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FEAR ITSELF - Fear Itself (1968)
Par LE KINGBEE le 31 Mai 2018          Consultée 215 fois

Curieux nom de groupe que ce FEAR ITSELF (Peur de Soi). Derrière cet obscur quatuor originaire d’Atlanta se cache la guitariste Ellen McIlwaine, fondatrice du groupe. Originaire de Nashville, où elle nait à la fin de la Seconde Guerre, Ellen est adoptée dès deux ans par un couple de missionnaires installés à Kobe (Japon). Une fois ses diplômes en poche, Ellen regagne le continent et s’établit à Atlanta. Lors d’un voyage à New York, elle tente sa chance au Cafe A Go Go, célèbre club de Greenwich Village implanté dans Manhattan. C’est là qu’elle fait ses gammes en ouvrant entre autre pour Odetta, Muddy WATERS, Richie HAVENS, Big Joe WILLIAMS, Mike BLOOMFIELD et Jimi HENDRIX, pour ne citer que les principaux.

Après cette expérience newyorkaise de six mois, Ellen regagne Atlanta bien décidée à monter son groupe. Elle recrute alors le guitariste newyorkais Chris Zaloom de passage à Atlanta, le bassiste Steve Cook* en provenance de The Soldiers et enfin le batteur Bill McCord, deux musiciens locaux. Fear Itself va alors se produire tant bien que mal dans le circuit des clubs de Géorgie avant de tenter sa chance dans la Big Apple, Paul Album remplaçant Steve Cook parti dans le Sud. Le groupe parvient à se produire au Fillmore East, au Cafe Bizarre mais c’est leur prestation au Woodstock Soundout Festival** en 1968 qui leur permet d’être remarqué par Dot Record.

Dot Records qui vient de tomber dans l’escarcelle de la Paramount, n’a jamais eu une ligne éditoriale concise se spécialisant longtemps dans des disques de reprises et du tout venant. Le label décide de confier le groupe au producteur Tom Wilson. Ce dernier n’est pas un petit nouveau, spécialisé dans le Jazz, il a longtemps œuvré pour Transition, United Artists, Savoy. Depuis quelques années Wilson s’est diversifié avec un certain succès étant à l’origine de quelques titres de DYLAN, SIMON & GARFUNKEL, Pete SEEGER, The MOTHERS OF INVENTION, The ANIMALS ou SOFT MACHINE. Pour ce producteur émérite il est clair que Fear Itself intervient un peu comme un caillou dans une chaussure, Wilson semble se désintéresser du projet laissant ainsi la partie arrangement au groupe. En fait, Wilson est plus intéressé par le management de concerts de Jazz et de Rock avec des formations au rayon d’action plus important que Fear Itself, groupe inconnu. C’est cependant au Record Plant Studio de New York, endroit prisé par HENDRIX, ZAPPA, Lou REED qu’on envoie Ellen et ses sbires.

La pochette de ce disque sans titre ne renseigne guère sur son contenu. Seuls trois des membres apparaissent dans une définition floue (le 4ème figure au dos, la pochette s’ouvrant en 2 parties). On se demande ce qu’Ellen Ilwaine peut tenir dans ses bras ? Un chat, un paquet de vêtements ou un chat enveloppé dans une couverture ? Cette pochette prise en pleine nature nous orienterait vers du Folk, ce que va démentir la première écoute.

Ce disque propose dix pistes, une moitié d’originaux relevant de la plume de la meneuse et donc cinq reprises dont deux titres issus du traditionnel. Les compositions nous renvoient dans un univers de Blues et d’Acid : « Underground River » avec une guitare rythmique et une slide décalée reste marqué par le chant strident de McIlwaine. « Bow’d Up » fait penser à une démo avec son passage de guitare acoustique complètement discordante. Le tempo se durcit avec « For Suki », un mélange de Folk et de Blues Psyché. L’orgue et la voix volontaire presque crépusculaire sont les meilleurs atouts de « Mossy Dream » qui nous expédie vers une étrange mixture entre PROCOL HARUM et It’s A Beautiful Day. Débutant sous forme de spoken song « Billy Gene » s’avère tout aussi curieux ; le refrain entonné par un chœur évoque aussi bien le Delta que l’Afrique plongeant dans un mysticisme bizarroïde pas très éloigné de certains voodoos, alors qu’Ellen nous assène de grands riffs bien stridents. Cinq originaux qui retiennent plus l’attention par leur singularité parfois excentrique et le timbre de la chanteuse.

