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2017 FantÔmes

Bertrand GOUELLE - FantÔmes (2017)
Par BAKER le 7 Août 2019          Consultée 281 fois

#musicisdead
C'est la rumeur qui court, et la rumeur n'a pas toujours tort. La musique se meurt, la musique est morte. Dans les médias, la vie de tous les jours, le cinéma, la radio, la télé (les chaînes musicales, cette blague !), la conversation de tous les jours, la musique est devenue non pas un art mineur, mais plus un art du tout. Tout est formaté, tout est pauvre, tout est ennuyeux au possible. On porte au pinacle des chanteurs transparents et tiédasses vecteurs de valeurs, de messages, d'identités fortes mais au grand jamais de plus de quatre accords ; on mise tout sur le clip (video killed the radio. Non, pas que star), le storytelling, chaque caca fûmeux est défendu bec et ongles par des avocats payés plus cher que les compositeurs, et la moindre tentative de sortir des clous se solde par une intifada virtuelle qui a pour résultat direct une absence totale dans les bacs, pas virtuelle celle-là. Bref, ouais, #musicisdead.

Mais la musique en tant que telle, concrètement, ce magma en mouvement perpétuel qui donne naissance à des oeuvres et pas seulement à des "elle a un univers" et autres "un beau message positif de tolérance" ? Eh bien n'en déplaise aux croque-morts costardés qui voudraient éradiquer toute tentative de final à la Fahrenheit 451 et faire tomber tout ce qui n'est pas CETA-compatible dans l'oubli, il y a, il y a eu et il y aura toujours des musiciens, des artistes, des créateurs, des artisans même pour être plus humble, qui feront de la bonne musique, qui la créeront, l'enregistreront, la mixeront et la sortiront. C'est marrant, que la musique "home-studio" n'ait jamais été aussi populaire, avancée et accessible, alors que ben, on le disait : #musicisdead. Marrant mais salutaire.

Enter Bertrand GOUELLE. Ex-ORPHEUS PAIN, chanteur compositeur et multi-instrumentiste, il fait de la musique, seul (sur ce disque), dans son coin (3 mètres carrés), gratuitement. Et l'écoute distraite puis assidue de ce premier effort solo permet de relativiser les choses : non, physiquement, #musicisaliveandwell, et il existe encore des gens assez doués et assez généreux pour la cultiver, la faire évoluer lentement, la pratiquer assidûment tout en la laissant respirer. Que peut-on noter de négatif sur Fantômes en tant qu'album destiné au grand et large public ? Un son certes un peu moins rond et poli, plus aigü et sec que les productions dites professionnelles. Une fin plus ardue que le début, construction progressive de la tracklist oblige. Et quelques petits passages forcément moins efficaces ou passionnants que d'autres.

Pour le reste, Bertrand GOUELLE tape là où ça fait mal, très mal, dans le milieu de la variété française de qualité et pêchue, dynamique, pour ne pas dire souvent épique. Depuis allez, BALAVOINE, on n'avait pas eu ce mélange de textes passionnés, de mélodies sifflables et hautes, et d'une production vraiment raffinée, n'ayant pas peur d'aller chercher loin dans la mélodicité de la new wave et dans la puissance du rock, le vrai évidemment, pas celui qu'on essaie de nous refourguer depuis des années. On va d'abord éliminer la technique : vocalement, notre bonhomme est intouchable ; en lead il envoie le bois avec une bonne diction et une puissance vocale tout droit héritée des cadors du heavy metal (R.I.P. Dédé), mais c'est surtout lorsqu'il fait ses propres choeurs qu'il stupéfie par sa maîtrise. Ecoutez donc l'intro instrumentale, c'est dark mais distrayant, bien fait, sympathique ; les choeurs façon diablotins lubriques sont la cerise qui fait tout le gâteau. Et que dire de la partie finale de "La lumière est morte", sinon que là où les BB BRUNES sont incapables de ne pas massacrer BALAVOINE avec une médiocrité sidérante, Bertrand lui s'attaque à tout QUEEN les deux mains dans les poches.

