dans lequel Mickey Baker nous gratifie d’une belle intro tandis que le sax de King Curtis maintient la tension, ce premier disque du chanteur pantagruélique n’est qu’un assemblage de romances, de ballades pour midinettes sous un léger matelas de paroles sentimentales et de louanges ne risquant pas d’offusquer le Seigneur et ses nombreux adeptes.

N’en déplaise à certains, mais plus d’un demi-siècle après sa sortie, ce disque de Solomon Burke s’avère aussi ennuyeux que sucré et pour tout dire terriblement vieillot. Les arrangements et l’orchestration regroupant pourtant différentes pointures ne se distinguent guère de la production de l’époque. A croire qu’Apollo s’est évertué à placer cette voix hors-norme sur des ballades doucereuses à la Perry Como, Pat Boone, Johnny Mathis ou Kay Starr, artistes bien en vogue en ce milieu des années 50. Mais rassurez-vous, ce n’était qu’un galop d’essai : le géant ne va pas tarder à devenir l’un des princes de la Soul par le biais d’Atlantic.

*Ce disque a été réédité par Kenwood Records en 1964 en versions mono et stéréo et par le label nippon P. Vine en 2002.

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- Solomon Burke (chant)
- Mickey Baker (guitare)
- Al Caiola (guitare)
- Bucky Pizzarelli (guitare)
- Art Davis (basse)
- Gary Chester (batterie)
- King Curtis (saxophone)
- Jesse Powell (saxophone)
- Leon Cohen (saxophone)
- Bob Mosley (orgue)
- The Ray Charles Singers (chœurs)


1. No Man Walks Alone
2. Why Do Me That Way
3. You Are My One Love
4. Don't Cry
5. I'm All Alone
6. A Picture Of You
7. Walking In A Dream
8. For You And You Alone
9. I'm In Love
10. To Thee
11. I Need You Tonight
12. You Can Run, But You Can't Hide



             



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