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ROCK PROG, PSYCHé, JAZZ  |  STUDIO

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- Membre : Can, Blind Faith
- Style + Membre : Steve Winwood

TRAFFIC - Mr. Fantasy (1967)
Par LE KINGBEE le 5 Novembre 2018          Consultée 162 fois

Certains groupes britanniques sixties se révèlent pour les chroniqueurs comme un gravier dans une chaussure. Ce n’est pas tant le niveau ni le registre qui posent problème, mais le nombre de pressages et de pochettes différentes dont sont victimes plusieurs formations anglaises. A l’instar des ANIMALS, TRAFFIC n’a pas échappé à cette pratique commerciale.

Fin 67, Steve WINWOOD, organiste, guitariste, harmoniciste, chanteur doué ou prodigue (selon ce qu’il vous plaira), quitte le Spencer Davis Group suite à une épuisante tournée chez les ricains. Rentré au pays, Stevie fait un passage éclair au sein du Powerhouse d’Eric CLAPTON et fonde TRAFFIC, en compagnie du batteur Jim Capaldi et du guitariste Dave Mason. Les trois hommes ne sont pas des inconnus. En 1964, Stevie au sein du Spencer Davis Group, Mason et Capaldi au sein des Hellions sont programmés au Star-Club d’Hambourg et se lient d’une solide amitié. Les trois sont rejoints par Chris Wood, un pote de la frangine de Winwood qui a fait ses gammes avec Christine Mc Vie, Stan Webb ou le batteur Carl Palmer.

Le quatuor ne laisse pas indifférent Chris Blackwell, patron d’Island Records, qui expédie cette jeune troupe au Cottage, un chalet sans électricité perdu dans le Berkshire, afin de répéter des morceaux. « Mr Fantasy » est enregistré à l’Olympic Sound Studios à Londres sous la houlette du sud-africain Eddie Kramer, un ingé-son qui allait bientôt enregistrer « Electric Ladyland » d’Hendrix, le second disque de LED ZEPPELIN ou le « Beggars Banquet » des STONES.
Island Records lance dans un premier temps deux singles, un procédé destiné à défendre l’album doublé d’une bonne opération, « Paper Sun » se hissant à la 5ème place des classements anglais et accédant aux charts de nombreux pays. « Here we Go Round the Mulberry Bush », étrangement absent du 33 tours, monte sur la 8ème marche en novembre.

Au vu de ces lignes, on pourrait croire que le premier disque part pour tout rafler, sauf qu’Island va rater son coup, voilà ce qui se passe quand on a les yeux plus gros que le ventre. Alors d’une part, des tensions se créent pendant l’enregistrement, Dave Mason stoppe l’aventure et ne participe même pas à la tournée promotionnelle du groupe (il reviendra telle une girouette pour le disque suivant). D’autre part, Island multiplie les pressages aussi bien en mono qu’en stéréo avec des pochettes totalement différentes, des titres d’albums qui changent au gré des pays où ils sont pressés et enfin certaines chansons qui disparaissent mystérieusement selon les publications. On ne parle pas là des multiples publications américaines et encore moins des multiples rééditions mélangeant allègrement les mixages mono et stéréo, parce que là il y a de quoi devenir chèvre.

L’aventure TRAFFIC ne dure bien évidemment pas éternellement et se voit entrecoupée à plusieurs reprises : Winwood rejoignant brièvement BLIND FAITH puis l’Air Force de Ginger Baker (avec Wood), Chris Wood joue pendant ce temps-là avec Dr. JOHN alors que Mason met en boîte un album solo « Alone Together », tout en tournant avec Delaney & Bonnie. TRAFFIC rebondit à plusieurs reprises, épisodes que nous évoquerons peut-être dans un futur proche.

Avec « Mr Fantasy », TRAFFIC délivre un véritable tourbillon, comme un trafic dans lequel viendraient s’engouffrer camions, bolides de course, berlines, carrioles à bras, vélos et patinettes. Produit par l’américain Jimmy Miller qu’on retrouvera plus tard entre autres sur plusieurs albums des STONES, de SPOOKY TOOTH ou BLIND FAITH, le disque propose un kaléidoscope regroupant Rock Prog., Jazz, Psychédélisme, British Rock et même Experimental Sound. Ce maelström de tendances ne propose en théorie pas une grande cohérence mais parvient toutefois à tirer une trame solide.
Que cela soit au niveau de la composition musicale ou des textes (gros apport de Capaldi), les membres sont souvent aux antipodes les uns des autres, cause probable de la richesse du répertoire.
Rangé à tort dans un tiroir exclusivement Psyché, certains titres diffusent une créativité parfois proche de l’extravagance. « House For Everyone » débute par le bruitage du remontage d’un réveil dans lequel le saxophone et une bordée de cordes viennent créer une sorte de tumulte. « Berkshire Poppies » avec son piano bastringue entrecoupé d'un bref solo de guitare renvoie à un univers ou viendraient se mêler fête d’anniversaire et délire alcoolique. « Dear Fantasy », une vraie jam session, avec une guitare bluesy qui prend feu, un harmonica aussi pleurnichard que strident et un assemblage d’instruments bizarroïdes (mellotron, flûte, violon) pourrait s’inscrire dans un disque de CREAM. Changement de cap avec « Utterly Simple » une ballade qui nous emmène au bord du Gange via la cithare de Dave Mason. Une approche de la transe psychédélique !
« Dealer » avec ses guitares (acoustique et flamenco) et sa flûte ensorceleuse de serpents nous expédieraient presque dans une ambiance digne du futur It’s a Beautiful Day. « Coloured Rain », plus mélodique, pourrait figurer dans le « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des BEATLES. Même sentiment avec « Hope I Never Find Me There ». Si le début de « Giving to you » évoque par ses ivoires une atmosphère à la DOORS, le morceau presque exclusivement instrumental s’oriente vite vers un patchwork de Blues oriental et de Rock Prog à la Graham Bond Organization.

Un demi-siècle après sa sortie, ce disque auquel il ne manque qu’un peu d’équilibre peut se targuer d’avoir influencé de nombreuses formations de Rock. Cette fantaisie pourrait être la synthèse du fameux Sergent Poivre, du « Their Satanic Majesties Request » des STONES (œuvre moins sincère), sans oublier quelques zestes de MOVE et de PROCOL HARUM.

Bouffé par les ventes de « Sgt Pepper » des BEATLES, de deux disques des STONES, et par l’attente du « Strange Days » des DOORS et du « Axis : Bold as Love » du Jimi Hendrix Experience, « Mr Fantasy » aurait mérité une plus ample reconnaissance si Island Records n’avait pas fait preuve d’autant de légèreté face aux multiples pressages et aux contrats commerciaux avec les Etat-Unis. Si aujourd’hui, on peut lui reprocher un surplus d’éclectisme, comme s’il était victime d’hyperactivité, « Mr. Fantasy » n’en constitue pas moins l’une des pierres angulaires du Rock sixties. Pour plus de cohérence ce disque est classé en Rock Psyché.
Un bon 3,5 pour son influence.

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   LE KINGBEE

 
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- Steve Winwood (chant,claviers,basse,guitare,clavecin)
- Chris Wood (flûte, saxophone, orgue, chant)
- Jim Capaldi (batterie,percussions, chant)
- Dave Mason (guitare,basse,mellotron,cithare, chant)


1. Heaven Is In Your Mind
2. Berkshire Poppies
3. House For Everyone
4. No Face, No Name And No Number
5. Dear Mr Fantasy
6. Dealer
7. Utterly Simple
8. Coloured Rain
9. Hope I Never Find Me There
10. Giving To You



             



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