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1988 Perpetual Burn

Jason BECKER - Triumphant Hearts (2018)
Par BAKER le 7 Février 2019          Consultée 545 fois

En anglais, "triumphant" ne signifie pas simplement "victorieux". Il y a une dimension de revanche, de domination totale, de refus du sort. Même si je ne suis pas homme à m'esbaudir sur le moindre storytelling, il me paraît impossible de dissocier cet album et sa genèse. Pour la faire courte : Jason BECKER était au début des années 90 un des guitaristes les plus virtuoses de la scène metal, se voyant proposer des ponts d'or pour accompagner les plus grands sur scène ou sur disque. Mais, alors que sa carrière ne faisait que décoller à la verticale, il commença à ressentir des troubles nerveux. Diagnostique des médecins : contraction de la maladie de Charcot. En 1991, il ne peut déjà plus jouer correctement de la guitare. Il finira en 1997 totalement paralysé : plus de bras, plus de jambes, plus de parole. Il ne peut plus s'exprimer que par battements de paupières. Les médecins lui donnent 6 mois.

2018, Jason BECKER sort un album.

Et la première moitié dudit album est à en pleurer de joie. Toutes les souffrances qu'il a endurées sont oubliées, mises au pilori, et sa musique majoritairement orchestrale ne respire que la joie, le bien-être. On débute d'ailleurs par un "Triumphant Heart" qui ne déparerait pas dans un conte de fées. Violon et cor délicieux, harmonies apaisantes, mélodies précises, on est à la frontière entre les concertos pour cor de MOZART et le Howard SHORE de Big. Le premier solo de guitare, empli d'effets virtuoses, enfonce le clou, joué par Marty FRIEDMAN, l'ami d'enfance qui n'a jamais laissé tomber son pote malade. Le petit détail qui devrait mettre la puce à l'oreille : ce solo, excellent pourtant, n'est pas du tout l'élément le plus intéressant de ce morceau.

Ensuite, c'est pendant 4 plages la foire au génie. "Fantasy Weaver" est un voyage orchestral qui fait penser à Tony BANKS quand il est en forme, avec un ukulele frais, un choeur céleste, un final à se pâmer (ce cor à la James HORNER !), des influences japonaises, c'est joli comme un coeur. "Once Upon a Melody" est un coup de génie : après un très beau solo de violoncelle signé de Madame FRIEDMAN à la ville, et des orchestrations splendides, voici que surgit d'outre-tombe... Jason, à la guitare, d'après une cassette pourrie du début des 90's. C'en est à tirer des larmes, on a l'impression de voir un fantôme surgir du passé. Le travail d'adaptation est colossal, du ZAPPA dans l'esprit. C'est presque de la magie vaudou.

Deux chansons assurent la variété de styles. Sublime, "Hold on to Love" est une ballade soul poignante qui tourne en gospel, remplie de vitalité, d'optimisme, avec une intensité de dingue et un message furieusement positif. Plus canaille, "We Are One" donne dans le funk gras avec des cuivres synthétiques malins et un super groove. C'est dynamique, c'est black dans toute sa splendeur, et penser que le compositeur est un shreddeux blanc-bec cloué dans un fauteuil est proprement sidérant. Non, la première partie de cet album est juste in-cro-yable. Il y a même une petite reprise de "Blowin' in the Wind" qui réussit à être tout à la fois fidèle et simple, mais avec un souci du détail guitaristique charmant en diable.

Malheureusement le disque ne sera pas parfait. Arrive "River of Longing", et là le fan de guitare de s'étrangler : mais c'est quoi cette mauvaise parodie du "Cryin' " de SATRIANI ? C'est... euh, ah ben, SATRIANI. Et 3 potes pas manchots non plus. Et ce titre, qui est purement guitaristique et virtuose, se montre du coup très inférieur au niveau général. Ce sera moins le cas, mais palpable tout de même, sur toute cette seconde moitié uniquement dédiée à l'instrument guitare. "Valley of Fire" est le gros pavé du disque, avec pas moins de 13 tueurs de la 6-cordes se succédant (il y a tous les potes de Shrapnel Records, belle preuve d'amitié). La compo est rigolote, du western progressif, et il faut l'admettre : les solos apocalyptiques qui se succèdent sont, de très loin, ce qu'il y a de plus cliché et de moins intéressant.

