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 Tori's Maze (320)

Tori AMOS - The Beekeeper (2005)
Par MR. AMEFORGEE le 13 Juin 2005          Consultée 3500 fois

Je me tenais devant le haut portail qui était littéralement enlacé par les plantes grimpantes. Un oriflamme coloré, avec de nombreux motifs floraux, me surplombait et disait : « bienvenue à Tori-Amos Land », indication autrement plus accueillante que la pancarte du parc d’attraction de Dante, l’Enfer, lieu de villégiature un peu trop à la mode de nos jours (« vous qui entrez, laissez tout espoir »…).

J’étais ici en tant qu’émissaire de Forces Parallèles car nous avions reçu une invitation pour visiter la nouvelle création de l’artiste américaine, apparemment un parc composé de six jardins et où la chanteuse s’adonnait à un nouveau hobby : apicultrice… Je n’étais guère à l’aise car que je n’avais pas vraiment suivi la carrière de l’artiste, ne connaissant que l’une de ses premières créations, un parc à thèmes sur les tremblements de terre de petite magnitude, mais j’étais le seul chroniqueur disponible. Je n’avais d’ailleurs pas vraiment le matériel adéquat, puisque j’avais dû ressortir, en guise de protection contre les abeilles, un vieux masque d’escrime presque trop petit pour ma tête.

Bref, ce fut avec une légère appréhension que je pénétrais dans la place, alors que la grille s’ouvrait, mais je fus aussitôt assailli, après quelques pas, par une suave fragrance taquinant mes narines et le souffle ténu d’un vent d’une tiédeur raffinée. A ces impressions tactiles et odoriférantes s’ajouta la vision d’une profusion de fleurs et de cascades de verdure luxuriante, qui s’épanchaient avec une liberté étudiée entre les allées de gravier destinées aux visiteurs. Et au milieu de cet endroit, qui ressemblait sûrement au Jardin d’Eden, avant que Dieu n’y installât une usine de recyclage pétrochimique, m’attendait, avec un large sourire et la chevelure incandescente, mon guide, Tori Amos en personne. Malgré des traits étrangement figés, sans doute à cause de piqûres d’abeilles… la jeune femme demeurait séduisante et arborait un air paisible.

Après les salutations d’usage, nous commençâmes donc la visite. L’étrangeté des jardins, qui aurait sans doute donné des cauchemars à notre André le Nôtre national, résidait dans le fait qu’ils s’entrecroisaient sans cesse, si bien que nous passions d’une parcelle à l’autre, par la Serre, les Elixirs & les Herbes, les Roses & les Epines, le Jardin Désertique, le Verger et enfin le Jardin de Rocailles, comme dans un labyrinthe verdoyant placé sous la férule protectrice des rayons du soleil. La voix de Tori, versatile, parfois attestant d’une fêlure, parfois se montrant plus douce, m’aidait à me repérer dans le dédale arboricole. Les abeilles s’y ébattaient en toute liberté, en essaim ou solitaires.

Si l’on avait songé à transcrire ces jardins en musique, nul doute que l’on aurait employé des rythmes tantôt languissants, tantôt tendres, peut-être avec quelques percussions africaines très légères. On aurait employé les rayons iridescents d’un orgue Hammond pour figurer la tiédeur de l’atmosphère et on l’aurait mélangé aux notes plus claires d’un Bösendorfer pour en tirer un suc d’une douceur certaine. Assurément, il ne faut pas être allergique aux compositions florales sucrées, voire mielleuses, pour apprécier cette nouvelle création. Certains recoins des jardins invitent au repos, à se laisser aller à une douce langueur, tels Jamaica Inn, le tendre Sleeps With Butterfly, les intimistes, magnifiques, Mother Revolution et Ribbons Undone, dédiée à la propre fille de Tori. Pour d’autres, musicalement, on aurait pu distiller un léger groove, comme pour General Joy, pour le sensuel Ireland, ou y aller plus franchement, avec des teintes gospels prononcées, pour Sweet the Sting, Witness avec sa fin empreinte de sobriété, pleine d’émotion, ou encore l’excellent Hoochie Woman. Lorsque nous passions à ces endroits, la voix de Tori se faisait plus grave, plus chaude, ce qui attestait au passage de l’éventail de ses facultés.
Parmi mes parties de jardins préférés, je notais The Power of Orange Knickers, tendrement bâti avec l’aide du jardinier Damien Rice, qui apportait un contrepoint aux accents masculins fort intéressant, Cars & Guitars qui accrochait l’œil avec une composition florale plus énergique, oscillant entre le petit groove des feuilles et une montée en puissance vocale, comme les branches d’un arbre se déployant en tentant de toucher le ciel céruléen, ou bien encore le (trop) court, Original Sinsuality, qui dans sa parure me rappelait un peu Ruby Through the Looking-Glass, et dont l’arôme, dans son épurement, et dont la vision, dans sa clarté fébrile, m’inspirait de puissantes émotions.

Il me faut avouer qu’une seule visite ne me fut pas suffisante pour apprécier le parcours, qui était assurément assez long (et dont la fin se révèle des plus agréables après familiarisation, avec l’accrocheur Goodbye Pisces, le houleux Marys of the Sea et l’intimiste Toast). Dans les semaines qui suivirent, je fus obligé d’y retourner pour apprendre à goûter les nuances, peut-être apprivoiser la saveur sucrée, qui pourra en rebuter plus d’un, je le concède, de l’ensemble, mais Tori m’accueillait à chaque fois les bras ouverts, pour visiter, et pour prendre un thé au tilleul et de petites madeleines nimbées de miel (je crois que ma réputation de buveur de bière est compromise maintenant…).
Sans conteste, The Beekeeper est l’œuvre d’une artiste qui a atteint une certaine forme de sérénité, de plénitude de l’esprit, et qui invite à une promenade sans guère de heurts, loin des épanchements torturés qui jalonnent Little Earthquakes et, d’après ce que j’ai pu comprendre, les albums suivants. Cela dit, il peut être judicieux de préciser que l'adjectif "mielleux" renvoie à la douceur globale de l'album et non à un quelconque débordement de pathos romantique, auquel cas il aurait pris une connotation péjorative.
Je n’ai rien contre les contrées arides et volcaniques où règnent le chaos et la destruction, au contraire, mais j’avoue que j’ai été quelque peu ébloui par ce jardin reposant, où les ombres buissonneuses croisant avec le souffle de la brise tissent une trame mélodique des plus enivrantes.

A noter que l’on peut découvrir, un peu en marge, un coin de jardin appartenant au Verger : Garlands, dans une veine épurée, et qui s’esquisserait dans un écrin de piano de toute beauté. Dommage qu’il ne soit pas rattaché au reste

C’était The Soulforged pour Fleurs Parallèles, à vous les studios.

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   MR. AMEFORGEE

 
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- Tori Amos (chant, claviers)
- Matt Chamberlain (batterie)
- Jon Evans (basse)
- Mac Aladin (guitares)
- London Community Gospel Choir


1. Parasol
2. Sweet The Sting
3. The Power Of Orange Knickers
4. Jamaica Inn
5. Barons Of Suburbia
6. Sleeps With Butterflies
7. General Joy
8. Mother Revolution
9. Ribbons Undone
10. Cars And Guitars
11. Witness
12. Original Sinsuality
13. Ireland
14. The Beekeeper
15. Martha's Foolish Ginger
16. Hoochie Woman
17. Goodbye Pisces
18. Marys Of The Sea
19. Toast

- dvd Bonus
1. Garlands
2. Making-of De Beekeeper



             



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