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1977 Luther's Blues

Luther "GUITAR JR." JOHNSON - Luther's Blues (1977)
Par LE KINGBEE le 26 Juin 2018          Consultée 1168 fois

C’est incroyable le paquet de Johnson qu’on retrouve dans le Blues. Les Etats-Unis auront même deux Présidents porteurs de ce patronyme, les 17ème et 36ème : Andrew et Lyndon. Ceux-ci ne nous laissent qu’un vague souvenir, il faut admettre qu’il n’était pas aisé de figurer entre Lincoln et Ulysse Grant pour le premier, le second n’ayant guère plus de chance encadré par Kennedy et Nixon.

Pour corser la chose, parmi cette flopée de Johnson⃰, nous retrouvons pas moins de trois Luther. Le premier et le moins connu hérita du sobriquet de « Houserocker » ; ce guitariste texan semble avoir disparu des écrans radars au début des nineties. Le second fut affublé de deux surnoms : « Snake Boy » ou « Georgia Boy ». Originaire de Georgie, Luther « Snake Boy » Johnson a fait partie de l’orchestre de Muddy Waters entre 1967 et 70 et enregistra trois albums pour le label français Black & Blue. De toute façon, « Snake Boy » ne nous compliquera plus la tâche, il est décédé en 1976.

Probablement pour pimenter la thématique Johnson, il existe un 3ème Luther, le nôtre, enfin celui de ce disque, appelé « Guitar Jr », probablement parce qu’il était plus jeune que « Snake Boy ». Bien sûr, ce « Guitar Jr. » jouera lui aussi au sein du band de Muddy WATERS, un peu plus tard en remplacement de son homonyme, mais c’est là que s’arrête enfin le parallèle entre ces deux Luther Johnson.

« Guitar Jr. » voit le jour en 1939 à Itta Bena, une bourgade du Mississippi, patrie de Smoke Babe, autre bluesman. A l’instar de ses nombreux collègues, Luther Johnson débute par le Gospel avant de rejoindre la cohorte des guitaristes issue du Delta. Influencé à ses débuts par Robert Nighthawk, il va raffermir son jeu de guitare en prenant des leçons avec Floyd Murphy, le frangin de Matt « Guitar » Murphy. A 16 ans il suit sa famille à Chicago, fait ses gammes comme chanteur pour le Ray Scott Band, enchaîne chez Tall Milton. Au début des sixties, Tall Milton troquant son costard de bluesman contre une tunique de révérend, Guitar Junior endosse un rôle de leader pendant près de trois ans au sein de l’ancien groupe du futur pasteur. Magic Sam lui met le pied à l’étrier l’intégrant dans le circuit du West Side où Luther va affiner et durcir son jeu de guitare.
Luther « Guitar Jr. » Johnson va ensuite œuvrer aux côtés de Bobby King, Willie Kent, Sunnyland Slim, Jimmy DAWKINS et enfin de Muddy WATERS. Le guitariste collaborera ensuite avec The Roomful Of Blues avant de monter son propre groupe The MAGIC ROCKERS et d’enregistrer son premier single en 1972.
Luther Johnson doit avoir une bonne étoile qui veille sur lui en France, il enregistre en 1975 son premier bébé « Ma Bea’s Rock » en collaboration avec Jimmy … … Johnson sur le label français MCM Blue Records et enchaîne deux ans plus tard avec « Luther’s Blues » édité sur un autre label autochtone Black & Blue.

Enregistré en Suisse en novembre 1976, cet album provient de deux sessions organisées par Black & Blue à l’occasion d’une tournée en Europe de Muddy Waters. La première séance est consacrée au pianiste Pinetop PERKINS, la seconde à notre Luther qui prouve ainsi qu’il peut lui aussi être un excellent leader.
Johnson peut s’appuyer sur une équipe particulièrement rôdée, la plupart des musiciens tournent avec Muddy Waters depuis pas mal de temps. On y retrouve l’harmoniciste Jerry Portnoy, un ancien compagnon de route de Johnny Young qu’on retrouvera plus tard sur quelques disques de CLAPTON, Pinetop Perkins qui remplaca Otis Spann dans l’orchestre de Waters, l’une des meilleures sections rythmiques de Chicago avec Calvin « Fuzz » Jones et Willie « Big Eyes » Smith et enfin le guitariste Bob Margolin, bien meilleur accompagnateur que leader. Si on regarde la composition du sextet, on a deux blancs pour quatre noirs, les comptes sont bons.

