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JUNIOR KIMBROUGH - Do The Rump! (1997)
Par LE KINGBEE le 21 Juillet 2019          Consultée 148 fois

Cette chronique fait suite à d’élégants et savoureux échanges entre plusieurs chroniqueurs du site sur le Mississippi, vaste thématique englobant entre autres le Hill Country Blues, registre dont les représentants les plus connus se nomment Fred McDowell, R.L. Burnside, Robert Belfour, Johnny Woods, Joe Callicott, James « Son Ford » Thomas, Willie KING bien qu’originaire d’Alabama, Othar Turner sans oublier la guitariste Jessie Mae Hemphill.

Attaquons-nous à Junior KIMBROUGH, l’un des artisans du North Hill Country Blues. Né en 1930 à Hudsonville, une bourgade paumée au nord du Mississippi, David « Junior » Kimbrough se met à la guitare dès huit ans par l’entremise de son père coiffeur qui, quand il ne coupe pas les cheveux en quatre, anime les kermesses et les juke-joints locaux. Parallèlement à son apprentissage de la guitare, Junior chante dans une troupe de gospel jusqu’à ses quinze ans.

Au début des fifties, Junior côtoie le guitariste blanc Charlie Feathers, un paysan d’Holly Springs, future vedette dans le domaine du Rockabilly. A la fin des fifties, Junior Kimbrough monte The Soul Blues Boys en compagnie des copains d’enfance George Scales, Johnny Smith et Lindsey Boga. En 1966, Junior Kimbrough se rend à Memphis et enregistre plusieurs titres pour le producteur Quinton Claunch, patron du label Goldwax et ancien dirigeant de Hi Records. Il faudra attendre 2009 pour découvrir ces titres, le label Big Legal Mess les rachetant à Claunch.
Malgré ces déboires, un single apparaît un an plus tard par le biais de Philwood, une filiale de Goldwax, mais à cause d'une erreur de typographie dont il est victime, Junior se voit renommé Junior Kimbell, idem pour le titre de la face A baptisé « Tram » au lieu de « Tramp », une reprise du tandem Lowell Fulson/ Jimmy McCracklin. En 1969, Junior met en boîte un 78 tours avec l’un de ses anciens élèves, Charlie Feathers, pressé par le label Perfect.
Durant la décennie suivante, Kimbrough se contente de se produire localement dans le circuit des juke-joints et des bars. En 1982, il enregistre pour High Water un single en compagnie des Soul Blues Boys, c'est-à-dire le duo compose du batteur Calvin Jackson et du bassiste guitariste George Scales. Le guitariste chercheur ethnomusicologue David Evans est pour beaucoup dans la publication de ce single.
Durant les eighties, les Soul Blues Boys servent de premières parties à diverses formations de Rock et de Punk Rock, comme l’avaient fait John Lee HOOKER ou Sonny Boy WILLIAMSON vingt ans plus tôt.
Il faut en fait attendre les années 90 pour que le guitariste grave son premier disque avec « All Night Long » édité par Fat Possum et Demon Records pour l’Europe. Ce disque sert tardivement de tremplin au Mississippien, Kimbrough enregistrant alors plusieurs albums pour le label Fat Possum et passant alors dans d’importants festivals.
Propriétaire d’un petit bar à Chulahoma où il se produit chaque semaine, Junior Kimbrough, déjà victime d’un AVC, décède d’une crise cardiaque début 98 à 67 ans. Deux de ses rejetons, Malone et Kinney, ont repris le flambeau jouant notamment avec les petits-fils de R.L. Burnside. Selon le site Fat Possum, Junior Kimbrough était le père de 36 bambins. Le guitariste sera-t-il accrédité un jour de l’expression : en voir de 36 chandelles ?

