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ARTHUR "BIG BOY" CRUDUP - Mean Ole Frisco (1962)
Par LE KINGBEE le 11 Janvier 2019          Consultée 168 fois

Curieux personnage qu’Arthur « Big Boy » CRUDUP, guitariste du Mississippi venu à la musique sur le tard. Après avoir œuvré dans la cueillette du coton et à l’usine, Arthur décide de se mettre à la guitare en 1937, il a alors 32 ans.
Il apprend l’instrument en autodidacte en écoutant des disques de Big Bill Broonzy et Lonnie Johnson. Si la technique et la rapidité ne figurent à son rayon, le colosse dispose d’une voix de stentor et d’un sens du rythme incroyable. Etabli à Chicago à la fin des années 30, il survit péniblement jouant dans la rue. Lors d’une fête donnée chez Tampa Red, il est remarqué par le producteur Lester Melrose grand manitou de Bluebird Records, filiale de la puissante RCA. Si le Blues est dominé par T.Bone Walker, BB KING, Robert Nighthawk, Arthur Crudup propose un Blues beaucoup plus rural, échappant à la fois au répertoire du Delta et aux influences chicagoannes. Sur scène, le guitariste se déhanche à la façon des futurs rockers blancs et son sens du rythme fait la joie du public noir venu du Sud. La riche association entre Melrose et Big Boy Crudup commença en 1941 pour se finir en 1954. Sa discographie comptait 8 singles publiés par Bluebird avant que le guitariste ne fasse son entrée par la grande porte avec 28 singles édités par la RCA et deux autres pour Groove Records, autre filiale du géant RCA-Victor. Sentant que le vent n’allait pas tarder à tourner, Arthur Crudup fera quelques entorses à Melrose en enregistrant une poignée de singles pour Checker, Trumpet et Champion tous mis en boîte à Jackson.

Il est impossible d’évoquer Arthur Crudup sans aborder un jeune péquenot blanc originaire de Tupelo qui n’allait pas tarder à faire parler de lui et changer les codes de la musique.

On est en 1954. Eisenhower a remplacé Truman à la présidence depuis plus d’un an. Les époux Rosenberg sont exécutés, on chasse encore le rouge bien que Mc Carthy, instigateur de la célèbre « Red Scare » tombe enfin en disgrâce. L’armistice en Corée est signée, l’Amérique y aura perdu 30000 soldats et ramené 120 000 estropiés. La mode des premiers essais nucléaires commence à battre son plein et curieusement la fin de la Guerre de Corée impactée par une baisse des dépenses militaires provoque une hausse du chômage, alors que la France se prend une trempe à Diên Biên Phu et doit capituler. A part ça, rassurez-vous, tout va bien. Les States ne tarderont pas à inverser la courbe du chômage via un nouveau conflit, cette fois au Vietnam.

Donc nous sommes en 1954, Elvis PRESLEY interprète sur scène « That’s All Right Mama », un blues up tempo gravé le 6 septembre 1946 par Arthur « Big Boy » Crudup. Rien de bien nouveau. Le public s’ennuie ferme. Elvis, constatant que l’assistance est sur le point de pousser un roupillon, commence à bouger les hanches alors que Scotty Moore et Bill Black accélèrent le tempo. Le 5 juillet 54 dans les studios Sun de Memphis, Elvis allait lancer un pavé dans la marre en enregistrant le morceau. Couplé à « Blue Moon Of Kentucky », popularisé par Bill Monroe & His Bluegrass Boys, le single Sun 209 connaîtra dans un premier temps un succès via sa face B. Deux mois plus tard, Elvis enflammait la scène de la Louisiana Hayride.

De nombreuses encyclopédies et spécialistes considèrent la version d’Elvis comme l’acte fondateur du Rockabilly. Cela semble pour le moins réducteur, n’oublions pas que le Hillbilly s’était énormément musclé sous l’impulsion de certains chanteurs et pianistes (Moon MULLICAN, Hank SNOW, Hank Williams ou Jimmy Dickens). N’oublions pas non plus certains titres super vitaminés en provenance du Jump Blues et d’artistes noirs parmi lesquels Roy Brown, Arthur Gunter, Jackie Brenston sans oublier notre« Big Boy », héros malheureux de cette chronique.

Pour en revenir au King, il récidive en janvier 56 en enregistrant deux autres titres de Big Boy: « My Baby Left Me » et « So Glad You’re Mine » pour le compte cette fois ci de la RCA, le géant ayant racheté le contrat du rockeur à Sun Records. Libre à vous chers lecteurs de penser que le pauvre Arthur n’était plus en odeur de sainteté auprès de la firme.

