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Sufjan STEVENS - Planetarium (2017)
Par AIGLE BLANC le 28 Août 2017          Consultée 811 fois

Lorsqu'est paru en 2000 le premier album folk intimiste de l'Américain Sufjan Stevens, rien ne laissait présager l'ambition qui couvait sous le crâne de l'auteur-compositeur-interprète, alors âgé de 25 ans.
Pourtant, certains signes auraient dû nous alerter : notamment le fait que S. Stevens soit un multi instrumentiste de talent (guitare, piano, hautbois, banjo, saxophone, orgue, flûte, percussions, synthétiseurs...). De plus, dès son second opus, Enjoy Your Rabbit (2001), il se lance ni plus ni moins dans un album concept dont chaque piste présente un signe du zodiaque chinois. Cette fois, la folk intimiste des débuts s'effaçait déjà au profit d'un amalgame musical flirtant avec l'expérimental, l'Avant-garde et le krautrock.
A partir de son 4ième album, Greetings From Michigan The Great Lake State (2003) voici qu'il se plonge dans l'état du Michigan, projet conceptuel qu'il présente comme le premier d'une série de 50. En effet, il envisage de consacrer un disque à chaque état des USA. En 2005, paraît ainsi le second volet de sa "quinqualogie" consacré cette fois à l'état de l'Illinois, Come On Feel The Illinoise où intervient à la batterie son ami James McAlister tandis que l'album se voit enrichi d'un choeur, conférant à cet opus une certaine ampleur. Si depuis il n'a pas poursuivi son projet pharaonique au-delà du second volet, c'est bien parce que Sufjan Stevens multiplie les projets annexes, un peu à la manière de Steven WILSON avec lequel il partage une inspiration bouillonnante et éclatée qui le voit caresser les rivages du Hip Hop avec Sisyphus ou le rock indé au sein de Marzuki et de Danielson.

Sans-doute frustré de n'avoir pu réaliser l'oeuvre de sa vie (rappelez-vous, sa quinqualogie consacrée aux 50 états des USA), le voici qui se lance dans une autre odyssée de taille : mettre en musique et en chansons chaque planète de notre système solaire. Conscient de l'énormité du projet, il choisit cette fois d'y consacrer un seul album, le présent Planetarium sur lequel se penche ladite chronique.
Cette oeuvre a d'abord existé sous la forme d'un show son et lumière en 2012 où elle fut commandée à S. Stevens par le Muziekgebouw, une salle de concerts néerlandaise située à Eindhoven et dans laquelle elle fut représentée dans les conditions d'un show étoilé avec un effectif important comprenant un orchestre de violons et trombones, un piano, un violoncelle, une batterie et S. Stevens au chant. Le show a depuis été représenté un peu partout, notamment le 10 juillet dernier à la Philharmonie de Paris et le 18 juillet à Brooklyn-New-York.

Contrairement à ce qui se produit d'habitude où un groupe décide de jouer en concert ses titres enregistrés préalablement en studio, Sufjan Stevens et ses trois acolytes Nico Muhly aux piano, Celeste, basse, orgue, Bryce Dessner à la guitare électrique et James McAlistair aux batteries, percussions, programmations, orgue ont souhaité enregistrer une version studio de ce concert cosmique. Pour cela, quelques aménagements ont été nécessaires : l'oeuvre originelle se voit ainsi enrichie de quelques titres supplémentaires, et le guitariste Bryce Dessner adapte pour son instrument certaines parties orchestrales du concert.
L'album est sorti en juin 2017 sous le mythique label 4AD, décidément toujours avisé dans ses choix de productions. Il comprend 17 titres, certains chantés par Sufjan Stevens et d'autres purement instrumentaux dans un style avant-gardiste hérité de la musique contemporaine et du minimalisme.
On ne peut pas reprocher à l'album sa banalité. Il ne s'agit pas d'une énième sortie pop-rock-folk qui ressemble à toutes les autres et condamnée à disparaître dans les limbes de l'oubli au bout de quelques mois. Ce projet -que d'aucuns jugeront mégalomaniaque- au contraire impose sa singularité au sein d'un contexte musical normalisé. S'y cotoient des chansons pop-folk aux allures progressives, toujours sophistiquées et délicates, des passages électro expérimentaux, des envolées lyriques orchestrales ainsi que des réminiscences de musique contemporaine à la LIGETI ou Pierre BOULEZ. Devant un tel amalgame hétéroclite, le risque justement serait le manque de cohésion d'ensemble, défaut évité ici avec panache grâce à la belle tenue de l'inspiration globale, à la richesse des timbres qui n'a d'égale que la variété instrumentale (de l'acoustique à l'électrique, de l'électrique à l'électronique), à la beauté de certaines compositions mélancoliques, oniriques ou contemplatives et à la performance vocale attachante de Sufjan Stevens.

