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Art BLAKEY & THE JAZZ MESSENGE - Free For All (1965)
Par DERWIJES le 27 Octobre 2019          Consultée 582 fois

Qu’est-ce qu’une musique intense ? Pour répondre à cette question, j’aurais besoin de votre attention pour une petite quarantaine de minutes afin de vous faire une présentation en quatre points qui s’intitulerait : Free for All, parce qu’une simple écoute de l’album coupe court à tout besoin de le présenter.

Tâchons tout de même d’essayer. Free for All est un album d’Art BLAKEY & the JAZZ MESSENGERS, l’avant-dernier qu’ils ont fait pour la label Blue Note. Enregistré en 1964, il sort en Juillet 1965. Depuis qu’Art Blakey a pris la tête du groupe suite au départ du pianiste et formateur original Horace SILVER, il a fait des Jazz Messengers un vivier de talents, le passage obligé pour tout musicien de Jazz en devenir qui se respecte. Et pour cet album, les noms réunis ont de quoi éblouir : Wayne SHORTER au saxophone ténor ! Curtis FULLER au trombone ! Freddie HUBBARD à la trompette ! Cedar WALTON au piano ! Reggie WORKMAN à la basse ! Et bien sûr, Art BLAKEY à la batterie !

Donc, cet album est intense. J’ai dû l’écouter un bon paquet de fois depuis que je l’ai, mais à chaque nouvelle écoute, je me retrouve scotché par la puissance qui s’en dégage : écoutez les cinq premières minutes du morceau-titre. Allez-y, juste les cinq premières, ou même les deux premières si vous êtes impatients ! Ça commence d’emblée avec une mélodie au piano, avec la batterie qui gagne en intensité lorsqu’éclate le saxophone. Vous voyez ce que je veux dire ? Ce sentiment d’être expulsé au fond de votre fauteuil comme par un ouragan ? Miles DAVIS doit en tout cas connaître ce sentiment puisqu’il cite ce morceau comme l’une de ses principales motivations pour recruter son compositeur Wayne Shorter au sein de son quintet. Ses solos dans « Free for All » (originalement appelé « Free Fall ») sont nerveux et fiévreux et joués avec l’énergie du désespoir. Ecoutez sa partie à la marque des quatre minutes, juste avant que Freddie Hubbard ne prenne le relais. Le morceau suivant « Hammer Head » est du même acabit, mais on y sent plus de maîtrise et moins de lâcher-prise. Cette puissance tout en contrôle, sur le fil du rasoir, me rappelle « Moanin’ », l’album. Je pense que ce morceau y aurait tout à fait eu sa place. Mon seul regret par rapport à ces deux premiers morceaux est que le piano et la basse sont mis très en retrait, en particulier la basse que l’on distingue à peine tout le long du disque. Ce sont, en tout cas dans la ré-édition CD de Rudy VAN GELDER, celle que je possède et la seule que je connaisse, la trompette et le saxophone qui occupent le premier plan. La batterie est en second plan, mais elle envahit l’espace sonore par sa constance. Comme un métronome déchaîné, comme si Art ne jouait que pour lui, la batterie ne s’arrête jamais, à aucun moment. Se concentrer dessus a un effet hypnotique, fascinant. Nombreux sont ceux qui se sont revendiqués de son influence, mais le maître est clairement un niveau au-dessus de tous les autres, dans un monde de son invention dont l’accès n’est réservé à nous autres pauvres mortels que par l’écoute de ses œuvres.
L’autre morceau culte de l’album est « The Core » Freddie HUBBARD l’a composé à la fois parce qu’il estimait qu’elle touchait au « rythmes primaires du jazz » mais aussi en hommage au CORE (Congress of Racial Equality). Il suit « Free for All » dans sa construction : une courte intro, à la basse cette fois, la batterie en arrière-plan qui suit doucement avant de s’enflammer quand arrivent Hubbard et Shorter. On n’a même pas eu le temps de profiter de « Hammer Head » pour se relever qu’on est de nouveau jetés à terre par cet ouragan. Il n’y a guère que la conclusion, « Pensavita », standard de la bossa nova repris par Hubbard, qui nous laisse souffler. Et encore, ça souffle quand même pas mal, mais c’est parfait pour prendre le temps de digérer les premiers chocs.

Avez-vous maintenant une meilleure idée de ce qu’est l’intensité ? J’en doute. Mes mots ne suffisent pas à bien représenter l’écoute de l’album et c’est bien frustrant. Une bonne part de cette intensité est dûe à la production. Rendons à Van Gelder ce qui lui revient, il a certes fait disparaître la basse et le piano mais il a su utiliser l’espace ainsi gagner pour faire gonfler les instruments principaux, leur donner plus d’espace et leur permettre ainsi de souffler plus fort.
Une sacrée bonne pépite dans la vaste discographie des Jazz Messengers. Il n’y a certes vraiment pas beaucoup d’albums à ne pas recommander chez eux, mais je considère Free For All comme une excellente suite au point d’introduction habituel qu’est « Moanin’ ».

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   DERWIJES

 
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- Art Blakey (batterie)
- Freddie Hubbard (trompette)
- Wayne Shorter (saxophone ténor)
- Cedar Walton (piano)
- Reggie Workman (basse)


1. Free For All
2. Hammer Head
3. The Core
4. Pensavita



             



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