Recherche avancée       Liste groupes



      
JAZZ-ROCK  |  B.O FILM

Commentaires (1)
L' auteur
Acheter Cet Album
 



Lalo SCHIFRIN - Mission Impossible (1967)
Par AIGLE BLANC le 5 Juillet 2018          Consultée 188 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Avant de devenir la série de longs-métrages d'action à succès produite par Tom Cruise, initiée par Brian de Palma et réalisée entre autres par John Woo et J.J. Abrams, Mission Impossible était une série télévisée américaine créée par Bruce Geller et diffusée sur la chaîne CBS entre 1966 et 1973, soit 171 épisodes de 48 minutes chacun répartis sur 7 saisons. La France a succombé à son tour dès 1967 à l'efficacité addictive de cette série dont l'énorme succès lui a valu d'être diffusée cette fois dans son intégralité par la Cinq à partir de 1987.

Mission Impossible a acquis depuis le statut d'icône sérielle, figurant au panthéon de la mémoire télévisuelle mondiale. Comme dans toute grande série, l'argument central est d'une redoutable simplicité : une équipe d'agents secrets de la I.M.F. (Impossible Mission Force), qui regroupe les meilleurs espions de leur catégorie, est spécialisée dans les missions les plus délicates, jugées "impossibles" comme l'explicite le titre. Chaque agent apporte au groupe son expertise dans un domaine bien précis : qui dans l'art du maquillage, qui dans celui du déguisement ou dans l'utilisation d'appareils ultra-sophistiqués, voire même dans l'art de la grande magie. Leurs missions, confiées à leur chef James Phelps, leur sont invariablement exposées au moyen d'un microphone "qui s'autodétruira" à la fin de la bande. Leurs enjeux principalement politiques nécessitent la parfaite maîtrise des techniques de manipulation des masses (coups d'état, déstabilisation, infiltration, désinformation, complots) destinées à protéger les secrets d'état en pleine guerre froide entre les USA et la Russie. L'autodestruction du microphone (idée géniale s'il en est) rappelle au début de chaque épisode que les missions ne sont pas légales et que l'État niera toute responsabilité dans le cas où l'un de ses agents se ferait démasquer ou capturer. Chaque épisode refuse le recours à la violence afin de privilégier les ressources étonnantes des agents spéciaux qui savent mieux que personne manipuler leur cible pour qu'elle agisse dans leur sens au moyen des dernières découvertes en manipulation psychologique.

Plusieurs musiciens se sont succédé pour signer la musique de la série parmi lesquels Jerry Fielding, Robert Jackson Drasnin et Lalo Schifrin. Si les deux premiers compositeurs n'ont pas laissé vraiment de trace dans la mémoire du téléspectateur, en revanche l'argentin Lalo SCHIFRIN a gagné son passe pour l'éternité avec l'illustre Thème de Mission Impossible, adopté par le générique dès 1967, incontestablement l'un des plus iconiques des annales télévisuelles avec celui d'Amicalement Vôtre de John BARRY. Toujours pour la télévision, il a livré les deux autres génériques, non moins célèbres, de Mannix et Starsky and Hutch. Au septième art, il offre les partitions cultissimes de Bullitt et de Dirty Harry dont il couvre tous les volets.
Si sa carrière cinématographique se signale par son éclectisme musical, c'est dans le jazz que Lalo SCHIFRIN a livré ses meilleurs travaux, surtout au cours de sa période la plus inspirée, voire géniale, de 1967 à 1975.

