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Lalo SCHIFRIN - Bullitt (1968)
Par AIGLE BLANC le 20 Mai 2016          Consultée 870 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Quand on évoque les compositeurs légendaires ayant offert au septième art ses pages musicales les plus remarquables, ce sont les noms les plus populaires qui viennent à l'esprit : Bernard HERMANN, Elmer BERNSTEIN, Ennio MORRICONE, John BARRY, Henry MANCINI, Jerry GOLDSMITH, James HORNER, John WILLIAMS, Hans ZIMMER, Maurice JARRE, George DELERUE, Michel LEGRAND, Francis LAI, Vladimir COSMA, Philippe SARDE, Eric SERRA, Nino ROTA...

Etrangement aujourd'hui, Lalo SCHIFRIN reste un peu sur la touche. Et pourtant, ce compositeur argentin né à Buenos Aires en 1932 a signé pour le cinéma et la télévision quelques-unes des pages musicales parmi les plus iconiques : qui n'a jamais chantonné en le martelant le thème ultra célèbre de la série Mission Impossible ? Les thèmes de Mannix et de Starsky et Hutch, deux autres séries légendaires de l'écran cathodique, sont entrés eux aussi dans l'inconscient populaire. Sans oublier la musique du feuilleton télé La Planète des Singes. Bien qu'il excelle dans les films d'action, assurant par exemple la musique d'Opération Dragon, le meilleur Bruce Lee, et celle des Inspecteur Harry, à la manière du grand Ennio MORRICONE, Lalo SCHIFRIN a su ne pas s'enfermer dans un genre, abordant aussi le Fantastique avec la classique maison hantée d'Amityville ou l'univers concentrationnaire et aseptisé de l'expérimental premier film d'Anticipation de George Lucas (THX 1138). C'est ainsi qu'il a touché au jazz (son genre de prédilection), à la bossa nova, à la pop sixties, au funk, à l'easy listening et à la musique contemporaine en s'aventurant même sur le territoire de l'avant-garde. Artiste complet, Lalo SCHIFRIN combine les talents d'un pianiste, d'un compositeur-arrangeur et d'un chef d'orchestre.

De formation classique, il étudie durant les années 40 le piano auprès d'Enrique Barenboim (père du célèbre pianiste Daniel Barenboim). A partir des années 50, il poursuit sa formation au conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris où il a pour professeurs Olivier MESSIAEN et Charles Koechlin. Sa carrière professionnelle commence chez Vogue comme arrangeur et pianiste de jazz. De retour en Argentine vers la fin des années 50, il intègre le quintette du grand trompettiste Dizzie GILLESPIE pour lequel il compose même quelques pièces musicales. C'est ainsi que de succès en succès, il se retrouve arrangeur pour Stan GETZ, Count BASIE, Sarah VAUGHAN. Excusez du peu. Le label Verve au sein duquel il officie appartenant à la Metro-Goldwyn-Mayer, c'est fort logiquement que le cinéma lui ouvre ses portes. Il devient ainsi le compositeur attittré de la MGM. Il combine dès lors ses travaux pour le septième art et ses compositions personnelles venant enrichir une carrière discographique solo, sans abandonner pour autant la musique classique qu'il continue d'honorer au poste de chef d'orchestre. Une carrière aussi riche et remplie contraste avec celle d'Ennio MORRICONE. En effet, le compositeur italien, malgré ses quatuors personnels, n'a jamais réussi à se faire un nom au-dehors de la sphère cinématographique. SCHIFRIN, lui, si.

Réalisé en 1968, Bullitt est aujourd'hui un classique du film policier transcendé par le charisme exceptionnel de Steve McQueen, à l'apogée de sa carrière, dans le rôle du lieutenant de police Bullitt, par un montage d'une efficacité exceptionnelle et, surtout, par sa célèbre poursuite en voiture dans les rues de San Francisco, la première de l'histoire du cinéma, maintes et maintes fois copiée et jamais égalée.