« Do The Rump ! », traduisible par "Bougez votre cul", est en fait une compilation regroupant les deux faces du single High Water gravé en juillet 82 et onze titres captés au Rust College Recording Studio d’Holly Springs en aout 88.0 C’est d’abord une sonorité minimaliste qui frappe les esprits ici : une guitare, une basse et une batterie et bien sûr le chant. La batterie évoque par moments les percussions tribales qu’on entend dans une partie de l’Afrique de l’Ouest, caractéristiques qu’on retrouve plus tard dans les chants d’esclaves. Si l’influence africaine est clairement palpable ici, il convient de mettre en avant certaines fragrances héritées des indiens Cherokees et Chickasaws qui ont longtemps habité la région avant d’y être délogés par le colon britannique.
Historiquement, cette partie du Mississippi demeure isolée, malgré l’arrivée de nombreuses familles blanches venues des états voisins de la Louisiane, de l’Alabama, d’Arkansas ou du Tennessee. Durant la seconde moitié du XIXème siècle, la région est régie par les gigantesques travaux du Mississippi, le fleuve devenant l’un des principaux bras économiques du territoire. Si le Delta connaît alors un boom économique, le comté de Marshall situé au nord de ceux du Delta et de Pines va s’isoler du fait de l’éloignement du fleuve. Parallèlement à cet isolement, les cultivateurs noirs, souvent d’anciens affranchis restés sur place après le Guerre de Sécession, vont se sédentariser, ce qui aura également pour conséquence de présager une identité sonore très accrochée aux traditions africaines et indiennes.

Ces multiples remarques historiques sur cette région Mississippi se retrouvent au niveau des rythmes dans le répertoire de Junior Kimbrough. Lors d’une interview, Charlie Feathers affirmait clairement que Junior Kimbrough serait selon lui l’un des pionniers du Cottonpatch Blues, une variante du Hill Country Blues, propos relayés par Robert Kimbrough Sr, l’un des fils de Junior, soit une mixture de Bluegrass et de Delta Blues.

« Keep Your Hands Off Her », traduisible par "Bas les pattes" ou "Retire tes mains", lance les bases du son Kimbrough. Certains trouveront très certainement une trop grande monotonie entre les différentes pistes. « I Feel Good, Little Girl » qui s’ensuit reprend la même facture rythmique avec un brin d’accélération. Mais on peut avoir l’impression d’entendre les mêmes entrelacs de guitare.
Les titres s’enchaînent et finissent invariablement par se fondre les uns aux autres. Le guitariste imprime un tempo bien marqué par le biais de son pouce.
« Come On And Go With Me » débute comme une sorte de prêche religieux très évocateur des répertoires de Willie KING ou Robert Belfour. « Do The Rump ! » qui donne son titre à l’album peut s’apparenter à un boogie à la John Lee HOOKER mais en plus rustique ou rustre. A l’opposé, « I Want To Know What’s Wrong With You » pourra évoquer des titres plus lents et dramatiques figurant dans l’album « It Serves You Right To Suffer » du même HOOKER.
L’auditeur lambda et le néophyte auront l’impression d’entendre ici un Blues amplifié, brut de décoffrage, s’appuyant sur un soutien poly-rythmique solide et puissant débouchant sur un envoutement hypnotique mais se ressemblant étonnement. D’autres, à l’instar de l’auteur de ces lignes, y verront tout l’art d’un guitariste méconnu qui tente de présager l’ancrage de traditions lointaines, regroupant aussi bien influences indiennes, africaines que celles du Delta.

Un disque essentiel pour tous ceux qui voudraient découvrir l’essence même du Hill Country Blues. Afin d’être complet, signalons que le batteur Calvin Jackson, décédé en 2015, est le père de Cedric Burnside. Cedric est annoncé en France pour une dizaine de concerts en novembre 2019, une bonne occasion pour plonger dans l’ambiance du Hill Country Blues.

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   LE KINGBEE

 
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- Junior Kimbrough (chant, guitare)
- George Scales (basse 1-2)
- Earl 'little Joe' Ayers (basse 3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13)
- Calvin Jackson (batterie 1-2)
- Allabu Juju (batterie 3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13)


1. Keep Your Hands Off Her
2. I Feel Good, Little Girl
3. You Better Run
4. I'm So Glad Trouble Don't Last Always
5. Done Got Old
6. Please Don't Leave Me Baby
7. Come On And Go With Me
8. Do The Rump!
9. I Want To Know What's Wrong With You
10. Nobody But You Baby
11. Too Late Baby
12. My Mama Done Told Me
13. Walk With Me



             



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