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Q 65 - Revolution (1966)
Par LE KINGBEE le 6 Octobre 2018          Consultée 117 fois

Si La Haye reste aujourd’hui connue pour ses organisations internationales et l’implantation de nombreuses cours pénales, n’oublions pas que la ville a vu naître l’un des plus gros groupe de Garage européen avec Q 65.

On est en 1965, Wim Bieler, les guitaristes Frank Nuyens et Joop Roelofs s’ennuient ferme er décident de monter un groupe. Les trois compères sont bientôt rejoints par le batteur Jay Baar et le bassiste Peter Vink en provenance de Leadbelly’s Limited. Les cinq bataves, ardents amateurs de R&B et de Blues, se font les dents sur les scènes hollandaises, belges et allemandes et décrochent un contrat avec Decca. On ignore exactement d’où provient ce curieux nom de scène. Certains prétendent que le nom provient d’une ligne de bus new-yorkaise, d’autres qu’il s’agit d’un clin d’œil à deux reprises des STONES (« Susie Q » et « Route 66 » le nombre ne plaisant pas aux membres, ils auraient opté tout simplement pour 65) et enfin il se murmure que cet étrange patronyme proviendrait d’une campagne publicitaire de la Sécurité Routière concernant les enfants nés en 1965. La formation ne donnera jamais la moindre information préférant laisser planer le doute pendant de longues années.

Si les cinq membres admirent Wilson PICKETT, Otis REDDING, la source de la Soul mid sixties, ils s’intéressent aussi aux YARDBIRDS, aux Downliner Sect mais se rapprochent des PRETTY THINGS. En février 1966, leur premier single loupe de peu le Top Ten hollandais avec « You’re the Victor », une pépite de Garage couplé avec « And Your Kind », titre évocateur des KINKS. Un second single voit le jour en mai avec « The Life I Live » qui loupe lui aussi les classements. Decca va alors essayer de refourguer le groupe en Angleterre via un clip publicitaire désastreux montrant les cinq lascars traversant la Manche à bord d’un zodiac pour venir s’échouer sur les plages et chanter « The Life I Live ». La tournée anglaise prévue pour appuyer la campagne de promotion ne verra jamais le jour, les cinq hollandais n’ayant pas reçus leurs permis de travail. Pour Decca la déconfiture sera d’autant plus grande qu’un magazine anglais dévoilera le pot au rose : le zodiac sensé braver les vagues froides de la Manche était tiré par un remorqueur sur une mer d’huile, ce qui n’empêchera pas les cinq musiciens d’être malades comme des bêtes. A son retour sur la terre ferme et natale, Q 65 sera accueilli sur les plages de la station balnéaire de Scheveningen par près de 30 000 fans, le single atteindra dans la foulée la 5ème place des charts hollandais. Un engouement qui incite leur maison de disque à expédier le groupe en studio.

Phonogram, maison mère de Decca, décide de confier la production au débutant Hans Van Hemert. Ce dernier vient d’enregistrer Group 1850 et Zen, deux groupes qui resteront au fond d’une oubliette. Mais le bon Hans n’aura pratiquement aucune influence sur ce disque marqué par une moitié d’originaux. Il est clair ici que si Q 65 reste influencé par le Blues des grands maîtres, les membres aiment bien en découdre mais savent également apporter un tant soit peu de subtilité aussi bien au niveau des mélodies que des textes. La
production souffrant sans doute d’une relative frilosité décide d’ouvrir les hostilités avec « The Life I Live », le Garage ayant fait preuve en single. L’ambigu « I Got Nightmares » renvoie lui vers l’atmosphère parfois tortueuse des KINGS ou des SMALL FACES. « Just Who’s In Sight » distille une sonorité proche des frontières entre le Bengladesh et le Sri Lanka, bien avant que des hordes de hippies n’envahissent Goa et Katmandou. Si l’utilisation de la flûte et d’une guitare acoustique à seize cordes proche de certaines mandolines d’Extrême Orient peuvent encore faire penser aux KINKS, le tambourin et le vocal complètement barré de Bieler renvoient eux vers une coloration Freakbeat à l’anglaise. Si vous doutiez des influences dissipées par les champs de coton, « Middle-Age Talk » met les choses à plat. La guitare acoustique, l’harmonica et le washboard pourraient laisser supposer qu’on est là dans un disque de Fred McDowell ou du duo Terry/ McGhee, si la voix nez sonnait pas si blanche et si psyché. Bien que bluesy, « Summer Thoughts in a Field of Weed » se révèle être à mi chemin entre Garage et Blues à la Shadows of the Knight. Avec son intro à l’harmonium et le phrasé de la guitare 16 cordes rappelant les couleurs d’une cithare, « Sour Wine » se révèle en avance sur son époque. N’allez pas cherchez où les STONES s’inspirèrent avec « Beggars Banquets » qui verra le jour deux ans plus tard.

