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BRENDA AND THE TABULATIONS - Dry Your Eyes (1967)
Par LE KINGBEE le 15 Mai 2018          Consultée 221 fois

Issue de la scène doo-wop, cette formation s’inscrit pleinement dans The Philadelphia Soul (ou Philadelphia Sound). Historiquement, rien ne prédestinait Philadelphie à devenir l’un des nouveaux centres de la Soul, bien au contraire. Au début des sixties, la ville avait bien connu quelques succès par l’entremise de jeunes idoles blanches comme Fabian, Frankie Avalon ou Bobby Rydell. L’impact de l’émission American Bandstand présentée par Dirk Clark va changer la donne avec la percée du Twist*, via Chubby Checker un apprenti chanteur qui exerçait alors dans une usine de volailles locale. L’étonnant succès de cette danse issue d’opérations marketing et publicitaire montées par l’animateur télé va permettre de faire pousser une première petite graine Soul dans la 4ème mégapole américaine.

Parmi les nombreux chanteurs issus de la ville (The Orlons, Don Covay, Dee Dee Sharp ou Patti LaBelle pour ne citer que les principaux) BRENDA and the TABULATIONS auront la malchance d’arriver un peu trop tôt. Ensemble vocal monté de toute pièce, le groupe s’articule autour de Brenda Payton**, ancienne chanteuse des Joyettes un petit groupe vocal féminin local. Brenda parvient deux ans plus tard à attirer l’attention du label Dionn Records qui décide de lui adjoindre un trident de choristes. Entre 1966 et 68, Brenda et ses Tabulations (traduisible par Tableaux) qui tiennent autant de la figure de mode en matière de danse que de chanteurs vont enregistrer six singles pour le label Dionn. Contre toute attente, la formation connait un gros succès dès son premier 45 tours avec « Dry Your Eyes » qui grimpe sur la seconde marche des Charts R&B et à la 20ème des classements Pop.

D’entrée de jeu, les dés semblent pipés pour Brenda. Si son groupe a décroché une étonnante timbale avec « Dry Your Eyes », il doit aussi subir le manque de moyens d’un micro label fondé par Gilda Woods presque spécialement pour eux qui ne sortira en fin d’exercice que 13 singles entre décembre 66 et mars 69 (dont 8 du groupe) et un unique album, celui-ci. Distribué par Jamie Records, un autre label de la ville, Dionn mettra très rapidement la clef sous la porte. On peut se demander ce que Brenda et ses trois comparses seraient devenus s’ils avaient enregistré pour Cameo Parkway ou pour le triumvirat monté par Kenny Gamble, Leon Huff et Thom Bell ? On peut aussi s’étonner que suite à l’arrêt de Dionn Records, le groupe n’ait pas rebondi chez Phil-L.A. ou Philly Groove, deux petites maisons de disques nouvellement implantées dans la Cité de l’amour fraternel. Dans la réalité, la formation alors sans contrat tombera dans le giron de Top & Bottom retrouvant sa fidèle impresario et Van McCoy, principal instigateur du futur mouvement Disco, et enfin chez Epic et Chocolate City, filiale de Casablanca Records. En 1971, Brenda connaitra son second et dernier succès avec « Right On The Tip Of My Tongue » qui atteindra alors la 5ème place des classements R&B.

« Dry Your Eyes » sort en 1967 en deux versions, une mono et une stéréo. Enregistré au 919 Sound Studios, propriété de Jamie Records, le disque incorpore pas moins de six titres parus en singles pour autant de nouveautés. Comme le dit l’adage, on fait du neuf avec du vieux, pratique courante à l’époque.
Produit par Bob Finiz, un songwriter producteur de l’écurie Jamie qu’on retrouvera plus tard auprès de Cissy Houston, Patty LaBelle, Maxine Brown et plus curieusement des Lovin’ Spoonful, le disque regroupe donc six faces piochées à qui mieux mieux dans les différents 45 T. Le répertoire nous plonge dans un répertoire Soul bien lisse, le lien principal étant basé entre romance et chanson d’amour. « Dry Your Eyes », « Who’s Lovin’ You », hit mineur des Miracles de Smokey Robinson et future reprise des Jackson 5 et des Temptations, se démarque par le chant féminin venant en contradiction avec la plupart des reprises du titre, « Just Once In A Lifetime » une compo de Lorraine Ellison déjà interprétée par Ben Aiken sans succès. Le tempo se durcit très légèrement sur « Hey Boy » l’une des rares compositions de Brenda Payton coécrite avec Maurice Coates. Parmi les six titres puisés au petit bonheur la chance dans les singles, « The Wash » se détache clairement du lot via une sonorité plus énergique, une gratte un brin funky et une coloration évoquant Helene Smith, les Delfonics ou les Volcanos (futurs Trammps). Ce morceau reviendra au goût du jour en 2011 en servant de bande son publicitaire à une marque d’un spray déodorant célèbre.