"River" se voit refaite juste après : erreur de casting ? Que nenni, car au lieu de 4 branle-manches, nous n'en avons plus qu'un, le sous-estimé Trevor RABIN qui ici fait méchamment parler la poudre MAIS rend la compo presque méconnaissable. Quelle maestria sur l'acoustique ! On dirait une tarantelle de BACH. Deux autres titres rock instrumentaux pour se rappeler quel guitariste était Jason, plus exactement deux inédits de la période David Lee ROTH, sans chant évidemment, et là aussi, bien que le garçon ait vraiment été un génie de l'instrument, on a le droit de bâiller poliment. C'est le constat assez stupéfiant de ce disque : les pistes de guitare, pour lesquelles beaucoup vont acheter l'album, sont la seule partie inintéressante.

Devant cet état de fait, on pourrait rager, se dire que le disque n'est finalement qu'à moitié réussi, que les talents de compositeur de BECKER n'ont été que partiellement mis en valeur. Mais l'album nous réserve une dernière surprise, et quelle surprise. Si l'on prend "Hold on to Love" comme le premier vrai titre, cette chanson se permet de clore également le disque, dans une version "stripped down", épurée, plus lente. Avec le même chanteur, les mêmes accords, le même texte. Et pourtant, le remix proposé ici est sublime et donne une chanson totalement différente, même opposée. C'est bluffant. D'hymne à la vie volontariste, cette chanson devient crépusculaire, comme un testament. Le tic-tac de l'horloge qui la termine risque de vous glacer le sang. Comme si Jason voulait rappeler qu'après une heure dix de joie et de bonne humeur, il n'était pas dupe sur le sort qui lui était réservé. Un coup de génie, une des meilleures chansons de l'année qui se permet d'être double !

On ne peut pas savoir ce que l'avenir réserve à Jason. Les meilleurs médecins ne le savent pas eux-mêmes. Mais une chose est certaine : on a peut-être perdu un grand guitariste, mais musicalement ce n'est pas si grave par rapport au talent de compositeur classique qui sommeille en lui. D'ailleurs, il en avait déjà donné un aperçu sur le Inferno de son frère d'armes Marty. Alors certes, ce n'est pas un album parfait, il est très clairement coupé en deux. Mais le message d'espoir qu'il porte transcende toute chapelle musicale.

Pour ceux qui désirent approfondir le sujet, la famille de Jason a produit un documentaire, "Jason Becker : Not dead yet".

Note finale : 4,5 / 5. Objectivement, l'album mérite 4 étoiles. Subjectivement, ce final m'a bouleversé.

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   BAKER

 
  N/A



- Jason Becker (composition, guitare)
- Codany Holiday (chant)
- Gary Rosenberg (chant)
- Steve Knight (chant)
- Jake Shimabukuro (ukulele)
- Marty Friedman (guitare)
- Chris Broderick (guitare)
- Uli Jon Roth (guitare)
- Aleks Sever (guitare)
- Guthrie Govan (guitare)
- Joe Satriani (guitare)
- Steve Morse (guitare)
- Ben Woods (guitare)
- Greg Howe (guitare)
- Gus G (guitare)
- Jeff Loomis (guitare)
- Joe Bonamassa (guitare)
- Mattias Eklundh (guitare)
- Michael Lee Firkins (guitare)
- Neal Schon (guitare)
- Paul Gilbert (guitare)
- Richie Kotzen (guitare)
- Steve Hunter (guitare)
- Steve Vai (guitare)
- Trevor Rabin (guitare)
- Glauco Bertagnin (violin)
- Hiyori Okuda (violoncelle)


1. Triumphant Heart
2. Hold On To Love
3. Fantasy Weaver
4. Once Upon A Melody
5. We Are One
6. Magic Woman
7. Blowin' In The Wind
8. River Of Longing
9. Taking Me Back
10. Tell Me No Lies
11. Hold On To Love (chuck Zwicky Remix)
12. You Do It



             



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