La musique de Lalo SCHIFRIN offre un écrin idéal à la stature de Steve McQueen, l'incarnation définitive du "cool", en livrant un jazz-easy listening à l'identité très marquée. La BO joue donc constamment sur deux aspects : celui très cool du lieutenant Bullitt qui ne perd jamais son sang froid quelle que soit la situation vécue et celui du suspens propre à un récit policier ultra iconique. Parmi les titres déployant cette ambiance si caractéristique des sixties, à mi-chemin de la Bossa Nova et du jazz-rock "cool", le thème principal "Bullitt" se pose en modèle absolu. Une basse syncopée accompagnée d'une guitare électrique easy listening amorce un rythme que viennent zébrer des trombones menaçants appuyés par des flux de trompettes au fort pouvoir dramatique. L'ambiance à la fois cool sur fond de tension latente signe la double tonalité du film policier dans lequel une histoire sordide d'assassinat d'un témoin important est contrebalancée par l'attitude ultra cool du lieutenant de police Bullitt incarné par Steve McQueen qui n'a pas son pareil pour concilier un jeu minéral et une opiniatreté sans limite. On retrouve régulièrement cette ambiance si élégante dans le titre "Hotel Daniels" où trompettes et trombones se voient soutenues par l'orgue électrique. On pourrait presque se croire dans un épisode de James Bond tant le style de Lalo SCHIFRIN et celui du grand John BARRY entretiennent une parenté évidente.

Par ailleurs, soit c'est l'ambiance cool qui domine comme dans "On the way to San Mateo" avec sa flûte sixties et sa basse épidermique limite funk. Soit c'est le suspens qui prend le pas comme dans le superbe "Ice pink Mike" où le piano avec ses accords graves et les trombones dessinent une atmosphère anxiogène avant l'explosion haletante des cuivres. Dans cette série axée sur la tension dramatique, "Shifting Gears" présente une sorte d'aboutissement de l'art de Lalo SCHIFRIN. Pour accompagner la célèbre poursuite en voiture, le compositeur argentin se surpasse en livrant à mon sens un chef d'oeuvre du genre : Il lui suffit de mixer une batterie sournoise, un orchestre menaçant et des trombones trépidants pour livrer un modèle de musique narrative dont rêveraient bien des films d'action aujourd'hui. Bien entendu, d'autres titres développent la dimension cool du film, comme ceux illustrant la relation amoureuse entre Steve McQueen et Jacqueline Bisset tels "The aftermath of love" et "A song for Cathy", très proches de la Bossa Nova, ou ceux intervenant lors des moments d'accalmie comme "Room 26" et son pendant "Cantata for Combo" où les cuivres, la flûte et les percussions légères soutenus par l'orgue électrique évoquent les ambiances cocktail dans le style aujourd'hui désigné par le terme easy listening.

La musique de Lalo SCHIFRIN n'a pas son pareil pour traduire l'esprit d'une époque (la fin des sixties) et exacerber le suspens des séquences les plus tendues. Bullitt est une référence de la BO contemporaine.

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   AIGLE BLANC

 
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- Lalo Schifrin (arrangements, chef d'orchestre)
- John Audino (trompette, clairon)
- Bud Brisbois (trompette, clairon)
- Tony Terran (trompette, clairon)
- Milt Bernhart (trombone)
- Dick Noel (trombone)
- Lloyd Ulyate (trombone)
- Lew Mccreary (trombone)
- Mike Melvoin (piano, orgue électrique)
- Howard Roberts (guitare électrique)
- Bob Bain (guitare électrique)
- Ray Browne (basse)
- Carol Kaye (basse électrique)
- Max Bennett (basse électrique)
- Larry Bunker (batterie)


1. Bullitt (main Title)
2. Room '26'
3. Hotel Daniels
4. The Aftermath Of Love
5. Music To Interrogate By
6. On The Way To San Mateo
7. Ice Pick Mike
8. A Song For Cathy
9. Shifting Gears
10. Cantata For Combo
11. The First Snowfall
12. Bullitt (end Title)



             



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