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M. PATTON / J-C. VANNIER - Corpse Flower (2019)
Par LE BARON le 28 Novembre 2019          Consultée 359 fois

Faut-il présenter ces deux hommes ? Peut-être après tout, car il est possible que les amateurs de Mike PATTON ignorent qui est Jean-Claude VANNIER, et inversement. Présentons-les donc, même si le faire en quelques mots n’est pas simple.

Alors, d’un côté il y a Mike PATTON, extraordinaire chanteur, notamment connu pour ses participations dans des groupes de métal* : FAITH NO MORE, MR BUNGLE, FANTOMAS pour les plus connus. Mais Mike PATTON ne se cantonne dans aucun style. Il peut également chanter de la variété italienne bien sucrée ("Mondo Cane"), de l’électro (on peut citer LOVAGE, ou GENERAL PATTON vs. THE X-ECUTIONERS). Il fait par ailleurs parti des très proches de John ZORN avec qui il a collaboré à de très nombreuses reprises (citons les disques de la série Moonchild, ainsi que The Song Project). Il a également doublé des jeux vidéos, créé un label, des musiques de films, bref ! Mike PATTON est polymorphe, donc passionnant. De l’autre côté, nous avons Jean-Claude VANNIER, compositeur et arrangeur ayant travaillé avec la fine fleur de la variété française depuis 50 ans (de GRECO à JONASZ, en passant par HALLYDAY et NOUGARO). Son fait d’arme le plus marquant ? Histoire de Melody Nelson, de Serge GAINSBOURG, qu’il a composé en partie mais surtout magnifiquement arrangé, participant ainsi très largement à ce qui reste sans doute un des tout meilleurs albums de son inégal interprète. Jean-Claude VANNIER a également enregistré plusieurs albums sous son nom, et jusqu’à récemment. C’est pourtant là encore par son passé qu’il a le plus fortement marqué quelques esprits. Eh oui, on remonte en général à l’Enfant Assassin des Mouches (1972) pour évoquer son grand œuvre : une symphonie psyché-pop brillante et très ouvragée, presqu’exclusivement musicale à l’exception de quelques chœurs et qui reste aujourd’hui inégalée, ses disques suivants étant il faut bien dire plus convenus, quoique toujours très travaillés.

Les deux hommes viennent donc d’univers différents. Entre les hurlements de Mike PATTON et les cordes voluptueuses de Jean-Claude VANNIER, il semble même y avoir tout un monde. Ils ont pourtant plusieurs points communs. D’abord, ils sont des musiciens privilégiant les collaborations : collaborations avec des chanteurs pour VANNIER, avec des groupes pour PATTON**. Leur deuxième point commun, c’est GAINSBOURG. Si l’on a rappelé le rôle de VANNIER dans Melody Nelson, il faut également dire que PATTON aime beaucoup GAINSBOURG, qu’il a déjà chanté***. Les deux hommes se sont d’ailleurs rencontrés à l’occasion d’un hommage organisé autour de lui. Quant au fait de collaborer ensemble, c'est une idée de PATTON, que VANNIER a fini par accepter non sans avoir beaucoup hésité. Les chansons se sont alors construites peu à peu, chacun travaillant de son côté, puis les envoyant à l’autre afin qu’il les complète.

Des chansons, il y en a 12. La plupart sont des créations, quelques-unes de nouvelles interprétations de chansons déjà chantées par VANNIER. Venons-en au fait : elles sont toutes de bonne qualité, toutes très travaillées, et en cela répondent parfaitement à ce que l’on peut attendre d’une telle collaboration. Et pourtant, la plupart semblent un peu lisses, voire plates. En fait, les deux hommes semblent être restés sur le pas de la porte de ce projet, aucun des deux n’osant s’engager vraiment, comme si cela risquait de déplaire à l’autre. Du coup, l’ensemble peut paraître tiède par endroits, d’autant plus qu’il est le fruit de la collaboration de deux types qui ont une personnalité bien à eux. Parions que le mode de collaboration choisi, avec des ajouts successifs de parties musicales d’un côté et de l’autre de l’Atlantique, y est pour quelque chose. Car quelles que soient les qualités des musiciens (PAGANOTTI, entre autres) ou des arrangements, et quel que soit le talent de nos deux comparses, cela donne une musique riche, épaisse mais parfois sans grand relief, les instruments semblant être tous traités au même niveau. En fait, ce disque semble avoir manqué d’une véritable direction musicale, d’une vue d’ensemble. C’est vraiment dommage. On aurait par ailleurs aimé un son plus ample, plus chaud, plus années 1970 en somme ! C’est un véritable point faible, et qui ne rend pas justice au travail de Jean-Claude VANNIER, qui méritait clairement mieux.

Ne noircissons pas le tableau, il y tout de même du plaisir, notamment si on aime PATTON en mode crooner. Et il y a 3 titres qui sortent clairement du lot : « Cold Sun Warm Beer », « Browning » et « Corpse Flower**** ». Dans ces trois chansons, PATTON et VANNIER lâchent enfin les chiens de leur créativité. C’est barré, tout en restant fluide et simple d’écoute, joussif en somme ! Pour rehausser le tout, PATTON massacre la langue française avec une belle énergie. L’entendre dire « Andouillette » ou « Coq-au-vin » est un pur plaisir. On savourera également le fait qu’il se fasse appeler « mou du gland ».

Corpse Flower n’est pas mauvais, loin s’en faut. Il est même bon par moments. Son seul problème réside dans la sensation d’étiolement que l’on perçoit par moments. Quant à ses deux auteurs, on aurait évidemment adoré que leur rencontre engendre une musique moins sage. Ne boudons toutefois pas notre plaisir : l’andouillette est à point.


*Je me risque à employer ce mot, sur ce site bourré de métalleux, alors que je n’y connais pratiquement rien. Il faut dire que le « Métal » pratiqué par PATTON n’est pas forcément très conforme à l’orthodoxie du genre.
**La carrière de Mike PATTON est exemplaire à bien des égards. N’ayant jamais cédé aux sirènes de l’industrie musicale, il continue de privilégier les expériences avec d’autres et ne se met jamais en avant, même dans ses disques les plus récents (DEAD CROSS).
***Notamment en reprenant « Ford Mustang », sur la compilation Great Jewish Music consacrée à Serge GAINSBOURG, et produite par John ZORN.
****Amis botanistes, cette « fleur de cadavre » n'est autre que la puante « fleur de Carrion ».

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- Paris
- Denys Lable (guitares, banjo, mandoline, dobro)
- Bernard Paganotti (basse)
- Daniel Ciampolini (percussions)
- Jean-claude Vannier (claviers)
- Didier Malherbe (duduk)
- Leonard Le Cloarec (contrebasse)
- Bécon Palace String Ensemble (cordes)
- +++
- Los Angeles
- Smokey Hormel (guitares)
- Justin Meldal-johnsen (batterie)
- Mike Patton (voix, choeurs, percussions, samples, synthétiseurs)


- corpse Flower
1. Ballade C.3.3
2. Camion
3. Chansons D'amour
4. Cold Sun Warm Beer
5. Browning
6. Hungry Ghost
7. Corpse Flower
8. Insolubles
9. On Top Of The World
10. Yard Bull
11. A Schoolgirl's Day
12. Pink And Bleue



             



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