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JOAKIM TINDERHOLT & HIS BAND - You Gotta Do More (2014)
Par LE KINGBEE le 11 Octobre 2018          Consultée 110 fois

Si on aborde la musique en Norvège, il y a de fortes chances pour que la discussion tourne autour d’A-Ha, gros groupe Pop des années 80, Edvard GRIEG créateur de « Peer Gynt » et enfin d’une multitude de groupe de Métal et de ses dérivés. Les exemples ne manquent pas : Arcturus, Darkthrone, Satyricon, Theatre Of Tragedy sans oublier Burzum, projet solo de Varg Vikernes, un illuminé suprématiste, passionné par la mythologie nordique et Tolkien, condamné pour avoir brûlé plusieurs églises et abattu un guitariste du groupe Mayhem. De quoi jeter un froid !
J’exagère à peine le trait. Certes, The Low Frequency In Stereo, formation Post Rock lorgnant par moment vers Joy Division, s’est produite dans le monde entier. En fait, hormis Monica Heldal, une guitariste flirtant entre Folk et Blues que l’on rangera dans le tiroir Americana, la Norvège n’avait pas grand-chose de captivant à nous offrir jusqu’à ce que Joakim TINDERHOLT ne jaillisse de sa boîte.

Si les festivals de Blues se sont multipliés depuis des années, on ne peut pas dire que les bluesmen norvégiens envahissent les scènes européennes. En fait, il n’y avait jusqu’alors que Bjorn Berge dont on entendait parfois parler. Avec Joakim TINDERHOLT, la Norvège peut se targuer de posséder un nouveau et talentueux guitariste.

Originaire du comté de Telemark, à 150 bornes au sud d’Oslo, Joakim a débuté par la batterie, instrument qu’il maîtrise à la perfection. Mais il était dit que les gènes du garçon allaient l'orienter vers un autre instrument, la guitare. Effectivement, le Norvégien n’est autre que le cousin de Kid Andersen, producteur, ingénieur du son, compositeur, multi instrumentiste et certainement l’un des guitaristes installés aux States parmi les plus intéressants. Quelle que soit sa casquette, Kid s’est déjà fait remarquer auprès d’AWEK, Jackie Payne, Rick ESTRIN, Nick Moss, de l’harmoniciste Aki Kumar, Alabama Mike ou la chanteuse Soul Terrie Odabi. Bref, une pointure avec laquelle il fait bon de collaborer à l’heure actuelle.

Les liens avec le cousin s’arrêtent là. Joakim aurait probablement pu enregistrer son premier bébé aux States chez le cousin mais le guitariste et sa bande ont choisi une option plus simple : enregistrer à Oslo au Red Light Studio, un studio vintage. Afin de se faciliter la tâche et de pouvoir distiller un son fifties, le guitariste Häkon Hoye et le contrebassiste William « Bill » Troiani (un Américain exilé au pays des fjords) sont aussi derrière les consoles. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Alors, soyons francs : Joakim et sa bande ne passeront jamais à « Alcaline ». De toute façon, l’émission musicale de France 2 n’est plus diffusée depuis juin 2018 et il fallait payer une blinde pour y passer. On ne les verra pas davantage chez Drucker. C’est comme ça depuis des lustres et le changement n’est pas pour demain, à l’heure où le fric est roi.

Revenons au disque. Dès la première écoute, on se dit que Joakim et ses potes n’ont rien de scandinaves. « Stumblin’ & Fumblin’ », une petit stomp des familles, lance l’album sur de bons rails, le groupe nous expédiant dans un club ricain en pleine période fifties. Si le rythme baisse d’un ton, le chant monte d’un cran sur « I Need a Woman (Cause I’m a Man) » apportant une plus grande intensité dramatique. Autre petite compo « Another Rainy Day » qu’on croirait sorti tout droit d’un single d’Ike Turner, tandis que l’instrumental « Gold Top » évoque une animation proche de Guitar Gable et de certains disques Excello. Dernière création du groupe, « You Gotta Do More » donne son nom au disque et nous renvoie à un R&B de coloration West Coast.