Que les réfractaires à l'ambient et au new age se rassurent. Malgré ce que pourrait laisser craindre le concept de l'album, la musique proposée ici ne se vautre pas dans les facilités d'usage. Vous n'y entendrez aucune nappe électronique comme à la grande époque de la Cosmic Music. Le thème du système solaire n'entraîne pas les compositions du côté du VANGELIS soporifique de Rosetta (son dernier album d'une médiocrité alarmante).
Sufjan a écrit des textes introspectifs qui traduisent la symbolique liée à chaque planète. C'est ainsi que dans "Mars" il évoque les guerres et les fléaux tels qu'annoncés dans les prophéties bibliques, que "Saturn" est l'occasion de traîter la dualité intrinsèque au genre humain, tiraillé entre le ciel et l'enfer. Dans "Neptune", il questionne la place de l'homme au sein du système solaire, le mystère de la mort, il balance entre la foi et le nihilisme cher à Camus.
La musique quant à elle garde une forte empreinte pop-folk mais que le traitement sonore malmène souvent comme lorsque la voix de S. Stevens se voit filtrée par un vocoder. Quand l'électronique s'exprime, c'est souvent au travers de beats technoïdes qui troublent une chanson par ailleurs plutôt pop-folk comme dans "Uranus" à la construction étrange, tantôt rêveuse, avec ses arpèges tintinabulants de guitare et son chant aérien dédoublé en choeur extatique, tantôt expérimentale avec sa digression ambient proche des landscapes de Robert FRIPP et surtout son étonnant final bruitiste.

Les 17 titres de l'album provoquent il est vrai des cassures de ton assez radicales, jamais jusqu'à l'hermétisme cependant. Quelques pistes bien sûr captent plus facilement l'attention que d'autres, mais dans l'ensemble c'est la qualité qui prime. Disons que la partie avant-gardiste concerne plutôt le centre de l'album de "Black Energy" à " Moon", proche des travaux de Steve ROACH.
Les morceaux de choix se comptent au nombre de 4 ou 5 : que ce soit le progressif "Jupiter" au final très lyrique, le poétique "Venus", le torturé et puissant "Mars", le dance et néanmoins réussi "Saturn" (titre qui devrait le plus facilement convaincre les jeunes auditeurs), sans oublier évidemment l'étourdissant épique "Earth" qui fascine et émeut le long de ses superbes 15 minutes, de loin le meilleur titre du disque, ou le final apaisé de "Mercury" aux ambiances délicates tressées par la belle guitare de Bryce Dessner, proche ici de celle de Robin Guthrie.

L'originalité de ce projet musical fait du bien dans une actualité assez morne. Si la réussite n'en est pas totale ni écrasante, l'album n'en demeure pas moins fort intéressant voire séduisant.

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   AIGLE BLANC

 
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- Sufjan Stvens (chant, piano, mellotron, flûtes à bec,synthétiseur)
- Bryce Dessner (guitare électrique)
- James Mccalister (batteries, percussions, programmation, orgue)
- Nico Muhly (piano, célesta, orgue, basse)
- Thomas Bartlett (piano, mellotron)
- Ben Russel (violon)
- Rob Moose (violon)
- Nadia Sirota (viola)
- Claire Bryant (violoncelle)
- Ben Lanz (trombone)
- George Flynn (trombone)
- Ryan Keberle (trombone)
- Tim Albright (trombone)
- Williamlang (trombone)
- Dan Levine (trombone basse)
- Joe Barati (trombone basse)


1. Neptune
2. Jupiter
3. Halley's Comet
4. Venus
5. Uranus
6. Mars
7. Black Energy
8. Sun
9. Tides
10. Moon
11. Pluto
12. Kupper Belt
13. Black Hole
14. Saturn
15. In The Beginning
16. Earth
17. Mercury



             



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