Le générique d'ouverture "Mission impossible" présente la quintessence de l'art schifrien qui excelle dans la retranscription musicale des scènes d'action et de suspens grâce à un sens inné de la tension dramatique. La pièce est martelée par les accords épidermiques du clavier auxquels s'adjoignent des flûtes stressantes et des trompettes haletantes. Le pont bénéficie d'un solo au piano électrique de Mike Melvoin dont la nervosité flirte avec le rock de Jerry Lee Lewis. Voilà bien un standard musical au même titre que le thème générique de James Bond par John Barry.
D'autres titres à suspens font monter la pression au cours de l'album. "The sniper" provoque une accélération cardiaque avec les accords incisifs de ses violons dans la lignée de ceux de Bernard Hermann pour Hitchcock. Lalo SCHIFRIN au clavecin y entame un dialogue éminemment psychédélique avec le sitar de Bill Plummer à l'occasion là encore d'un pont grandiose, sur des percussions tribales obsédantes. "Wide Willy" se veut une autre excellente pièce à suspens au rythme épidermique qu'exacerbent ses cuivres endiablés. Quant à "Mission accomplished" placé logiquement en fin d'album, il s'agit d'un titre reprenant la formule du générique d'ouverture mais sur un ton moins haletant que triomphant dans la mesure où il accompagne la fin de mission de nos agents délivrés de leur stress. Le festival de cuivres enlevés auquel il nous convie lie puissance et exaltation.
Bien entendu, les scènes de suspens et d'action sont contrebalancées par d'autres moments infiniment plus doux, notamment lorsque la belle Cinnamon entre en jeu pour séduire la cible en jeu de la mission. C'est ainsi que les violons couplés au piano de Lalo SCHIFRIN délivrent des accents romantiques gorgés de charme dans "Operation charm" et que "Cinnamon" redouble de séduction grâce à son jazz smooth caressé de cuivres soyeux, de violons sirupeux, d'une flûte gracile et du sax alto de Budd Shank. Lalo SCHIFRIN y semble aussi à l'aise que dans les titres plus enlevés. Il est capable aussi de ralentir le rythme en troussant une rengaine irrésistible exécutée par une flûte tout en retenue dans le délicat "Danger".
L'art de Broadway n'a aucun secret pour lui non plus si l'on en croit le convaincant pastiche qu'il nous trousse en 2 minutes 48 avec "Rollin hand" au piano-bar très smoothy en introduction mais que désintègre l'explosion des cuivres guillerets sur un glissando des cordes très efficace.
En 1968, Lalo SCHIFRIN composera la musique du film Bullitt avec Steve McQueen, modèle absolu du cool à l'américaine. Il nous en offre déjà un aperçu dans le très easy litening "Barney does it all" où les cuivres ambiancés rivalisent de charisme. "Jim on the move" en propose une version mâtinée d'exotisme sur un fond incessant de marimbas que pulsent d'impressionnants trombones.
La palme du titre le plus original est détenue par "The plot" qui superpose trois couches instrumentales : des percussions militaires, un piano électrique d'humeur psyché et des cuivres tendus à souhait, chaque instrument évoluant dans un registre particulier sans qu'il y ait forcément de compatibilité de l'un à l'autre. Leur superposition crée une dynamique paradoxale d'une assonance étonnante.

Cette B.O compte parmi les incontournables que tout fin limier se doit de posséder dans sa collection personnelle, tout genre confondu.

N.B : Les titres "Jim on the move", "Rollin hand", "Cinnamon" et "Barney does it all" portent le nom d'un des agents secrets que chaque composition, à la manière d'un portrait musical, décrit dans son action spécifique au sein de la mission.

A lire aussi en JAZZ par AIGLE BLANC :


Lalo SCHIFRIN
Bullitt (1968)
Lalo schifrin ou le summum du cool




Ennio MORRICONE
Il Gatto A Nove Code (1971)
Cardiaques : s'abstenir.


Marquez et partagez





 
   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Lalo Schifrin : (piano solo -titre 3, clavecin -titre 4)
- Bud Shank (saxophone alto)
- Stu Williamson (trompette solo -titre 9)
- Mike Mervoin (piano solo -titre 2)
- Bill Plummer (sitare)
- Les Autres Musiciens Ne Sont Pas Crédité


1. Mission Impossible
2. Jim On The Move
3. Operation Charm
4. The Sniper
5. Rollin Hand
6. The Plot
7. Wide Willy
8. Cinnamon
9. Barney Does It All
10. Danger
11. Mission Accomplished



             



1999 - 2018 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod