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GUITAR SLIM - The Things I Used To Do. (1970)
Par LE KINGBEE le 30 Août 2018          Consultée 163 fois

Cet album tient lieu de disque posthume. En effet, lorsqu'il paraît en 1970 dans les bacs des disquaires, cela fait près de onze ans qu’Eddie Jones bouffe les pissenlits par la racine. Mais pour Specialty, cette sortie est une aubaine qui risque dans le meilleur des cas, non pas de lui rapporter gros mais de lui apporter à moindre frais un petit pécule comme qui dirait « tombé du ciel ».

Originaire du Mississipi⃰ où il voit le jour en 1926, Eddie Jones fait son apprentissage musical dans une chorale religieuse, à l’instar de nombreux Afro-Américains. Il perd sa mère à cinq ans et est accueilli par une grand-mère. Il stoppe l’école très tôt pour travailler dans les champs de coton. Adolescent, il fréquente quelques clubs et intègre plusieurs petits groupes locaux comme chanteur-danseur. Le garçon se met ensuite à la guitare électrique sous la houlette de Willie Warren et prend même quelques leçons avec Robert Nighthawk. Installé à la Nouvelle Orléans à l’orée des fifties, il se met rapidement à écumer les clubs locaux. Il faut dire que notre guitariste ne lésine pas sur le spectacle : faut le voir avec ses cheveux teintés de bleu, son costard bleu, ses pompes bleues, juché sur les épaules d’un malabar faisant office de valet, sans oublier les 150 mètres de câbles reliant sa guitare à son ampli qui lui permettent de faire le guignol entre les tables et de s’aventurer dehors dans la rue pour balancer quelques notes de guitare destinées à ameuter le chaland. Dès septembre 1950, Eddie devient la vedette du Dew Drop, célèbre club de la Crescent City, sous le nom de GUITAR SLIM.

Alors, afin que certains lecteurs ne se perdent pas en route, signalons que le sobriquet de « Guitar Slim » a été utilisé à plusieurs reprises : Alec Seward originaire de Virginie, mais aussi Guitar Slim Green, un ancien protégé de Johnny Otis, James Stephen un guitariste de Caroline du Nord ou bien encore Guitar Slim Jr., le rejeton sous-enregistré de notre Guitar Slim. Mais généralement quand on évoque GUITAR SLIM, l’auteur de quelques tubes dont le fameux « The Things I Used To Do », il s’agit bien de feu Eddie Jones.

GUITAR SLIM enregistre dès 1951 quatre titres pour la firme Imperial, mais le label ne publie qu’un seul single qui ne se vend pas. Notre show man enchaîne chez Bullet mais cette fois c'est à cause d'un problème de distribution que le disque ne se vend pas. Influencé comme beaucoup d’autres par Clarence « Gatemouth » Brown et T. Bone Walker, GUITAR SLIM attire l’attention de la firme Atlantic, mais signe chez Specialty, label d’Art Rupe ayant le vent en poupe, qui vient d’accumuler une liste de beaux cartons: Fats Domino, Roy Milton, Lloyd Price. La présence de Johnny Vincent au sein de Specialty a convaincu le guitariste.
Au mois d’octobre 1953, GUITAR SLIM enregistre son premier single pour Specialty avec « The Things I Used To Do » couplé à « Well I Done Got Over It ». Pour un coup d’essai, c’est un coup de canon, la face A reste classée pendant 42 semaines dans les charts. Un beau coup produit et arrangé par Ray CHARLES.
La suite s'avère moins rose pour le guitariste. Il enregistre une poignée de singles pour le label californien sans connaître de succès comparable à son premier disque, puis rejoint la firme Atco, filiale d’Atlantic. Sa carrière est de courte durée : GUITAR SLIM souffrant d’une forte addiction à l’alcool, le guitariste devient en quelques années un vrai poivrot qui décède d'une pneumonie lors de sa tournée new-yorkaise en février 1959 à 32 ans.