Si les compositions ne s’éternisent pas, copiant en quelque sorte les formats radio du milieu fifties, elles s’emboîtent remarquablement avec les reprises triées sur le volet. Signalons que contrairement à ce qu’indique la pochette, « I Don’t Care Who Knows » est bien tiré de l’imagination de Willie DIXON. Si le titre a connu un petit succès par l’entremise d’Harold Burrage en 1957, il sera remis au gout du jour par la chanteuse de Chicago Koko TAYLOR.
Le titre « Double Trouble » a inspiré plus d’un compositeur. Big Bill Bronzy et Muddy Waters enregistrèrent une chanson d’Harriett Melka, alors que les anglais et frangins The Brook Brothers en firent une guimauve rock début sixties. Bien plus tard, LYNYRD SKYNYRD grave un énième homonyme qui sert ensuite de nom à la section rythmique de Stevie Ray VAUGHAN (le batteur Chris Layton et le bassiste Tommy Shannon). La présente reprise provient du titre d’Otis Rush, repris en plusieurs occasions par John MAYALL, CLAPTON et Ronnie Earl. Si les puristes restent attachés à la version originale qui comptait dans ses rangs outre Rush Ike Turner, Willie DIXON et le batteur Odie Payne, Tinderholt ne s’en tire pas trop mal. Il a la sagesse de ne pas tripler en durée la chanson, lui évitant de se perdre en route. Autre bonne pioche avec « Those Lonely, Lonely Nights », une ballade New Orleans d’Earl King qui fera la joie de Johnny « Guitar » Watson, Dr JOHN et du duo Vernon & Jewell⃰ et qui fait ici office d’adoucisseur. Le guitariste ne s’arrête pas en si bon chemin et nous assène deux petites tueries : « It’s your Voodoo Working », un voodoo ensorceleur de Charles Sheffield. Si la gente féminine a récemment essayé de mettre le titre au fond de sa besace via les essais de Janiva Magness, Imelda May, Samantha Fish ou Eilen Jewell, toutes plus excellentes les unes que les autres, le saxophone obsédant et la sonorité vintage des guitares placent la version norvégienne dans le haut du panier. L’album s’achève sur un dernier carnage avec « I Got Loaded »⃰⃰ ⃰, l’un des rares succès de Camille Bob, leader de Little Bob & The Lollipops, une rare pépite nous plongeant au cœur de la Crescent City. Si le morceau a connu de belles reprises (Los Lobos, Robert Cray Band, Tab Benoit), Tinderholt et sa bande nous adressent une dernière claque avec cette entraînante chanson à boire : « Last night I got loaded - On a bottle of gin, on a bottle of gin- But I feel alright, I feel alright … » Tout un programme !

Si le titre de l’album incite à l’exigence ou du moins à produire un gros effort, ce petit combo norvégien réussit son pari avec un répertoire vintage aussi entraînant que cohérent. On pourrait presque lui reprocher de ne pas rallonger certains titres d’une petite minute, respectant ainsi les schémas radio de l’époque. Un beau voyage entre West Coast, New Orleans et les bayous louisianais. Publié une première fois sous la bannière du label norvégien Big H Records, le disque est édité l’année suivante par le label allemand Rhythm Bomb, lui valant ainsi une meilleure distribution.

⃰Sous le duo Vernon & Jewell se cachent le chanteur Vernon Garrett et son épouse Jewell Whitlaker.
⃰ ⃰ « I Got Loaded », qu’on pourrait traduire par J’ai chargé la mule, a connu un titre homonyme composé par Peppermint Harris pour la firme Aladdin. Une autre invitation à boire.

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   LE KINGBEE

 
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- Joakim Tinderholt (chant, guitare)
- Hakon Hoye (gutare, choeurs)
- William 'bill' Troiani (contrebasse, choeurs)
- Robert Alexander Pettersen (batterie, percussions)
- Kjell Magne Lauritzen (piano)
- Kasper Skullerud Varnes (saxophone 1-6-7-8-10)
- Arne Rasmussen (harmonica 3)


1. Stumblin' & Fumblin'
2. I Need A Woman ('cause I'm A Man)
3. You Don't Love Me
4. Another Rainy Day
5. Gold Top
6. You Gotta Do More
7. It's Your Voodoo Working
8. I Don't Care Who Knows
9. Those Lonely, Lonely Nights
10. Double Trouble
11. I Got Loaded



             



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