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Michel JONASZ - La Méouge, Le Rhône, La Durance (2019)
Par MARCO STIVELL le 7 Novembre 2019          Consultée 334 fois

D'autres chroniqueurs vous parleront forcément mieux de la discographie de Michel JONASZ, aucun doute là-dessus. En attendant, le hasard fait bien les choses ! Si le Rhône et "sa confluante" la Durance me sont plus que familiers depuis toujours (précisément l'endroit où ils se rencontrent), ce n'était pas du tout le cas de la Méouge, encore quelques heures avant de savoir que Michel JONASZ venait de publier un disque dont le titre commence avec elle. Quelques pas perdus dans Séderon, village-étape du massif des Baronnies aux confins sud-est de la Drôme où je me rendais pour la première fois – vrai de vrai -, m'ont amené à la croiser et faire connaissance avec elle, sans préméditation. Puis retour au quotidien et Internet le lendemain, l'enthousiasme de fans de l'artiste qui se sont mis à parler du disque, pour pouvoir faire le lien. Une chance sur... combien ?

C'est donc cette rivière Méouge, indirectement reliée par la Durance au grand plongeur des Alpes suisses (le Rhône) qui est mise à l'honneur par le chanteur-voyageur à l'éternel esprit jazz. Un décor très (haut-)provençal en somme, et au profit de nombreux autres lieux décrits dans ce dernier opus, qui fait suite à Les Hommes Sont Toujours des Enfants (2011). Pause assez importante pour celui qui avait su rester régulier, même en produisant moins.

Beaucoup d'ailleurs ne peuvent s'empêcher de souligner quelques changements dans la voix, moins aisée et plus "forcée", notamment sur le premier titre "On était bien tous les deux", pari plutôt risqué comme introduction, de fait. Pourtant, il suffit de continuer l'écoute et de s'apercevoir que JONASZ n'a pas tant perdu de son talent d'interprète, son timbre crooner particulier, sa douceur le moment venu. "La photo effacée", la diversité d'intonations sur "La maison de retraite" (plaidoyer pour l'amour et l'indépendance, même à un grand âge) restent de beaux efforts de la part du désormais septuagénaire.

Et puis il sait toujours bien s'entourer, avec le guitariste Hervé Brault, le contrebassiste Jérôme Regard, quitte à regarder par-dessus son épaule : Manu Katché à la batterie et Jean-Yves D'Angelo aux claviers, la fine équipe des années 80, au moment où il avait le plus de succès ! Naturellement, il est inutile d'espérer trouver un tube comme alors, ce qui n'empêche pas un groove irrésistible de donner corps à "Baby c'est la crise" funk lent au ton railleur ("En amour on s'économise, on disait qu'on s'aimerait tous les deux, baby c'est la crise !" avec clin d'oeil à BASHUNG). Même qualité pour "Traverser la mer à la nage", remarquablement écrit avec son intro slow à l'ancienne, l'intervention du virtuose Greg Zlap à l'harmonica, puis la modulation inattendue avec cuivres.

Qu'elles se veuillent réalistes ou affranchies, les paroles sont très touchantes, entre "La maison de retraite" ou sur un ton plus simple et positif, "Le bonheur frappe à la porte", belle dose de soleil folk. Avec ses cuivres et ses choeurs negro-spiritual (les mêmes que sur "Baby c'est la crise"), la bossa "Nuits tropicales" est le morceau le moins convaincant, mais il y a déjà du niveau : JONASZ fait courir sa plume au gré des escales. "Sombre est la nuit", où le poète devient crooner, nous rappelle qu'il est un des premiers chanteurs français de sa génération à avoir employé des arrangements orientaux. La chanteuse ZAHO se prête au jeu de façon un peu plus discutable, mais l'instrumentation, avec oud et doudouk, percussions et programmations, demeure splendide.

JONASZ, D'Angelo, Katché n'augmentent plus les tempos, mais ce disque a d'autres atouts pour transporter. "On était bien tous les deux", sa sensualité nostalgique et son côté film des années 50, cordes en prime, a autant de quoi s'ancrer en tête que le blues tendre de "La maison de retraite" et la richesse des arrangements de "La planète bleue", final exotique où le batteur rappelle qu'il a aussi été celui de Peter GABRIEL.

D'Angelo ponctue "La photo effacée" de phrasés inattendus. Les claviers en tous genres (clavinette, Rhodes, Wurlitzer, nappes) sont tous employés avec justesse, notamment sur les morceaux-fleuves, c'est bien le cas de le dire ! "Océan" est de ce goût-là tandis que les dernières paroles nous vont droit aux tripes ("Prends-moi comme tu as pris mon père !"). "La Méouge, le Rhône, la Durance" n'est pas en reste, mon morceau favori sans doute avec cette narration de JONASZ, à la fois prophétique, qui donne l'impression d'errer en se promenant mais qui sait où elle va, sur fond de batterie aux balais, de nappes de synthé, et le groove léger qui va toujours bien.

Arriver à un résultat pareil au bout de temps de temps, cela vaut quand même qu'on en parle et qu'on écoute, que l'on ne connaisse pas (ou peu) JONASZ !

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   MARCO STIVELL

 
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1. On était Bien Tous Les Deux
2. Baby C'est La Crise
3. Sombre Est La Nuit
4. La Méouge, Le Rhône, La Durance
5. Traverser La Mer à La Nage
6. La Photo Effacée
7. Le Bonheur Frappe à La Porte
8. La Maison De Retraite
9. Océan
10. Nuits Tropicales
11. La Planète Bleue



             



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