On peut se demander quelles raisons ont poussé le label Specialty à publier un de ses artistes onze ans après sa mort. Le récalcitrant y verra certainement une manière de se faire un peu de maille sans avoir à beaucoup tricoter. L’amateur de Blues y verra lui l’occasion de découvrir pour la première fois le disque complet d’un guitariste ayant influencé bon nombre de ses collègues.
Fort de douze titres, le disque s’ouvre comme le laisse supposer son titre sur « The Things I Used To Do », son plus grand succès demeuré à la 1ère place des charts R&B pendant six semaines. Selon certains témoignages, l'enregistrement aurait nécessité un nombre incalculable de prises pour graver une piste correcte, le guitariste ne cessant de s’arrêter pour n’importe quelle raison. A partir des sixties, le titre devient un standard. Si on ne compte plus les excellentes reprises du morceau (de Junior Parker à Buddy Guy, en passant par Mighty Joe Young ou Jimmy Dawkins, sans oublier les versions d’Hendrix et Stevie Ray Vaughan) on reste attaché à la version originale tant au niveau du jeu de guitare que du chant. Second gros titre du guitariste, « Well I Done Got Over It », face B du titre précédent sur le single, connaît près d’une vingtaine de reprises apparues curieusement plus tardivement durant les années 80. Sous un rythme nonchalant propre à la Nouvelle Orléans, presque sous forme de shuffle, GUITAR SLIM a fait danser un paquet d’amateurs avec ce titre. A noter que Bobby Mitchell avec Dr. John au piano en livrait une version plus dansante dès 1960. Un intemporel repris avec succès en 2015 par l’excellente chanteuse portugaise Marta Ren. « Something To Remember You By » surfe sur la mélodie de ses deux succès.

Le guitariste sait varier les tempos et jouer avec les couleurs, « Sufferin’ Mind » avec son gros passage de sax est une ballade langoureuse typique de la Nouvelle Orléans. La guitare se fait incisive sur « Guitar Slim », titre dans lequel le musicien se met en scène. « Reap What You Sow » sonne beaucoup plus fruste, la guitare s’avérant annonciatrice d’un Rock' n' Roll sur le point de déferler. S’il se montre taquin sur « Letter To My Girlfriend » qui tient aussi bien du Blues que du R&B, il se montre à son avantage avec « Our Only Child », morceau oscillant entre Cookie & The Cupcakes et certaines productions Excello. Terminons ce panorama par l’excellent « The Story Of My Life », une pièce intense et autobiographique sur fond de slow blues dans laquelle le chanteur pointe diverses contradictions avec le peu de ce qu’on sait de sa vie.

Cet album tardif permettait à une époque aujourd’hui révolue de découvrir une nouvelle facette de cet énergumène. De nombreux guitaristes (Earl King, Buddy Guy, Albert Collins, Hendrix et Chick Willis) le citent comme l’une de leurs principales influences. Si ce disque se négocie entre 30 et 40 €, signalons que GUITAR SLIM a fait l’objet d’une dizaine de compilations comprenant parfois une bonne vingtaine de titres. On conseille les publications Ace, Hoodoo Records ou celle plus récente éditée par le label anglais Jasmine contenant 30 pistes.

⃰ Si de nombreuses encyclopédies indiquent Greenwood comme lieu de naissance, certains témoignages et les paroles de « The Story Of My Life » mettent cette affirmation en doute. Aujourd’hui, son fils Guitar Slim Jr. a repris le flambeau, enregistrant trois albums de qualité. Le rejeton a servi d’accompagnateur à Stevie Ray Vaughan à la fin des eighties.

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   LE KINGBEE

 
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- Guitar Slim (chant, guitare)
- Lloyd Lambert (basse)
- Oscar Moore (batterie)
- Ray Charles (piano 1-3-11)
- Lawrence E. Cotton (piano 4-6-8-9-10-12)
- John Gerard (piano 2)
- Joe Tillman (saxophone)
- Gus Fontenette (saxophone)
- Charles Burbank (saxophone 1-3-11)
- Oeth Mallard (saxophone 1-3-11)
- Clarence Ford (saxophone 4)


1. The Things That I Used To Do.
2. Bad Luck Blues.
3. Well, I Done Got Over It.
4. Something To Remember You By.
5. Trouble Don't Last.
6. Guitar Slim.
7. The Story Of My Life.
8. I Got Sumpin' For You.
9. Reap What You Sow.
10. Our Only Child.
11. A Letter To My Girl Friend.
12. Sufferin' Mind.



             



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