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1970 Rise

LOUIE AND THE LOVERS - Rise (1970)
Par LE KINGBEE le 10 Mai 2019          Consultée 186 fois

Si vous croyez que la musique mexicaine ne se résume qu’au regretté Ritchie Valens, à la cumbia, aux mariachis ou encore à la pub pour Old El Paso avec Danny Trejo (l’acteur est originaire de Los Angeles), vous risquez de tomber de haut.
Si Los Lobos, The Maverick ou Tito & Tarentula connaissent depuis quelques années une période faste, LOUIE And The LOVERS leur avaient sans le savoir ouvert pas mal de portes dès le début des années 70. Alors que le monde est en pleine mutation géo-politico-sociale et musicale, le Mexique allait connaître une brève période de gloire avec les percées de Los Dug Dug’s ou de la Revolucion de Emiliano Zapata.
Oh rassurez-vous, ces groupes ne viendront pas voler le succès des gringos, l’industrie du disque américaine y veillera bien. En fait, durant une courte période, il fut de bon ton que les firmes éditent un groupe de mexicanos ou d’amérindiens, mais attention l’open-bar ne va pas durer des siècles, faut pas exagérer.

A la fin des sixties, Louie Ortega est encore au lycée. Le jeune guitariste a débuté au sein de The Omens à 14 ans et a enchaîné avec Country Fresh, un groupe de lycéens comme il en existe tant, sauf qu’avec ses trois potes, Louis a quelque chose de spécial, le talent et un don certain pour l’écriture. Si comme de nombreux jeunes chicanos, les membres de Country Fresh ont fait leurs gammes en écoutant ce que leurs parents écoutaient (Hank Williams, Pedro Infante) Louie et ses trois potes de lycée ont découvert les Golliwogs, groupe qui ne va par tarder à cartonner sous le nom de CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL.

Louie et ses copains jouent dans les fêtes de lycées, les bals des environs de Salinas et dans les kermesses californiennes. Ils ont l’idée de poster une démo à Doug Sahm, une véritable institution au Nouveau Mexique et au Texas. Si Doug, véritable enfant prodige, a commencé à se produire dans des émissions radio dès cinq ans, il en connaît un rayon en matière de production et d’enregistrement. Mais contrairement à ce qu’annoncent certaines encyclopédies, ce n’est pas Doug Sahm qui fera le premier pas vers Louis et ses potes mais son épouse. Violet Sahm a pris le temps d’écouter la démo postée par les quatre boys de Salinas et décide de les voir en concert. Elle va harceler son époux, très sollicité à l’époque, jusqu’à le persuader de leur donner un coup de pouce. Doug va même faire mieux en leur décrochant un contrat avec Epic et produisant leur premier disque.
Dans un premier temps, Doug et Violet convainquent le groupe de changer de nom, Fresh Country n’étant guère porteur, la formation devient Louie And The Lovers. Les quatre jeunes musiciens ne se considèrent pas véritablement comme un groupe de Rock, mais comme des copains. Ils se connaissent depuis des lustres, vont au bahut ensemble, ce sont des gens simples, normaux, ils n’ont absolument jamais vraiment pensé à enregistrer un disque, ni à se produire dans le système de tournées, ils vivent juste un conte de fée.
Sous la houlette de Doug Sahm, le groupe gagne San Francisco et enregistre au Columbus Studios le disque en moins de 18 heures. Sahm connaît bien l’endroit, il vient d’y enregistrer un disque avec Sir Douglas Quintet, Don Robertson et Michael Bloomfield viennent eux aussi d’utiliser le lieu. Pour Louie et les Amoureux, c’est de la bombe ! Les quatre membres ne verront jamais la couleur d’un dollar, mais Sahm, qui a appris le métier avec Huey Meaux, le « Crazy Cajun » et véritable ordure si vous me permettez, leur offre plusieurs amplis à lampe. Afin que ces jeunes rockers ne se brulent pas les ailes, Sahm demande que le disque ne sorte qu'à la fin de l’été, une fois que les quatre chicanos ont leurs diplômes en poche. Faut-il y voir de la bienveillance ? On peut penser que oui. Epic probablement dans un souci de promouvoir l’album, édite deux singles qui ne connaissent aucun succès, mais LOUIE And The LOVERS ont réussi leur rêve : enregistrer un disque tout en poursuivant leurs études.