Le tour d’horizon des compositions de Q 65 s’achève ici. Mais il y a un sacré fossé entre le répertoire de nos cinq hollandais avec ce qu’on écoutait chez nous au même moment : « Le Folklore Américain » (SHEILA), « Paris en Colère » (Mireille MATHIEU), « Noir c’est Noir » (HALLYDAY), ou dans le meilleur des cas « Love Me Please Love Me » (POLNAREFF). Il ne s’agit pas là de remettre le couteau dans la plaie, bien que…

Au niveau des covers, la formation ne reprend que des standards hormis le « Down in the Bottom » du prolifique Willie Dixon, mais lui on y reviendra plus bas. Première reprise avec « Mr Pitiful » popularisé par Otis REDDING dans une interprétation respectueuse des codes. Certains lui préfèreront probablement l’original avec la guitare de Steve Cropper et la line-up de la Stax, mais Q 65 sera parmi les premiers à reprendre le titre de ReEDDING. Second standard avec « I’m a Man » de Bo DIDLEY, dans une version Garage de premier choix avec harmonica et beat répétitif, une version se situant entre celle des YARDBIRDS et des BARRACUDAS. Hit mineur d’Allen TOUSSAINT popularisé par Lee Dorsey, « Get Out of my Life, Woman » a été cuisiné à toutes les sauces, on se souvient des versions Blues d’Albert et Freddie KING, de celle plus tardive de Mel Brown, mais le titre était tombé bien avant dans la besace d’une poignée de groupes voguant entre Rock et Garage (The Leaves, Tages). Si la rythmique tient ici le premier rôle secondée par un sax métronomique, c’est la voix allumée de Bieler qui reste ancrée dans les esprits plus d’un demi-siècle après sa sortie.

Parmi les auteurs repris par nos hollandais, Willie DIXON se taille la part du lion avec pas moins de trois essais quasiment transformés. Q 65 sera le premier groupe européen à reprendre « Down in the Bottom »⃰, gravé en 1961 par Howlin’ WOLF. Si la version de George THOROGOOD reste dans les mémoires, celle des hollandais se révèle comme le parfait prototype d’un Rock Garage puisé d’un Blues. Autre standard du tandem Dixon/Wolf, « Spoonful » a connu moult versions (Allman Joy, The Shadows of Knight, Dion), on se souvient généralement de celle de CREAM. Les hollandais nous en livrent une version antérieure bien plus féroce et brute de décoffrage. L’album se termine en apothéose avec « Bring It On Home », immortalisé par Sonny Boy Williamson et Sharkey Horton mais diffusé au niveau planétaire via le deuxième opus de LED ZEPPELIN. Et là encore une fois Q 65 ne fait pas dans la dentelle avec une version de plus de 13 minutes. Le rythme monte crescendo avec un harmonica et cette fameuse guitare proche de la çifteli albanaise, un chant qui évoque par vague celui de Richard « The Bear » Hite (CANNED HEAT). Un redoutable patchwork de Garage et de Blues Psyché avec incorporation du chorus du Boléro de Ravel.

Avec sa pochette renvoyant plus vers un épisode de la Guerre de Sécession que vers la Guerre d’Indépendance, « Revolution » figure parmi les albums précurseurs du Garage européen. Au gré des pistes, on découvre un chanteur « habité » et diverses flagrances qui ne manqueront pas de rappeler différents groupes comme les PRETTY THINGS, les KINKS, les YARDBIRDS, SPENCER DAVIS GROUP, Cuby + Blizzard et Downliners Sect.

L’aventure sera de courte durée pour Q 65, à l’instar de nombreux groupes de Garage US qui disparaîtront pour cause de Guerre au Vietnam, nos hollandais devront eux enfiler l’uniforme hollandais. En 69, le groupe se reformera brièvement avec deux albums à la clef. Le batteur Jay Baar est décédé en 1990, rejoint par Willem Bieler en 2000. Le bassiste Peter Vink est toujours en activité au sein de KNIGHT AREA et AYREON. Les autres membres se sont retrouvés au sein de CIRCUS, groupe hollandais éphémère.

⃰ Les ROLLING STONES ont enregistré le titre en 1964, mais il n’apparaîtra que bien plus tard.

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   LE KINGBEE

 
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- Willem Bieler (chant, tambourin, maracas, harmonium)
- Frank Nuyens (guitare, saxophone, flûte, harmonica)
- Joop Roelofs (guitare)
- Peter Vink (basse)
- Jay Baar (batterie, percussions, washboard, harmonium)


1. The Life I Live
2. I Got Nightmares
3. Just Who's In Sight
4. Mr. Pitiful
5. I'm A Man
6. Middle-age Talk
7. Summer Thoughts In A Field Of Weed
8. Down At The Bottom
9. Get Out Of My Life, Woman
10. Spoonful
11. Sour Wine
12. Bring It On Home



             



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