L’album s’ouvre sur « Chicken Shack », un instrumental de Muddy Waters, histoire de poser les premières pierres et de présenter les musiciens. Mais déjà Luther Johnson nous délivre quelques envolées dont il a le secret. Peu d’esbroufe, le guitariste va à l’essentiel. « Come Baby », l’une des deux compositions, est un pur morceau de West Side avec un jeu de guitare légèrement plus acéré. La troupe reprend « Too Many Drivers » curieusement accréditée au pianiste Willie Love mais œuvre de Big Bill Bronzy, Love ne s’étant contenté de reprendre le morceau sous le nom de « Little Car Blues ». Toujours est-il que ça déroule sec, sans jamais en rajouter, on se croirait presque dans un club du West Side.

« Luther’s Blues », second original donnant son nom au disque est une pépite de slow blues, tout semble millimétré, l’harmonica offre un nappage délicat, les touches de piano apportent de la subtilité tandis que la basse bien ronde distille une ambiance bien groovy. La guitare se fait aérienne, sans la moindre fausse note. Autre blues lent avec « I Can’t Stop », un inusité de Willie Dixon gravé précédemment par Otis Rush, un pur moment de bonheur avec un groupe qui joue le jeu à fond. Autre inusité où tout semble couler comme de l’eau de roche avec « Nobody Wants To Loose » enregistré en début d’année par Albert KING. « Mother In Law » accrédité par erreur à Junior Parker mais œuvre de Don Robey ronronne comme un chaton. Au milieu du disque, Johnson rend hommage à sa ville d’adoption avec « Sweet Home Chicago », le classique de Robert Johnson dérivé de plusieurs titres (« Kokomo Blues », « Baby Don’t Want To Go », « Baltimore Blues »). Dans ce morceau devenu au fil du temps l’exemple type de l’archi rabâchage, Guitar Junior nous distille une interprétation évitant l’ambiance pathos qu’on retrouve généralement.

« Luther’s Blues » porté par une rythmique d’enfer, un piano aérien, un harmonica semi amplifié ou électrique figure parmi les très bons disques de Chicago Blues du milieu des années 70. Johnson brillant à la Stratocaster nous délivre de bons solos, les notes touchent la cible à chaque fois, le guitariste prend soin d’éviter toute cascade superficielle et démonstrative qui finit généralement par se perdre en vain. La voix vibrante, un brin voilée, se pose merveilleusement sur un Blues plein de conviction. Ajoutons-y le savoir faire du label Black & Blue en matière de production et vous avez entre les mains un disque qui n’a pas pris la moindre ride.

Cette chronique est issue de l’écoute du vinyle. Le disque a été réédité à plusieurs reprises, Black & Blues en propose une version CD agrémentée de 5 titres bonus. Pour les cinéphiles, Luther Johnson apparaît brièvement dans le film « The Blues Brothers » de John Landis, on le voit furtivement à côté de John Lee HOOKER reprenant « Boom Boom ».

⃰ Afin de ne pas apeurer les lecteurs, ceux pouvant prendre la poudre d’escampette devant cette kyrielle de Johnson, je n’ai pas jugé bon d’évoquer plus haut un autre Guitar Junior connu aussi sous le sobriquet « The Crawl » alias le regretté Lonnie Brooks.

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   LE KINGBEE

 
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- Luther 'guitar Jr.' Johnson (chant, guitare)
- Bob Margolin (guitare)
- Calvin Jones (basse)
- Willie 'big Eyes' Smith (batterie)
- Pinetop Perkins (piano)
- Jetty Portnoy (harmonica)


1. Chicken Shack.
2. Come Baby.
3. Too Many Driver.
4. Sweet Home Chicago.
5. Luther's Blues.
6. I Can't Stop.
7. Nobody Wants To Loose.
8. Mother In Law.



             



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