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2009 Live

P.S.P. - Live (2009)
Par TEEMO le 23 Août 2017          Consultée 244 fois

Le cas du trio rassemblant Philippe Saisse, Simon Phillips et Pino Palladino est un peu particulier. En effet, les musiciens, tous trois très réputés dans le milieu, n'ont jamais enregistré d'album studio sous le nom de « P.S.P. ». Seule une poignée de prestations scéniques ont eu lieu, dont on peut retenir celle de l'excellente et regrettée émission de Manu Katché « One Shot Not », mais aussi ce fameux « Live » à Tokyo, unique enregistrement ayant abouti à une sortie CD.

La création du trio P.S.P. est assez fortuite. Il s'agit simplement de trois amis sur la même longueur qui, au détour de quelques jams fort convaincants ont décidé de s'unir. Les membres sont issus de milieux relativement variés et forment ce que l'on pourrait appeler un « super-groupe ». Qui n'a jamais entendu parler de Simon Phillips, éminent batteur du groupe TOTO et de sa remarquable polyvalence ? Palladino, quant à lui, est surtout connu pour s'être illustré auprès des WHO et du John Mayer Trio. Malgré sa discrétion éternelle, le bassiste a développé un jeu bien à lui, notamment caractérisé par une utilisation fréquente de la basse fretless. Le travail de Philippe Saisse aux côtés de Claude NOUGARO et de quelques grands noms du jazz en fait un acteur important des studios.
Chacun participe à de nombreux projets aux ramifications stylistiques très différentes, tout en menant parallèlement une carrière solo. Cet éclectisme accorde à ce trio instrumental un spectre musical étendu, ce qui promet une performance hors des sentiers battus.

Il n'est ici pas question de jazz au sens « classique » du terme. Les improvisations sont certes de rigueur, mais un grand travail est réalisé sur les thèmes et sur l'atmosphère. Voyez avec quel entrain Simon Phillips ouvre les hostilités sur « Mancala » ! Les baguettes martèlent les fûts qui grondent tous en une seule et même clameur, menés par un rythme autoritaire, presque martial. Puis, tel un caméléon, les claviers prennent vie pour mimer quelques flûtes aux intonations exotiques, mais imitent aussi des chœurs, des percussions tribales et divers effets au grand pouvoir immersif. La fretless entre en piste avec sa rondeur organique caractéristique, conférant un supplément de réalisme à cette fascinante ambiance aux décors presque palpables.

En s'attardant sur ce morceau d'ouverture, on comprend vite l'étendue du talent des trois musiciens, servis, il va de soit, par une maîtrise technique à toutes épreuves. Évidemment, la qualité d'enregistrement n'aura pas été négligée et permet d'apprécier pleinement la capacité du groupe à créer un univers qui n'appartient qu'à lui. Citons, à titre d'exemple, le tour de force de l'album qu'est la reprise de « Blue Rondo a la Turk ». Ce fameux standard du jazz, écrit par Dave Brubeck et issu de « Time Out » (1959), se voit retravaillé avec fort bon goût, malgré la difficulté de l'exercice. Habitués des signatures rythmiques atypiques, la formation parvient à garder toute l'essence de la composition tout en y insufflant sa propre identité.

Les membres de P.S.P. partagent une culture rock, comme en témoignent l'intensité et la puissance du jeu de Phillips, mais c'est le jazz fusion dont les influences sont les plus évidentes. En effet, la richesse et la complexité des improvisations, le vocabulaire et l'esthétique électrique, notamment développée par Saisse, renvoient directement à ce style qui n'a de cesse d'évoluer depuis sa création dans les années 70. D'ailleurs, Philippe Saisse, qui jongle avec les claviers comme une véritable pieuvre, cite volontiers Gary Burton, orfèvre du vibraphone dans le monde du jazz, comme une source d'inspiration majeure.
Or, là où certains musiciens de fusion s'effondrent dans une débauche technique sans âme, le discours de P.S.P. s'énonce de manière nette, précise et concise. Même lorsqu'il s'agit de s'adonner à cette pratique presque traditionnelle mais pourtant délicate qu'est le solo de batterie, Simon Phillips l'exécute avec grande adresse sur « Drumesque ». Quand, au contraire, d'autres groupes optent pour la facilité d'un thème aguicheur voire kitsch masquant la vacuité de leur discours, P.S.P. compose « Monday Afternoon », titre dont les mélodies légères mais charmantes ne manquent pas de cachet. Notez que les membres eux-même déclarent vouloir conserver une approche accessible sans pour autant brider leur technicité.

Quant à la notion de concision évoquée plus tôt, elle est incarnée par Pino Palladino. Il est de mise de souligner la prestation de ce bassiste qui a toujours choisi de rester dans l'ombre des compositeurs. L'empreinte de Pino, qui n'est pas sans rappeler celle de Jaco Pastorius, révèle un sens de la justesse fabuleux, choisissant toujours le moment opportun pour intervenir. Les amateurs de la quatre-cordes trouveront leur compte dans la pureté et l'élégance de son jeu, dans son touché suggérant le moelleux du velours, mais aussi dans cette simplicité infaillible avec laquelle le bassiste aborde l'accompagnement.
Pino Palladino, Philippe Saisse et Simon Phillips retendent fermement les ficelles d'un genre ayant connu ses heures de gloire, mais aussi sombré dans les abysses du mauvais goût, perverti par le star system. L'écoute de ce concert est une expérience à part entière qui rassemblera des auditeurs aux goûts musicaux hétérogènes. Certains découvriront ou redécouvriront les musiciens, d'autres, conquis par le caractère universel de cette musique, s’initieront peut-être aux joies de l'improvisation. Quant aux plus avertis, nulle doute que la magie du trio saura rapidement séduire leurs tympas exigeantes. Quoiqu'il en soit, il faut se délecter de cet album comme on déguste un mets fin aux saveurs subtiles.

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   TEEMO

 
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- Philippe Saisse (claviers)
- Simon Phillips (batterie)
- Pino Palladino (basse)


1. Mancala
2. What's Wrong With You
3. Monday Afternoon
4. Blue Rondo A La Turk
5. Keyboard Improv #1
6. Masques
7. Drumesque
8. Roppongi Blues



             



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