Les chansons sont variées, piochant daans le métal atmosphérique, le soft rock, le prog FM, l'ambiant, avec une certaine cohésion assurée par la voix. Tous les instruments sont fort bien mixés, avec notamment une batterie programmée très bien fichue et des guitares rythmiques délicieuses. Mais ce qui fait vraiment plasir, ce qui rend l'entreprise passionnante et digne d'intérêt, ce sont les petites idées, les changements de style, de tempo, les surprises, oui, les SURPRISES au sein des chansons. Une intro à la ANATHEMA ("Deep Inside"), un solo de piano jazz pour conclure un epic sombre, un final aux strings qui dynamisent une chanson déjà excellente ("Poussière d'ange"), des claviers taquins (tous enregistrés en direct), une basse à la MAIDEN suivie d'un pont angélique ("L'ombre d'Eros"), des mises en place lorgnant vers le DREAM THEATER des débuts, sans compter de légers parfums de NOIR DESIR (bonne période), THIEFAINE, voire le ANGE des années 2010, influence très visible sur la surprenante mais très bonne chanson finale, d'autant plus drôle qu'ANGE ne fait pas partie des influences directes de notre bonhomme !

Plus mélodique que 99% de ce qui sort en radio actuellement ? Check. Plus rock et plus audacieux ? Check. Au minimum aussi intéressant textuellement que tous les grands génies de ce siècle (CHRIS, GREGOIRE, KENDJI, LOUANE) ? Check. Plus varié ? C'est même plus un check à ce niveau. GOUELLE aime la musique et partage cette passion avec humour (le pont de "Poussière d'ange"), avec respect ("Requiem", la magnifique "Seule la lune"), avec folie, avec goût. Le disque est long mais on ne s'ennuie pas, toujours à l'affût de la petite bêtise, du petit détail qui va tout changer, sans pour autant perdre le fil de la chanson. Bertrand est-il meilleur que les artistes de variété française des années 2010 ? Non, il est également meilleur que ceux des années 2000, voire de certains des 90s. Son courage artistique ferait le plus grand bien à un paysage musical français ankylosé, chloroformé, confit dans sa graisse faite de bons sentiments répugnants et de storytelling baveux et cancérigène. Tout dans ce disque n'est que générosité, et ce qui fait évidemment le plus plaisir, c'est qu'il n'est pas le seul. Ils sont légion, recroquevillés dans leurs home studios minuscules, à fabriquer de bric et de broc des singles, des EP, des albums intéressants, originaux, accessibles mais intelligents. La musique est morte, messieurs les marketeux. Manque de bol, les musiciens, eux, sont toujours là. Et tant qu'il y aura des Bertrand GOUELLE dans notre pays, on peut bien assister à l'enterrement en souriant : nous, on sait qu'en fait, le cercueil est vide.

Note finale : disons 4,25 / 5. Mais je passe à 5, parce que j'en ai marre. Marre du Whiskas périmé qui sévit sur les grandes et petites ondes à longueur d'année. Marre des prétendus génies Kleenex avec lesquels on torche nos fesses des bons sentiments rabougris. Marre des sons electro au nombre ahurissant de trois qui se relaient titre après titre sur toutes les radios de ce pays. Marre des chanteurs bobo à un accord que l'on qualifie de visionnaires humanistes parce qu'ils disent que la guerre c'est mal et l'amour c'est bien. Toi ami lecteur qui me lis, tu écoutes de tout ? Ecoute Bertrand. Il fait partie du tout.

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- Bertrand Gouelle (tout)


1. Eponyme
2. Lémure Infidèle
3. Au Coeur De L'empire
4. L'ombre D'eros
5. Poussières D'ange
6. De L'ail Aux Vampires
7. One Shot !
8. Seule La Lune
9. Deep Inside
10. La Lumière Est Morte
11. Le Cimetière Des Idoles
12. Requiem
13. Un Dernier Verre



             



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