L’autre partie du disque constituée de six nouveautés propose un répertoire quelque peu renouvelé; en l’espace de deux ans, la Soul a connu une évolution tant au niveau des textes, que des tempos, sans parler d’une prise de conscience. Brenda & the Tabulations ne propose pas un énorme changement, mais on constate que les nouvelles chansons ne lorgnent plus exclusivement dans le tiroir caisse de la midinette classique. Si aucune composition ne vient parapher ces six titres, on pourra néanmoins apprécier « Summertime », grand classique du couple Gershwin, délivré ici sur un rythme hyper lent avec une Brenda devenue lascive et un bon Eddie Jackson à la guitare. La formation nous délivre une très honnête reprise de « Walk On By », œuvre du tandem Burt Bacharach/Hal David chantée pour la première fois par Dionne Warwick. Si certains lui préfèreront peut être l’une des deux versions d’Isaac HAYES ou celle des Carpenters, l’interprétation de l’ensemble reste intéressante, les arrangements de Richard Rome, qu’on entendra plus tard auprès des Sweet Inspirations, The O’Jays, The Tymes ou Three Degrees, s’avèrent sobres et évitent toute surenchère. On ne s’étendra pas sur l’adaptation de Richard Anthony sous l’intitulé «Oui, Va Plus Loin », le genre de soupe qui donne envie d’être sourd. Excellente trouvaille avec le « God Only Knows » des Beach Boys, première reprise Soul du standard des californiens. Une reprise bien plus modérée et convaincante que les futurs massacres de Captain & Tennille, David Bowie ou Olivia Newton John. Le groupe étonne avec « Where Did Our Love Go » dans une version qui vaut largement l’originale des Supremes (avis à prendre avec modération, votre chroniqueur n’ayant jamais été un grand fan de Diana Ross et de la Motown). Contrairement au titre précité, « Forever » seconde compo du trident Gorman/Dozier/Holland parait trop bubble song, une vraie guimauve gorgée de sucres sans réel goût, on croirait entendre un pastiche d’une ballade sentimentale à la Motown. Même impression avec « Oh Lord What Are You Doing To Me » enregistré antérieurement par Big Maybelle et Dionne Warwick avec à peine plus de verve.

Au moment de dresser la note, le nombre de ballades sirupeuses parait aujourd’hui trop important pour que le disque atteigne une note extraforte. Certains arrangements et une orchestration souvent trop sage ne peuvent contribuer à rehausser un univers qui sonne de nos jours comme obsolète. Heureusement le disque est sauvé par un quart du contenu, ce qui fait trop peu pour dépasser la moyenne. Note réelle 2,5.

*Hank Ballard demeure l’un des catalyseurs du Twist par l’entremise de l’enregistrement de « The Twist » édité en single en 1959 par King Records, précédent ainsi la percée de Chubby Checker.
**Brenda Payton se consacrera ensuite à la production et à sa famille. Mais on la retrouve comme choriste sur des enregistrements de Melba Moore, Patty LaBelle, Stevie Wonder ou de sa fille Kenyetta R. Payton. Brenda est décédée prématurément à 46 ans en 1992 des suites d’un cancer.

Cette chronique provient de l’écoute du pressage US version stéréo. Le disque a fait l’objet d’une réédition CD via le label Jamie/Guyden avec deux bonus.

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   LE KINGBEE

 
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- Brenda Peyton (chant)
- Maurice Coates (chant)
- Jerry Jones (chant)
- Eddie L. Jackson (guitare, chant)


1. Dry Your Eyes.
2. Walk On By.
3. God Only Knows.
4. Who's Lovin' You.
5. Summertime.
6. Where Did Our Love Go.
7. Just Once In A Lifetime.
8. Forever.
9. Stay Together Young Lovers.
10. Hey Boy.
11. Oh Lord What Are You Doing To Me.
12. The Wash.



             



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