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2018 Budo

VAK - Budo (2018)
Par TARTE le 28 Avril 2019          Consultée 688 fois

Le monde de la Zeuhl n’est certainement pas le plus commode à pratiquer. Contrairement aux autres genres musicaux, dont l’apparition est presque toujours le résultat d’une sédimentation culturelle, progressive, la Zeuhl, elle, est née d’un seul homme : Christian Vander et de son groupe MAGMA. La formation de Vander a eu un impact immense auprès des scènes Jazz et Rock et il n’est pas étonnant de voir d’autres formations reprendre le flambeau de la Musique des Forces de l’Univers. Cependant, nous pouvons facilement imaginer la difficulté de l’exercice. D'abord car il est facile de tomber dans le mimétisme et donc de subir un grinçant parallèle avec les Fondateurs. De plus, la Zeuhl est un Univers complexe, polymorphe et d’une très grande exigence. Aussi, il n’est pas étonnant de constater que les rares groupes se réclamant de ce genre ont été fondés par des musiciens ayant officié dans MAGMA s’ils ne sont pas des projets plus personnels de Vander lui-même, citons pêle-mêle Shub-Niggurath, Weidorje, Zao, Papa Group et bien sûr, Offering.

Mais trêve de bavardages, l’animal qui nous intéresse ici est d’une autre nature. VAK, fondé en 2008, est un authentique groupe de Zeuhl qui compte dans ses rangs des musiciens passionnés venant de sphères très diverses et qui ne se contente pas de reprendre les codes du genre, mais les transforme. Le groupe fait ses armes et sort son premier album, VAK, en 2012, et disons-le d’entrée de jeu, la force créative de cette modeste (mais généreuse) formation éclatait déjà avec fracas.

BUDO, c’est le nom de leur dernier album. La sublime pochette (ils récidivent) annonce les couleurs, c’est un petit monde en soi à quoi nous avons affaire. Un endroit qui dispose de ses propres lois physiques, de sa topographie radicale et abrasive. Les trois morceaux qui composent l’album comptent deux colosses, le titre éponyme et "Hquark" (que je suis bien content de ne pas avoir à prononcer) et se clôt sur le magnifique "Au Fond des Creuses", le groupe assume et assure le format long, plus propice à ses développements labyrinthiques.

La musique prend ses appuis sur des motifs répétitifs tout en cultivant les ruptures. Les schémas harmoniques et rythmiques sont complexes et leur imbrication savante. A ce titre, l’écriture jouit d’une précision et d’un équilibre rares. Pas une longueur à noter, pas de syncopes indésirables ou d’erreurs d’enchaînement, la musique est maîtrisée jusqu’au moindre détail.

Côté instrumentation, VAK se base sur des fondations solides : chant, batterie, basse et claviers auxquels sont ajoutés occasionnellement guitares, flûtes et saxophones. Cette diversité apporte une palette de textures enrichie par l’usage d’effets qui, pas un seul instant, ne se montre ostentatoire. La production sied parfaitement à l’ensemble et fait honneur à la technique des musiciens et à la puissance de leur musique.

Pour en venir à la musique elle-même, le groupe ne tarde pas à planter le décor. L’atmosphère singulière s’impose dès les premières minutes. Mélodies angulaires, thèmes en mutation permanente, batterie virtuose et basse grondante, l’énergie développée est aussi percutante qu’envoûtante. La voix d’Aurélie Saintecroix illumine chaque instant et créer ce fameux hiatus propre au genre, opposant une voix angélique à une musique diabolique. A ce propos, le groupe choisit de ne pas user de paroles, ce qui le place dans la tradition, si l’on peut dire, considérant la voix comme un instrument propre. Si les compositions sont très construites et savamment étudiées, il y transparaît quelque-chose d’autre, une force incontrôlable en gestation. Les formes rythmiques s’intriquent dans des pandémoniums d’une complexité terrifiante et les harmonies se tordent dans des danses étrangement tribales aussi belles qu’absurdes. BUDO, c’est la folie rationnelle, c’est la régularité mathématique divisée par zéro.

L’intensité folle qui se dégage n’est pas sans rappeler les maîtres d’un autre genre, de VAN DER GRAAF GENERATOR à KING CRIMSON, les références du groupe semblent travailler en fond et n’apparaissent jamais comme inopportunes. VAK a forgé son propre langage sur des alliages d’exception et sa musique est aussi belle qu’une lame de dague, luisante et tranchante.

Mais si BUDO peut s’avérer intense voire violent, il est encore plus fascinant lorsqu'il se suspend, comme en lévitation, dans des limbes d’une sublime étrangeté. L’album regorge de trouvailles et se réinvente en permanence, plusieurs écoutes attentives ne vous suffiront probablement pas à créer une cartographie satisfaisante vous permettant de vous y retrouver. Au fond, BUDO, c’est peut-être cela, à l’image de sa pochette : une lande qui évolue et qui change de forme au moment-même où vous la parcourez, suspendue dans le vide, et une fois le bord atteint, quand la musique se termine alors il est temps de tourner les talons.

Si les deux premiers albums de VAK présentaient déjà un aboutissement artistique certain, BUDO vient confirmer la puissance créatrice du groupe. Son langage radical ne fait pas de compromis et offre une musique se plaçant à la fois dans une continuité, mais tout en gardant son intégrité. BUDO est une réussite et participe à faire vivre la Zeuhl hors de son cocon.

La relève est assurée.

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   TARTE

 
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- Aurélie Saintecroix (chant)
- Vladimir Mejstelman (batterie)
- Joël Crouzet (basse, guitare)
- Alexandre Michaan (claviers)
- Michaël Havard (saxophones)
- Nora Froger (flûtes)
- Hyder Aga (guitare)


1. Budo
2. Hquark
3. Au Fond Des Creuses



             



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