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- Style : Candi Staton

Bettye LAVETTE - Lavette! (2023)
Par LE KINGBEE le 9 Novembre 2023          Consultée 489 fois

Avec ce fond rouge flamboyant colorant sa pochette, ce nouvel opus de Bettye LAVETTE laisse présager un moment étincelant. Si la native du Michigan est revenue sur le devant de la scène à l’orée du nouveau millénaire grâce à l’album A Woman Like Me publié par Anti, il ne faudrait pas oublier qu’elle peut se targuer d’une carrière s’étalant sur six décennies, un parcours qui a débuté en 1962 alors qu’elle était tout juste âgée de seize ans avec "My Man - He’s A Lovin’Man", une petite tuerie publiée par Atlantic. Formidable chanteuse, elle récidivera durant les sixties avec "Let Me Down Easy" et l’explicite "He Made A Woman Out Of Me" boycotté par les radios américaines. Bettye Lavette n’a probablement jamais su faire passer ses émotions avec autant d’intensité et de dramaturgie qu’aujourd’hui. Alors qu’au fil des années, l’envie et la qualité vocale semblent disparaitre chez de nombreuses chanteuses, Bettye LaVette nous prend encore à contrepied, à l’image d’un vin qui se bonifie.

Après deux albums édités sous la bannière de Verve Records, Bettye LaVette apparait cette fois sous l’étiquette de Vee-Jay Records, petite maison de disque du couple Steve Jordan/ Meegan Voss. Ce changement n’altère en rien la qualité de la production qui du coup a les coudées plus franches. La chanteuse retrouve donc pour la troisième fois Steve Jordan, ex membre des BLUES BROTHERS, batteur de session auprès de Bob DYLAN, BB KING, Neil YOUNG ou Sonny ROLLINS et actuel membre des STONES en remplacement du regretté Charlie Watts. La chanteuse n’est donc pas en terre inconnue d’autant plus que Jordan lui a concocté une équipe d’enfer avec l’organiste Leon Pendarvis (déjà présent dans l’album précédent), le bassiste Pino Palladino, équipier de Jordan au sein du John Mayer Trio, et les guitaristes Christopher Bruce (ex SEAL, Doyle Bramhall II) et Larry Campbell (Levon HELM, Jorma KAUKONEN, The BLACK CROWES), alors qu’outre la production Jordan se charge naturellement de la batterie et des percussions. A ce solide backing band, plusieurs invités de renom sont venus prêter main forte : les organistes Steve WINWOOD (ex BLIND FAITH, TRAFFIC) et le Révérend Charles Hodges (All PEEBLES, Al GREEN), le pianiste Jon Batiste (ex Mavis STAPLES, Lana DEL REY), le guitariste Ray Parker Jr popularisé via le film Ghostbuster) et le vibraphoniste Monte Croft (présent dans Blackbirds).

Formidable interprète, si Bettye s’est rarement investie dans la composition, Randall Bramblett se charge de la partie écriture. Multi instrumentiste entendu auprès de Bonnie BRAMLETT, Gregg ALLMAN, GOV’T MULE, cet ancien théologien propose une qualité d’écriture rare, Rick NELSON, DEEP PURPLE, Bonnie RAITT ou HOT TUNA ont déjà fait appel à ses services. Outre l’orchestration et les arrangements, on retrouve ici une trame cohérente en matière d’écriture bien supérieure par rapport à la production Soul contemporaine.

La production particulièrement soignée et jamais étouffante alliée à un chant aussi intense qu’organique diffuse une palette de différents décors. Si "See Through Me" s’avère sensuel et puissant, l’orchestration traverse un étrange kaléidoscope passant de l’Americana à la Soul pour terminer sa course à travers un redoutable Blues Rock. Steve Winwood tisse un moelleux paysage en arrière-plan sur "Don’t Get Me Started" tandis que le chant est toujours aussi expressif. Après ces deux tempêtes, la voilure baisse d’un cran avec "Lazy (And I Know It)" qui prend par moment une déviation vers du Funk Soul mené par la guitare de Christopher Bruce.
Si l’orgue du Révérend Hodges, ancien bâtisseur du son Hi Records, dessine une ambiance quasi crépusculaire sur "Sooner Or Later", Bettye envoie la sauce au niveau du timbre, Anthony Hamilton venant adoucir la sauce pour un titre qui pourrait s’inscrire dans le répertoire de Lucinda WILLIAMS. "Plan B" s’avère tout aussi puissant porté par un texte au caractère semi biographique qui aurait pu provenir de l’imagination de la chanteuse. Une sorte d’avertissement sans concession à tous ces musiciens qui ne subsistent que grâce à des plan de carrière aussi futiles que mensongers.

