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MITTY COLLIER - Shades Of A Genius (1965)
Par LE KINGBEE le 15 Mai 2018          Consultée 249 fois

Mitty COLLIER aura connu une brève carrière dans le monde de la musique séculière. Benjamine d’une famille de sept enfants, Mitty Lene Collier voit le jour en 1941 à Birmingham (Alabama). Issue d’une famille très portée sur la religion, elle fait ses gammes dans la chorale de sa paroisse et intègre The Miles College Chorus, une petite troupe dans laquelle figure William Bell. Elle enchaîne chez The Hayes Ensemble avant d’atterrir au sein de The Lloyd Reese Singers. Mais la vie réserve parfois des surprises, alors qu’elle se cantonnait au Gospel de par son éducation, Mitty quitte soudainement la musique évangélique pour aller chanter la musique du Diable au Club 401 sur les conseils d’un professeur. Ah … l’école n’était déjà plus ce qu’elle était. L’année suivante durant l’été 59, Mitty participe à un concours organisé à Chicago par le disc-jockey Al Benson, compétition qu’elle remporte haut la main. Benson prend alors contact avec Ralph Bass, l’un des producteurs important du label qui la signe aussitôt.

Entre 1961 et 1968, Mitty Collier va mettre en boite quinze singles pour le label Chess Records. La chanteuse poursuivra son chemin avec cinq 45 tours édités par Peach Tree, le label de William Bell et enfin en 1972 un dernier single enregistré pour Entrance de Chips Moman.

Durant la plus grosse partie des sixties, Mitty Collier se sera produite auprès des plus grosses vedettes Soul de la décennie et aura chanté pour un label qui disposait alors de quelques unes des meilleures chanteuses (Laura Lee, Barbara Carr, Irma Thomas,). En 1971, suite à une longue tournée, la chanteuse victime d’un problème de voix (un vilain polype s’est glissé sur ses cordes vocales) va prier Dieu pour retrouver son timbre. Il arrive parfois que les vœux se réalisent quand on prie fort et … Oh Miracle, Mitty Collier retrouvera sa voix. Fidèle à ses prières, la chanteuse retournera alors à ses premiers amours, la musique religieuse et Dieu, enregistrant plusieurs albums axés exclusivement sur le Gospel. Après une longue carrière comme éditorialiste pour l’Université de Chimie de Chicago, Mitty Collier sera ordonnée Pasteur en 1989 au sein de la Christian Fellowship Ministries, une congrégation basée dans la Windy City.

« Shades Of A Genius » sort en septembre 65 et demeure l’unique album Soul de la chanteuse. Le titre n’est pas anodin, le staff de Chess a voulu faire une approche avec Ray Charles. The Genius est d’ailleurs bien présent ici avec trois de ses morceaux : si la chanteuse reprend l’un des gros succès du non-voyant avec « Hallelujah (I Love Him So) » dans une version tempérée loin de valoir l’original, c’est la reprise de « Come Back Baby » en ouverture qui frappe les esprits. La version du Genius gravée en 1954 en face b de « I’ve Got A Woman » frisait l’excellence, mais Mitty Collier nous en offre une interprétation intense et quasiment crépusculaire, on se croirait dans une église noire. Tiens, pour un peu, je me laisserais presque aller à joindre mes deux mains et à psalmodier une prière, si j’en connaissais une. Les versions postérieures d’Aretha Franklin, George Benson ou Etta James ne peuvent en aucun cas rivaliser, pas plus que celle antérieure d’un tout jeune Stevie Wonder. Seul Junior Parker dans une version plus Blues que Soul atteindra un tel niveau. Si en ouverture « Come Back Baby » ouvrait le disque sous des hospices dignes de ceux de Beaune, « Ain’t That Love », troisième cover de Ray Charles, conclut le disque en beauté avec certainement l’une des meilleures interprétations existantes avec celle de Jackie De Shannon. L’affiliation à Ray Charles ne s’arrête pas là : « Drown In My Own Tears », jadis interprété par le Genius, permet de comparer la puissance de feu de Lula Reed et de Collier, probablement les deux meilleures cantatrices de ce titre.

Mais si Chess a décidé de placer sa chanteuse sous le halo d’une Soul proprette dans le sillage du Genius, le label n’en n’oublie pas moins d’incorporer un bon tiers de titres issus de singles qui n’ont pas intégré les charts et ne se sont donc pas vendus à commencer par « I Gotta Get Away From It All », première chanson de la dame, piochée dans le répertoire religieux de Lloyd Reese. Autres titres issus des 45 tours sans succès : « Let Them Talk » popularisé par Little Willie John, une bonne version de « My Babe », standard de Willie Dixon fortement inspiré du gospel « This Train Is Bound For Glory » et qui aurait peut être mérité meilleur sort avec une bonne promotion. Parmi les douze chansons, seules deux rentreront dans les classements R&B : « I Had A Talk With My Man Last Night », la version séculière du « I Had A Talk With God Last Night » du Reverend James Cleveland* et « No Faith, No Love ». En dehors, des morceaux de Ray Charles, le disque ne propose que de rares nouveautés : « Would You Have Listened », « Together » lorgnant sur la mélodie du « Bring On Home To Me » de Sam Cooke.

On peut s’étonner que Chess Records n’ait pas plus appuyé le talent de Mitty Collier, une interprète qui brillait à la fois par sa puissance et sa charge émotionnelle. On peut supposer que le label de Chicago se préoccupait alors plus des caprices et des ventes de disques d’Etta JAMES. Vient le moment de dresser la note de ce disque. La voix de Mitty Collier demeure l’atout majeur de ce disque et pourrait à elle seule approcher la note maximale si les arrangements, l’orchestration parfois bourrée de violonades, de cordes et de chœurs ne sonnaient pas si obsolètes et si sages. Produit et supervisé par Roquel Billy Davis, un ancien créateur de jingles pour Coca Cola, ce disque se retrouve ampoulé par les arrangements de Bert Keyes et Phil Wright tandis que Riley Hampton, considéré comme l’un des meilleurs arrangeurs de Chicago tente ce qu’il peut au sein de son orchestre. Ne nous étonnons si Dieu à rappelé à lui cette chanteuse en la réorientant sur la musique religieuse, s’il fait la sourde oreille pour ses fidèles, le gars a assurément l’esgourde musicale.

*Nous n’avons pas mis d’accents au mot Révérend afin de préserver l’orthographe américaine.

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- Mitty Collier (chant)
- Riley Hampton (orchestre)
- Phil Wright (orgue 1-12)


1. Come Back Baby.
2. I Had A Talk With My Man Last Night.
3. Would You Have Listened.
4. I Gotta Get Away From It All.
5. My Babe.
6. Hallelujah (i Love Him So).
7. Drown In My Own Tears.
8. No Faith, No Love.
9. Together.
10. Let Them Talk.
11. Little Miss Loneliness.
12. Ain’t That Love.



             



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