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Duke ELLINGTON - Money Jungle (1962)
Par TEEMO le 28 Juin 2018          Consultée 805 fois

Au début des années 60, Duke Ellington est déjà une institution et un symbole de la culture afro-américaine. Le Duke a écrit parmi les plus grands moments de l'histoire de la musique avec son orchestre et joua un rôle prépondérant dans l'appréhension du climat d'entre-deux-guerres. Mais l'heure est maintenant à la confidence, car, en effet, depuis les années 50, le fameux compositeur décide de se rapprocher du piano, son compagnon de toujours. Ses formations se veulent donc plus épurées et même parfois ramenées à leur plus simple expression : le piano solo. Mais ici bien évidemment, c'est le trio qui est à l'honneur.

« Money Jungle » est un véritable choc des titans : trois pierres angulaires du jazz, trois personnalités bien marquées qui s'affrontent dans un duel d’ego des plus électriques. Thelonious MONK et ses airs bougons, Miles DAVIS et sa manie de tourner le dos au public, Keith JARRETT célèbre pour ses caprices sur scène, Charlie PARKER et ses crises colériques. De tous temps, les formations de jazz ont vu se confronter des hommes au caractère exubérant, imprévisible, capricieux, traits que la drogue et l'alcool n'auront fait qu'exacerber. En 1962, le trio réunissant Duke ELLINGTON, Charles MINGUS et Max ROACH grave un album dont la création se fit dans un tel fracas que l'on aurait cru que jamais il ne puisse voir le jour. Pourtant, « Money Jungle » devient peu à peu un album culte tant par ses qualités intrinsèques que par sa mise en œuvre réputée pour être des plus volcaniques.

L'écart générationnel de Duke ELLINGTON avec ses deux compagnons est un élément important dans le rapport entre les musiciens ; il instaure en effet une relation de mentor à élèves. La pochette illustre à merveille ces propos en présentant ROACH en disciple assidu et MINGUS comme un élément plus distant, voire méfiant. D’ailleurs, MINGUS est justement réputé pour avoir un caractère bourru et cacochyme, et cela n’a pas manqué de compliquer les sessions d'enregistrement. Or, le processus créatif de « Money Jungle » semble justement se nourrir de ces conflits, en puiser toute la sève pour le retranscrire musicalement. L’album se fait le théâtre de joutes animées qui transcendent les codes du jazz classique, dont le swing est l’épine dorsale, pour s’enivrer d’une magnificence qui lui est propre.

C'est ainsi que naissent des pièces uniques, comme le morceau éponyme qui se dessine en une forme chaotique où chacun semble bien déterminé à jouer comme bon lui semble ! Tandis qu’ELLINGTON tient la barre de son piano comme d’un navire en pleine mer, MINGUS semble le narguer avec la roideur caractéristique de son jeu qui chavire entre walkin’ bass turbulentes et fulgurances mélodiques. Max ROACH s’impose en spectateur de ce véritable bras de fer et sa polyvalence le rend paré à toutes épreuves. Même à l’occasion de pièces plus traditionnelles comme « Wig Wise », MINGUS balance un swing dru et orageux, fait claquer ses cordes telles des fouets, comme s’il provoquait en duel le pianiste au premier plan. Il est certain qu’une beauté singulière émane de ces échanges.

L’un des moments les plus prenants et hors du temps est l’interprétation de « Fleurette Africaine ». Soutenu par les gémissements d’une contrebasse moribonde, le piano vacille et s’évapore en une fumée funeste comme un murmure éthéré. Cette composition merveilleuse évoque le cinéma de David Cronenberg, et notamment le film « Spider ». Le compositeur Howard SHORE, collaborateur emblématique du réalisateur canadien, y instaure cette même atmosphère teintée d’ambigüité. On pourrait citer la reprise de « Caravan » comme autre moment de bravoure viscérale. Le canevas originel de ce célèbre standard du jazz se voit lui aussi vêtu de cette ardeur presque nerveuse qui définit la musique du trio. Cette version est assurément l’une des plus marquantes jamais réalisées.

Alors qu’à cette époque le hard bop bat son plein, « Money Jungle » arrive en trombe et chamboule le monde du jazz. L’écoute de cet album est une expérience vertigineuse qui a marqué plusieurs générations de mélomanes par sa profondeur, par sa richesse et par l’intensité de son interprétation. Le démiurge ELLINGTON tient toujours cette majestueuse allure de chef d’orchestre et avec ses deux compagnons d’infortune, pour ainsi dire, ils façonnent une œuvre dont le statut de pinacle musical est incontestable.

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   TEEMO

 
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- Duke Ellington (piano)
- Charles Mingus (contrebasse)
- Max Roach (batterie)


1. Money Jungle
2. Fleurette Africaine (african Flower)
3. Very Special
4. Warm Valley
5. Wig Wise
6. Caravan
7. Solitude



             



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