Jordan et sa troupe ont assez de métier pour laisser reposer les accus quand le besoin s’en fait sentir. "Concrete Mind" vient à point pour laisser reposer les chevaux avec une ballade à mi-chemin entre Country Soul et Americana, titre porté par la délicatesse du vibraphone et la lap steel de Larry Campbell.
On reste sur un tempo lent mais encore plus lancinant sur "In The Meantime" avec cette fois John Mayer dans le costume du guitariste soliste. Si "Mess About It" diffuse un rythme peu propice aux lumbagos, la basse clivante de Pino Palladino et la guitare funky de Ray Parker nous rappelle au bon souvenir du Godfather de la Soul (James BROWN). Du Groove à l’état pur !
Si le tempo et l’orchestration s’orientent plus vers une tournure exotique, "Hard To Be A Human" diffuse lui aussi un cachet teinté d’un Funk délicat que ne renierait pas Sly Stone, un titre délicieusement épicé par une mini section cuivre portée par le saxophoniste James Carter.
Virage à 90 degrés avec "Not Gonna Waste My Love", une ballade sudiste portée par la pedal steel guitar de Larry Campbell que certains jugeront certainement trop stridente. Telle une oraison, "It’s Alright" * clôture l’album sur une atmosphère d’église. Les diverses guitares de Campbell, remplaçant pour l’occasion guide chant, harmonium ou orgue d’église, diffusent un décor de rédemption, sentiment renforcé par la présence de deux choristes. Bettye Lavette distille ici un grand moment de sérénité contrastant avec sa voix de tragédienne.

A 77 ans, Bettye LaVette est toujours capable de faire passer des émotions hors norme à travers un timbre extraordinaire. Sans vouloir paraitre dithyrambique, on pourrait affirmer sans crainte que le monde de la Soul se partage en deux : d’un côté des chanteuses sans talent propulsées par de sombres boites de productions et des chaines TV à grands coups de slogans publicitaires et de passages radios lobotomiques pour une consommation dite de masse, et d’un autre côté des interprètes d’exception qui ne passeront que rarement à la télé, pour cause de non conformisme au format radio et marketing. Bettye LaVette nous offre encore un splendide album de Soul imprégné d’incursions dans l’Americana. Un superbe digipack doté d’un livret intérieur richement illustré à l’image d’une production particulièrement soignée. Il ne manque qu’un tube ici pour faire carton plein.

*Titre homonyme à ceux d’Hound Dog Taylor, Black Sabbath, Yoko Ono.

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- Bettye Lavette (chant)
- Larry Campbell (guitare, lap steel, pedal steel)
- Christopher Bruce (guitare)
- Ray Parker Jr (guitare 4-8)
- John Mayer (guitare 7)
- Pino Palladino (basse)
- Steve Jordan (batterie, percussions)
- L Leon Pendarvis (orgue, piano)
- Steve Winwood (orgue 2)
- Charles Hodges (orgue 4)
- Jon Batiste (piano 8)
- Monte Croft (vibraphone 6)
- Pedrito Martinez (percussions 1)
- James Carter (saxophone)
- Kevin Batchelor (trompette)
- Clifton Anderson (trombone)
- Tawatha Agee (chœurs 11)
- Cindy Mizelle (chœurs 11)
- Anthony Hamilton (chœurs 4)


1. See Through Me
2. Don't Get Me Started
3. Lazy (and I Know It)
4. Sooner Or Later
5. Plan B
6. Concrete Mind
7. In The Meantime
8. Mess About It
9. Hard To Be A Human
10. I'm Not Gonna Waste My Love
11. It's Alright



             



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