Les caractéristiques musicales des compositions se retranscrivent en partie sur les différentes reprises. En ouverture, « Crawlin’ Kingsnake » semblait nous orienter vers un Harmonica Country Blues avant de bifurquer en plein Blues Psyché. Autant dire qu’il faut avoir une bonne dose d’imagination pour reconnaître ce traditionnel enregistré pour la première fois par Big Joe WILLIAMS mais popularisé par John Lee Hooker. Le roi des serpents rampant vers la tanière d’une compagne infidèle nous laisse ici circonspect. Autre trad. et impression identique, il faut avoir de l’oreille pour reconnaître « « In My Time Of Dying », une variante de « Jesus Make Me Up Dying Up » de Blind Willie JOHNSON. Si les premières mesures annonçaient un Gospel, la guitare freaks et le vocal laissent à penser que le groupe semble avoir confondu les hosties avec des petites pastilles de LSD. Morceau le plus long du disque, « Lazarus » dont la thématique renvoie encore entre récit Biblique, mysticisme, conte et légende finit par se perdre en route, on n’en retiendra que le chant rageur et les riffs allumés.

Immense carton des BOX TOPS en 1967, « The Letter » connaîtra son lot de reprises et de massacres (Amii Stewart pour un hit Disco sans groove, Joe COCKER pour une version boursouflée ne sont pas loin de décrocher la palme). Si certains resteront certainement attachés au chant d’Alex Chilton, Fear Itself nous offre une reprise correcte ne se répandant pas trop, on regretterait presque que le morceau ne dure pas un peu plus longtemps. Un sentiment similaire prévaut avec « Born Under A Bad Sign » popularisé par Albert KING pour la Stax, la firme aux doigts qui claquaient. Si cette composition du tandem William Bell/Booker T. Jones a connu elle aussi un florilège de covers et avouons le de sacrilèges, la formation ne s’en tire pas trop mal évitant une plongée trop psyché dont on aurait du mal à remonter.

Si Ellen McIlwaine proposait un chant allant du strident au criard pouvant s’élargir jusqu'à un spectre éraillé, guttural flirtant avec l’exaltation et l’ésotérisme, des solos de guitares souvent aussi rageurs que décousus, ce disque qui ne connaîtra aucun succès, renvoie aujourd'hui pleinement vers BIG BROTHER & The HOLDING COMPANY ou le KOZMIC BLUES BAND d’une célèbre chanteuse rousse. Les compositions font plus penser à des démos et ne parviendront qu’à retenir l’attention des amateurs d’obscurantisme, de groupes « underground » ou de Blues Psyché tendance Acid et Freak. Aujourd'hui malgré tout le bien que nous pensons de ces collectors par rapport aux productions dites de masse, cette galette unique du groupe ne vaut que par trois titres, ce qui fait trop peu pour atteindre la moyenne. La mort de Paul Album provoqué par un chauffard ivre sonnera la fin du groupe. Ce disque connaîtra une publication française distribuée par Pathé Marconi avec une pochette différente évoquant le futur « Let It Be » des Beatles. A noter qu’Ellen Mc Ilwaine est toujours active et passe son temps entre le Canada et les States.

*Ce Steve Cooke n’est qu’un homonyme du bassiste anglais de SOFT MACHINE.
**Le Woodstock Soundout Festival consistait dans une programmation de plusieurs groupes lors de mini festivals dans les environs de Woodstock. Cette manifestation proposait plusieurs affiches à l’année, son aventure commencée en 1967 se terminera en 1970. Le Festival de Woodstock est issu de ces manifestations.

Cette chronique provient de la réédition CD éditée en 2006 par le label allemand World In Sound.
(Dot Records DLP25942)

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   LE KINGBEE

 
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- Ellen Mcilwaine (chant, guitare, harmonica, orgue)
- Chris Zaloom (guitare)
- Paul Album (basse)
- Bill Mccord (batterie)


1. Crawling King Snake.
2. Underground River.
3. Bow'd Up.
4. For Suki.
5. In My Time Of Dying.
6. Letter.
7. Lazarus.
8. Mossy Dream.
9. Billy Gene.
10. Born Under A Bad Sign.



             



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