A l’orée des sixties, Arthur Crudup se marie mais semble avoir abandonné la musique, frustré de ne pas avoir touché ses royalties. Il s’est installé à Franktown (Virginie) une bourgade paisible à 200 kilomètres à l’est de Richmond, travaille comme ouvrier agricole et voit sa famille s’agrandir avec trois garçons.
En 1962, le producteur noir Bobby Robinson, originaire de Virginie, entend parler du guitariste. Producteur efficace, patron de labels reconnus (Whirlin’ Disc, Everlast, Fury) Robinson vient d’enregistrer quelques bluesmen de renom Elmore James, l’harmoniciste Buster Brown, Tarheel Slim & Little Ann, couple à la ville comme sur la scène et le chanteur transformiste Bobbi Marchan.
Cela fait huit ans qu’Arthur n’a pas mis les pieds dans un studio, mais les renseignements pris auprès de son ami Elmore James vont le convaincre de rallier New York.
C’est donc à New York, en plein Blues Revival, que Crudup fait son grand retour, mettant en boîte douze de ses anciens titres. Si quatre d’entre eux sont édités en singles, « Mean Ole Frisco », premier disque du vétéran, ne connaît qu’un petit succès d’estime auprès du public. Malgré tous ses efforts, Bobby Robinson manque de moyens pour promouvoir le disque. Trois ans plus tard, les catalogues Fury et Fire seront revendus à Bell Records, lui-même avalé par Arista avant d’être mangé tout cru par Sony Music.

Arthur Crudup reprend ici neuf titres de sa période Bluebird/RCA. Trois nouvelles chansons font leur apparition : « Greyhound Bus », « Coal Black Mare » et « Look On Yonder Wall ». Il nous semble ardu voire impossible de détacher un titre plus qu’un autre, ils sont tous de gorgés de feeling et se révèlent comme des Must du Rural Blues.
On ignore qui accompagne le guitariste, mais la basse et les baguettes flirtent ici entre le minimalisme et la sobriété rappelant ainsi la rythmique exceptionnelle formée par Ransom Knowling et le batteur Judge Riley, une paire qu’on retrouvera auprès de Big Joe Williams, Sunnyland Slim, Sonny Boy Williamson et Washboard Sam. En ouverture, « Mean Ole Frisco » montre que si la voix a pris de l’âge la maîtrise vocale par rapport à la précédente version remontant à vingt ans demeure frappante, une interprétation plus rurale que les futurs essais de BB KING ou CLAPTON. Autre grand moment avec « Rock Me Mama » une variante de « Rockin Chair Blues » de Big Bill Broonzy (on conseillera la version du fiddler Butch Cage). « So Glad You’re Mine » reste connu par la reprise du King, le titre sera plus ou moins massacré par Vince TAYLOR, Marty Wilde, ou Shakin Stevens et l’intensité de la présente version jamais égalée. Rentré dans l’inconscient collectif par l’entremise du King, « That’s Alright » reste comme la marque de fabrique de « Big Boy », comme une griffe intemporelle. Repris plus de 200 fois, si les reprises de Carl Perkins, Hoyt Axton, Dr. Ross jusqu’à Albert KING préfigurent de bons moments, le titre aura subi les foudres de quelques bon « massacreurs ». Chez nous, le titre sera adapté par Lucky Blondo et Jesse Garon sous l’intitulé « Tout va bien Maman », deux chansons qui auraient tendance à prouver que tout n’allait pas au mieux justement. Le pire sera atteint avec Benjamin Biolay qui flinguait le titre en anglais sur la compilation « It’s a Teenager Dream ! ».

Arthur « Big Boy » Crudup reviendra sur le devant de la scène au milieu des sixties, mais ne profitera guère du Blues Revival. En 1962, RCA France publia la compilation « My Baby Left Me – Treasury of Jazz Vol.15 », recueil destiné à contrecarrer les ventes de l’album Fire. « Mean Ole Frisco » sera réédité en vinyles par Blue Horizon, Trip Records et DJM Records. De multiples éditions CD verront le jour souvent agrémentées de bonus retraçant la période RCA. Le disque Fire neuf se négocie actuellement entre 500 et 900 €. Signalons que Big Boy Crudup intentera plusieurs procès pour récupérer ses droits d’auteurs. Malgré l’aide de Dick Waterman, son manager de l’époque, il perdra tous ses procès. Le gros avait encore une fois triomphé du petit, un comble pour un gars surnommé « Big Boy » ! Arthur Crudup est décédé en 1974 sans un sous en poche.

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- Arthur 'big Boy' Crudup (chant, guitare)


1. Mean Ole Frisco
2. Look On Yonder Wall
3. That's Alright
4. Ethel Mae
5. Too Much Competition
6. Standing At My Window
7. Rock Me, Mama
8. Greyhound Bus
9. Coal Black Mare
10. Katie Mae
11. Dig Myself A Hole
12. So Glad You're Mine



             



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