A l’instar de « Green River » de Creedence Clearwater Revival, le disque se compose de morceaux relativement courts : des onze pistes, seules trois dépassent les 3 minutes 30 en termes de durée. Louie Ortega demeure l’unique créateur en matière de composition. Le disque ne propose que deux reprises : « Rock Me Baby », standard de B.B KING bien pompé sur le « Rockin’ Chair Blues » de Big Bill Bronzy, lui-même inspirateur des « Rock Me Mama » (Arthur Crudup) et « Rockin’ and Rollin’ » (Lil Son Jackson). Toujours est-il que le groupe donne l’impression de se payer une jam à la CCR, s’écartant bien des carcans du Mississippi. La section rythmique imprime un tempo de sénateur métronomique, la guitare distille quelques notes aussi sobres que claires et tranchantes tandis que Steve Vargas élabore de subtiles touches de piano. Seconde reprise plus dramatique avec « If The Night », compo de Chris Darrow (ex Kaleidoscope et Nitty Gritty Dirt Band), dans une coloration plus Tex Mex.
Mais ce sont les compo d’Ortega qui attirent invariablement les oreilles et suscitent la curiosité. En ouverture, « Rise » qui donne son nom à l’album nous laisse nous imaginer l’impact de C.C.R. sur un grand nombre de musiciens de l’époque. Le chant est certes moins âpre, mais on retrouve au niveau de la mélodie et du son de guitare une tonalité que ne renierait pas John FOGERTY. Changement de cap avec « I’ve Always Got You On My Mind » titre oscillant entre ballade folkeuse californienne et mid-psyché à la It’s a Beautiful Day ». Le rythme demeure identique sur « Driver Go Slow », une ballade bien dans l’air du temps et de la région avec un beau passage de guitare tout en fingerpicking. D’autres ballades distillent de délicats parfums tex-mex se mélangeant au soleil californien : « I Just Met You » ou « I Don’t Want To Be Seen With You ».
On vous parlait plus haut de l’influence de C.C.R., mais cela resterait quelque peu réducteur. « I Know You Know » renvoie plutôt aux BYRDS et le Nitty Gritty Dirt Band.
Pour en revenir à Creedence, plusieurs titres pourraient s’insérer dans leurs albums sans qu’on puisse y trouver à redire : l’excellent mid « Royal Oakie », mais c’est bel et bien « Sittin’ By Your River » qui devrait recueillir tous les suffrages avec une rythmique implacable, une guitare qui tisse une toile mélodramatique et dont on a bien du mal à s’extirper. Le titre obsédant par excellence.

Pour résumer, « Rise » respire une sincérité, une authenticité qu’on ne pourra démentir. Au niveau du ton général, prenez un quart de litre de Creedence, ajoutez-y quelques feuilles de BYRDS, trois gouttes de Nitty Gritty Dirt Band, un bâtonnet de Sir Douglas Quintet et un zeste de la Revolucion de Emiliano Zapata et vous aurez entre les mains un fabuleux cocktail injustement méconnu mais terriblement goûteux.

Le groupe enregistra plus tard pour Atlantic sous la houlette de Tom Dowd et Jerry Wexler (excusez du peu), mais le disque n'a jamais vu le jour, Wexler partant chez la Warner. Il faut attendre 2009 pour que le label allemand édite ces faces inédites sur la compilation « The Complete Recordings ». Louie Ortega joua ensuite au sein du Sir Douglas Quintet et des Texas Tornados tout en épaulant Flaco Jimenez. Le groupe s’est reformé en 2008, alors qu’Albert Parra n’avait pas tenu une paire de baguettes depuis 38 ans.

Si Louie and the Lovers définissent une belle histoire d’amitié, cette modeste chronique peut également faire figure de pied de nez au mégalomane dangereux et puissant qui s’est mis en tête de construire un mur- frontière en parpaing. D’où l’expression : « Etre con comme une brique » mais là je me trompe peut-être.

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   LE KINGBEE

 
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- Louie Ortega (chant, guitare)
- Frank Paredes (chant, guitare)
- Steve Vargas (basse, claviers)
- Albert Parra (batterie)


1. Rise
2. I've Always Got You On My Mind
3. Sittin' By Your River
4. Driver Go Slow
5. I Know You Know
6. Royal Oakie
7. I Don't Want To Be Seen With You
8. I Just Met You
9. Rock Me Baby
10. If The Night
11. It's The Morning



             



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