Recherche avancée       Liste groupes



      
BLUES  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 


AWEK - Long Distance (2016)
Par LE KINGBEE le 23 Décembre 2016          Consultée 1481 fois

Originaire des environs de Toulouse, la formation AWEK écume les routes et les festivals depuis plus de vingt ans. Longtemps trio, AWEK s’est agrandi il y a quelques années avec l’arrivée de l’harmoniciste Stéphane Bertolino, un véritable virtuose du ruine-babine. Le quatuor (une fois finaliste à l’IBC de Memphis) compte environ 1600 concerts à son actif et semble avoir été programmé partout, du moins dans tous les plus grands festivals de Blues hexagonaux.
Voici un curriculum qui en impose. Les Toulousains méritent véritablement les louanges que leur dresse la presse spécialisée. Disons-le tout net : depuis plus de vingt ans, une longévité rare dans ce domaine, Awek est la locomotive du French Blues. Rien à voir avec certains groupes montés en épingle par leurs boîtes de production, les attachés de presse, les média et les tourneurs, tombant dans l’oubli aussi vite qu’ils sont apparus.
AWEK dispose aussi d’une autre particularité : sa line-up qui ne change pas. On peut donc déjà déceler dans cette formation une cohésion, une complicité et, pour tout dire, une amitié entre les membres qui n’existent pas ailleurs. Bref, du lourd que retranscrit leur répertoire.

« Long Distance », dixième album du groupe, nous propose une combinaison d’inspirations et d’influences diverses qui finissent par ne faire qu’une ! Comme si une improbable fusion de cobalt, de nickel, de fer et de zinc débouchait sur le plus beau joyau du royaume. Ce nouvel opus provient de plusieurs sessions : huit titres ont été enregistrés à l’Elixir Studio de Toulouse en février 2016, quatre autres ont été mis en boîte dans la douceur angevine du Black Box Studio sous la houlette de David Odlum et enfin deux morceaux proviennent d’une session à Houston remontant à 2009 et bénéficiant des participations du guitariste Derek O’Brien (ex Phillip Walker, Long John Hunter, Omar & The Howlers, Snooky Pryor et j’en passe) et du pianiste Fred Kaplan, un autre monstre déjà entendu auprès de Junior Watson, Lynwood Slim, James Harman ou de Mitch Kashmar, l’harmoniciste qui monte.

Alors, ces lignes relevant du parcours du combo toulousain pourraient laisser suggérer une faiblesse notable, celle du train-train ou de la routine auxquelles n’échappent pas de nombreux groupes vieillissants, mais AWEK semble se renouveler sans-cesse dans un registre et avec une sonorité qui porte indiscutablement la pâte du groupe. Comme souvent, le groupe s’amuse à nous perdre sur des chemins de traverses, n’hésitant pas à passer de Chicago à la Côte Ouest pour débouler jusqu’aux bayous louisianais avant de repartir au grand galop vers le Texas.
« Long Distance » propose donc 14 titres (7 originaux écrits avec soin et feeling et 7 reprises). Commençons par étudier les covers.

« Long Distance Call », standard Chess de Muddy Waters, nous expédie dans les ghettos de Chicago. Les touches de piano de Damien Daigneau, dans un style à la Memphis Slim, contribuent à mettre l’harmonica au diapason. « Think », titre Imperial de Jimmy McCracklin, nous plonge au cœur d’un patchwork mêlant Texas et California Blues. Le groupe s’attaque à l’exercice difficile et sinueux de la reprise du standard archi rabâché avec « Hound Dog » popularisé par Big Mama Thornton et Presley et parvient encore à surprendre avec un tempo lancinant devenant très vite obsédant. La rythmique bien en place permet de lancer le groove de la guitare magnifiée par les volutes de piano. Un régal, surtout quand on se remémore la kyrielle de mauvaises versions que ce classique a engendrées (Pat Boone, Jack Turner, Chubby Checker, Freddie Bell, sans oublier l’adaptation de Lucky Blondo avec « Un Vieux Chien De Chasse) !
Les Toulousains ne se contentent pas de reprendre des classiques mais s’attaquent aussi à des inusités de premier ordre : « She Moves Me » (Johnny « Guitar » Watson) où la Gibson (certainement une ES 330) s’offre d’incroyables envolées. Histoire de tempérer les ardeurs, « I’m Gonna Hit That Highway » (autre titre de « Guitar » Watson) vient à point nommés en milieu de disque. Petite excursion entre le Texas et le Jump de la West Coast avec « The Hustle Is On », titre d’Eddy Owens gravé par T. Bone Walker en 1950 pour Imperial.

Parmi les compositions, « Don’t Leave Me All Alone » qui ouvre l’album, est le parfait prototype du son AWEK. L’harmonica grondant et ténébreux, à l’instar de ce qu’on entendait dans les tavernes de Chicago, devient poisseux et plaintif, évoquant les bouges de Bâton Rouge. « We Met In Texas » combine Texas Blues et Jump. L’instrumental « L.A Stomp » nous renvoie vers le Slew Foot Five de Grady Martin, tandis que « Sunny Sunday » nous expédie en Californie avec un excellent passage d’harmonica chromatique. Petit détour vers la Louisiane avec l’excellent « Scratch Blues » qui intègre tous les ingrédients des productions Excello. Le phrasé de guitare plein de mimétisme ne peut que rappeler celui de Slim Harpo, alors que l’harmonica s’immerge dans une sonorité à la Whispering Smith. Second clin d’œil au Swamp avec « Take Out Some Insurance » que ne renierait pas Jimmy Reed, tandis que « I Forgot You Forget You » nous entraîne quelques kilomètres plus à l’Ouest au cœur de la Crescent City avec une petite pépite en droite ligne avec Little Bob & The Lollipops.
Une section rythmique efficace, pleine de complicité, qui se pose souvent en gardienne du temple et du groove. Une guitare (sans pédale) aérienne, un tueur à l’harmonica, un répertoire cohérent et une production bien léchée font de cet album mon coup de cœur de l’année 2016. Ajoutez quelques invités se montrant au diapason du groupe et vous avez entre les mains un disque bien supérieur aux productions que nous refourguent les Américains. Un groupe que vous ne verrez probablement jamais à la télévision chez Drucker ou Sebastien mais qui mérite tellement mieux que ces modestes lignes.

A lire aussi en BLUES par LE KINGBEE :


Lazy LESTER
I'm A Lover Not A Fighter (1994)
Un incontournable du swamp blues




MOLOCH
Moloch (1969)
Un disque qui fut longtemps collector.


Marquez et partagez





 
   LE KINGBEE

 
  N/A



- Bernard Selam (chant, guitare)
- Joel Ferron (basse)
- Olivier Trebel (batterie)
- Stéphane Bertolino (harmonica)
- Fred Kaplan (piano 6-14)
- Julien Brunetaud (piano, orgue 7-8-9)
- Damien Daigneau (piano, orgue 1-2-3-4-5-10-11-12)
- Drew Davies (saxophone 5)
- Jean Marc Labbé (saxophone 5)
- Derek O'brien (guitare 6-14)
- Kathy Boyer (chant 3)


1. Don't Leave Me All Alone.
2. Long Distance Call.
3. Think.
4. We Met In Texas.
5. She Moves Me.
6. Hound Dog.
7. L.a Stomp.
8. I'm Gonna Hit That Highway.
9. Sunny Sunday.
10. Scratch Blues.
11. The Hustle Is On.
12. Take Out Some Insurance.
13. I Forgot To Forget You.
14. Jammin' With Fred & Derek.



             



1999 - 2021 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod