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- Membre : Bande Originale De Film

Elliot GOLDENTHAL - Final Fantasy The Spirits Within (2001)
Par CHIPSTOUILLE le 4 Juillet 2018          Consultée 172 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Si vous ne souhaitez pas lire un pamphlet contre la vacuité des bandes originales orchestrales de films hollywoodiens, passez votre chemin. Mais il n'y a guère d'exemple plus pertinent pour s'ériger contre ce scandale que "Final Fantasy The Spirits within" (1). Hollywood aime l'orchestre pour ses effets, par pour la qualité des musiques qu'il peut produire. Nous aussi, on les aime, ces effets. Qui ne jubile pas en entendant les 15 secondes composées par John WILLIAMS sur "The tusken camp / the homestead", précisément à 2 min 45, lorsqu'Anakin Skywalker pète les plombs en mode SSJ2 (2)? Mais sortis de leur contexte cinématographique, ces effets font de piètres œuvres musicales. Elles n'ont d'ailleurs jamais été conçues pour être écoutées ainsi.

Revenons donc en 2001. Squaresoft, société japonaise productrice de jeux-video, n'a plus les pieds sur terre. Au gré de ses dernières productions, la société a accompli des pas de géants dans le domaine de l'image de synthèse, au point d'aller concurrencer Pixar et Dreamworks dans leur propre domaine d'expertise (3). De là à produire son propre film, il y a un pas que la société franchit sans l'ombre d'un scrupule. Hironobu Sakaguchi est mis aux commandes d'un projet fou pour lequel tous les moyens sont débauchés. Malheureusement, le public ne répond pas à l'appel. Le film, pur produit de synthèse "mature", s'avère réussi bien que plombé par une poignée de personnages clichés. N'ayant que trop peu de rapport avec la série de jeux dont il se hisse, il ne parvient cependant guère à convaincre les fans des jeux. En résulte l'un des plus gros flops de l'histoire du cinéma (4). Ce qui a bien failli signer officiellement la mort de la compagnie.

En ce qui concerne les moyens débauchés, outre des scénaristes américains, c'est donc Elliot GOLDENTHAL qui est démarché pour la musique, à la grande surprise générale. On aurait cru que le poste reviendrait derechef à Nobuo UEMATSU, compositeur en titre côté Jeux-Vidéo depuis alors 10 épisodes. On présume que le compositeur n'était pas très à l'aise à l'époque en ce qui concerne les orchestrations. Ce choix n'a fait qu'accentuer le fossé entre les espérances des fans et le produit final. On suppose même, le compositeur étant loin d'être le seul point commun que le film possède avec la saga Alien, que James HORNER avait été préalablement pressenti pour le poste.

GOLDENTHAL n'a donc jamais joué aux jeux ou écouté la moindre note de UEMATSU et ça se sent. Il est un pur produit Hollywoodien qui maîtrise ses leçons : PROKOFIEV, HOLST et toute la clique des romantiques "fantastiques" (MOUSSORGSKI, DUKAS...). Il faut noter un rapprochement particulier avec Iannis XENAKIS, qui ne se dément pas dans ce long métrage. C'est notamment le cas lors des scènes d'action figurant les fantômes, qui proposent un éparpillement de cuivres dissonants. C'est également flagrant dans les instants de tension qui figurent des cordes stressées survolées de flûtes perçantes.

Que retenons-nous de tout ceci? "Code Red", évidemment, coup de stress qui s'intensifie sous la pertinence de son motif fait de chromatismes. L'élégant "The spirit within", venant accompagner des séquences de rêve sans dialogue, se fait également remarquer. Partant d'une emphase royale, il illumine les séquences de par son panache et vient faire résonner un shakuhachi (sorte de flûte japonaise) au milieu d'une BO par ailleurs très occidentale. Citons également le très martial "The Phantom plains" dont la remarquable explosion rythmique centrale est systématiquement reprise dès qu'un vaisseau décolle ou atterrit. Un mot de "Zeus Cannon", plus particulièrement de son rythme décalé? Il est magistral. Voilà qui est fait.

Enfin, impossible d'ignorer le véritable thème mélodique du film, "The Dream Within". La chanson interprétée par Lara FABIAN, qui tentait ici une percée internationale, est régulièrement reprise au piano dès qu'il s'agit pour le film d'embrasser un côté plus sensible. Rien d'exceptionnel ici, c'était la mode des chanteuses "à voix", Lara FABIAN n'a donc pas percé. Le thème reste élégant. "Spirit Dreams inside", quant à elle interprétée par le groupe de J-Pop sur-populaire "L'ARC-EN-CIEL" (prononcez l'a-lu-ku) au pays du Kimono, n'a pas vraiment retenu notre attention.

Le reste est souvent dispensable, parfois même éprouvant ("Toccata and Dreamscapes"), mais c'est voulu. Tout colle parfaitement à l'action, réglée au millimètre - rappelons que la moindre image a demandé un travail de préparation colossal - et tout ceci manque évidemment de spontanéité ou de réelle originalité. C'est, comme d'habitude, indigeste sur disque.

Le grand drame est que UEMATSU est ici balayé d'un revers. GOLDENTHAL n'a pas joué aux jeux et n'a jamais entendu la moindre note du "Aerith Theme" (6), de "One Winged Angel" ou "Forever Rachel". Il s'en fout, il a fait son boulot tel qu'il le concevait. Peu importe que le film ait fait un flop, que GOLDENTHAL se soit éloigné des attentes ou que la musique soit tristement la même que dans tous les autres blockbusters hollywoodiens. Depuis, Final Fantasy The Spirits Within prend peu à peu la poussière, comme un objet de collection, sa musique avec lui.

(1) Même après 17 ans, on ne comprend toujours pas le sens de la traduction française: "Les créatures de l'esprit".
(2) comprenne qui pourra
(3) Quelques scènes de Final Fantasy VIII concurrençaient voire dépassaient - au moins sur un plan technique - ce qu'on peut voir dans A bug's life sorti également en 1999 : représentation de l'eau, effet de pilosité... La comparaison FFX / Monstre et Cie mérite un débat.
(4) En général classé dans le top 10 en fonction des sources, de la date du classement et de la prise en compte de l'inflation.
(5) Une anecdote qui m'est restée: une seule personne a travaillé à temps plein pendant 3 ans pour ne s'occuper que de l'animation des cheveux de l'héroïne.
(6) Oui "Aerith", comme c'était écrit dans le livret de la version jap, je vous crotte, je suis un pur fanboy.

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   CHIPSTOUILLE

 
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- London Symphony Orchestra (1-16)
- Dirk Brossé (direction)
- Lara Fabian (chant sur 17)
- L'arc-en-ciel (interprétation sur 18)


1. The Spirit Within
2. Race To Old New York
3. The Phantom Plains
4. Code Red
5. The Kiss
6. Entrada
7. Toccata And Dreamscapes
8. Music For Dialogues
9. Winged Serpent
10. Zeus Cannon
11. Flight To The Wasteland
12. A Child Recalled
13. The Eighth Spirit
14. Dead Rain
15. Blue Light
16. Adagio And Transfiguration
17. The Dream Within
18. Spirit Dreams Inside



             



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