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2001 Poses

Rufus WAINWRIGHT - Poses (2001)
Par MR. AMEFORGEE le 14 Septembre 2006          Consultée 1740 fois

Kant a dit un jour : « Rufus Wainwright réveille la femme qui sommeille en moi ». Cette phrase, que peu de néophytes du philosophe connaissent, voire même les exégètes de seconde zone, exprime parfaitement ce que l’on ressent à l’écoute de Poses. On est pris par un irrépressible besoin de se laisser pousser les cheveux, d’aller acheter un sac à main en solde, de commencer un régime de salade, de lire des mangas shōjo et de pleurer comme une madeleine à la vue d’une carte postale de chaton. A défaut d’opération chirurgicale pour parfaire la métamorphose, encore fort coûteuse de nos jours, on se contentera d’apprécier une partie endiablée de Half-Life avec la petite sœur, une tisane au citron hawaïen avec la mère et un tendre câlin avec l’amante poivrée, succédané largement satisfaisant.

Cela dit, on peut émettre un grief à l’encontre de Kant, que l’on ne savait pas si bacchante, c’est de faire mouche sans expliquer pourquoi, de laisser plus de questions en suspens que de réponses. En fait, tout est dans la recette. Rufus propose une musique pop artisanale, qui puise son inspiration dans des eaux aussi diverses que la musique classique, le cabaret, le folk ou encore la chanson d’avant-guerre (39-45, pas celle de cent ans, ni de Troie). D’où découle une impression de beauté maniérée, un peu baroque, mais qui défrise agréablement les poils des oreilles. L’atout principal étant naturellement la voix du personnage, pourvue d’un certain charisme, plutôt chaude et travaillée, mais présentant son lot d’anfractuosités, d’imperfections qui en font tout le sel. Le deuxième atout, ce serait peut-être cet art d’écrire des textes, parfois très inspiré, avec sa dose d’humour pince-sans-rire ou de lyrisme camouflé sous des références symbolistes ou de contes de fée. Musicalement, on penserait parfois à un Jeff Buckley en moins mort. Croisé à un Lou Reed. Tout est là.

L’album commence sur le meilleur morceau, calibré, ciselé, que dis-je, ouvragé pour être un tube, « Cigarettes and Chocolate Milk », qui met même Aristote et Platon d’accord. Un gimmick au clavier, quelques orchestrations, un usage dynamique de l’ensemble des instruments qui rend les arrangements pertinents, et une voix nonchalante, traînarde, limite j’m’en-foutiste, servie par un texte aux petits oignons : l’attaque est imparable. Le mauvais côté, c’est évidemment que le titre est tellement accrocheur qu’il a tendance ensuite à vous trotter dans la tête. C’est d’ailleurs la vraie cause de l’état végétatif qui frappa Nietzsche à la fin de sa vie et non la syphilis ou les extra-terrestres. D’autres morceaux marquent les esprits, comme le « Greek Song » avec ses accents pittoresques au parfum d’Orient, le frais « California » ou bien encore « Rebel Prince », tout en délicatesse et pizzicatos.

Ensuite, les ballades sont particulièrement réussies, ce qui émoustille forcément le lobe du cerveau qui recèle la part féminine de l’individu, et dont « The Tower of Learning » constitue sans doute le nec plus ultra. La voix de Rufus capte naturellement l’attention sur ces morceaux intimistes et graves, épurés et émouvants. Le silence, quelques accords sobres, la voix se lance et l’auditeur marque alors une pause dans ses activités, que ce soit écrire une chronique, manger un beignet aux pommes ou danser un tango avec le chien de la voisine, pour écouter pieusement. « In a Graveyard » est également assez convainquant, même s’il présente un petit côté révision du solfège qui pourra paraître ronflant. Il faudrait préciser, pour être juste, que ces chansons, aussi paisibles soient-elles, sont souvent construites suivant un effet de crescendo et le jeu des percussions et autres instruments se mettent en branle en cours de partie. Ainsi sur « The Consort », on peut entendre des trompettes claironner fièrement et produire un peu de rythme.

Cependant, Poses pose un problème, et Hobbes ne me contredira pas : c’est qu’il est inconstant. Le brillant côtoie l’anecdotique. Des titres comme le folk neil-youngien de « One Man Guy », « Evil Angel », malgré ses orchestrations qui trament une atmosphère prenante, ou encore « Shadows » malgré quelques effets intéressants, inclinent plutôt à l’indifférence. Sans parler de l’inutile reprise de « Cigarettes and Chocolate Milk », légèrement remixée, en fin d’album. Alors, on aimerait bien adhérer jusqu’au bout, atteindre l’extase dans les replis langoureux de la voix de Rufus, mais il manque un soupçon de quelque chose, un fragment d’infime, une odeur de sainteté, une fragrance d’absolu qui nous emporterait définitivement.

Reste donc que l’on passe un moment agréable. On verse quelques larmes en songeant au chaton que l'on a écrasé en garant la voiture, on s’empiffre de chocolat, on se console dans les bras d’Eddie le zombi en peluche. Et une fois que tout se décante, on en ressort apaisé. Bon album, dont on aimerait dire, si l’on était Cassandre, qu’il présage d’un meilleur à venir, on se rangera à l’avis de Spinoza : « vive les femmes, vive Rufus et vive les chroniques débiles ». Quant à Kant, laissons-le dormir en paix.

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   MR. AMEFORGEE

 
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1. Cigarettes And Chocolate Milk
2. Greek Song
3. Poses
4. Shadows
5. California
6. The Tower Of Learning
7. Grey Gardens
8. Rebel Prince
9. The Consort
10. One Man Guy
11. Evil Angel
12. In A Graveyard
13. Cigarettes And Chocolate Milk (reprise)



             



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