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Ella WASHINGTON - Ella Washington (1969)
Par LE KINGBEE le 30 Janvier 2020          Consultée 308 fois

Bien avant d’embrasser le beau métier de Pasteure et de se lancer dans le Gospel, Ella WASHINGTON s’était illustrée dans la musique séculière. Peu de monde se souvient aujourd'hui de son timbre, la floridienne faisant les beaux jours d’une paroisse pour la plus grande joie d’une bande de grenouilles de bénitier.

Ella WASHINGTON voit le jour en 1943 à Miami, ville où elle passe son enfance et son adolescence. Issue d’une famille sans antécédents musicaux, si ce n’est une de ses sœurs qui grave quelques rondelles pour Spector International sous le nom d’Audrey Royal, elle débute le chant sur les bancs d’une église. Au tout début des sixties, elle fait ses gammes dans les clubs de la ville. Lors d’un show au Birdland, Clarence Reid la prend sous son aile et l’emmène à Fort Lauderdale pour la présenter au disc jockey Larry Hargrove qui vient de monter son propre label. Ella met en boite ses deux premiers singles pour Octavia Records. Persuadé de tenir un hit potentiel, Larry Hargrove à la recherche d’un distributeur propose "The Grass Always Seems Greener" à la firme Atlantic sur les conseils de Jim Stewart. Refusant de céder plus de la moitié de ses droits, le disque sera bien publié par Atlantic mais sans la moindre promotion. Le 45 tours ne connait donc qu’un petit succès local principalement dans la Venise américaine et à Miami. Comme en témoigne l’adage, en musique, comme dans la vraie vie, le gros mange souvent le petit. C’est dégueulasse mais c’est comme ça !

Persuadé de son potentiel, Hargrove présente la chanteuse à John Richbourg, le populaire animateur radio de la WLAC. Quand il ne présente pas ses émissions radio principalement axées sur la musique noire, Richbourg, de descendance française, officie comme directeur artistique, producteur et demeure aussi connu comme patron du label Sound Stage 7, une ancienne filiale de Monument Records. L’homme est réputé pour avoir une excellente oreille et des orientations bien éloignées de celles de Nashville, la capitale de la Country. Utilisant à l’occasion les studios de la Stax ou ceux de l’American Recording Studio de Chips Moman, Richbourg est en passe de passer maître en matière de Deep Soul. Outre Joe Simon, il vient d’enregistrer et a publié Sam Baker, Roscoe Shelton, Arthur Alexander et Latimore Brown, tous d’excellents seconds couteaux.

Entre 1967 et 1972, Washington enregistre dix singles pour l’écurie Sound Stage 7, suivi d’un album éponyme reprenant huit titres préalablement parus en 45 tours. On retrouve bien évidemment "He Called Me Baby", la version féminine d’un titre d’Harlan Howard, titre restant à ce jour comme le plus gros succès d’Ella Washington avec une modeste 38ème place dans les charts R&B. Enregistré à Muscle Shoals dans les studios du label FAME, ce titre intègre toutefois le Hot 100 en grimpant sur une encourageante 77ème marche, pas mal vu les moyens limités de Sound Stage 7 dans le monde de la Pop. Deux ans plus tard, Candi STATON reprendra le morceau pour FAME et obtiendra une belle 9ème place dans les classements du Billboard. Les amateurs de Country et de guimauve préfèreront probablement les versions "nunuches" de Patsy CLINE, Skeeter Davis ou la version Outlaw de Jessi Colter. Les fans de Soul sudiste se rallieront aisément aux interprétations de Mesdames Washington, Staton ou de Jeanne Newman. On notera que ce titre fait toujours des émules, le groupe de rock alternatif One EskimO avait samplé avec succès sous le nom de "Kandi", tandis que l’américaine Gina Sicilia reprenait le morceau en 2017.

En ouverture, "Stop Giving Your Man Away", un inusité de Joyce Davis, place le disque sur de bons rails, ceux d’une Deep Soul sixties gorgée de feeling. Si la version originale sonnait un peu « petite fille », celle de Washington se révèle pleinement mature avec la collaboration de Bergen White, un arrangeur qui fera bientôt parler de lui (ELVIS, Tony Joe WHITE, George Jones, Amy Grant) et de Scotty Moore derrière les consoles.
Mais les choses sérieuses commencent véritablement avec "Sit Down And Cry"*, une compo de Clyde Otis, qui relègue à des années lumières la version d’Aretha FRANKLIN, rien que cela ! Probablement la meilleure interprétation de cette pépite Southern Soul, une interprétation qui combine à la fois musique du Seigneur avec l’âme du Diable.

La cadence s’accélère avec "Sweeter And Sweeter", une création du tandem Bob Wilson et Allen Toussaint offerte à Ella. Les deux auteurs lui apportent également le cuivré "The Affair" dans lequel la chanteuse se fait plus mutine et le subtil « Fragile », titre qui évoque le répertoire futur d’Allen Toussaint. Parmi les offrandes souvent obscures, Ella Washington interprète "Starving For Love", une compo de son ami Paul Kelly (ancien chanteur des Spades et des Del-Mires de Clarence Reid), le prototype parfait de la Deep Soul avec de soudaines montées vocales qui finissent invariablement par retomber à l’instar des psaumes, un procédé efficace qui maintient la tension. Autre bonne pioche avec "I Want To Walk Through This Life With You", titre ultra tempéré qu’on pourrait entendre dans une église lors de l’entrée de la mariée et de son paternel. Pour un peu, on aimerait presque convoler en juste noce. Cet excellent titre sera repris par Johnny Adams en plus bluesy et par la chanteuse Joanna Neel prouvait que Country et Soul pouvaient faire bon ménage.

Sur "Doing The Best I Can"⸋ l’orgue influe une coloration crépusculaire, alors que la basse apporte une touche groovy bienvenue. Une véritable déclaration d’amour qui pourrait s’inscrire dans le répertoire de Jean Knight, Candi Staton ou de Margie Hendrix, une autre chanteuse du label Sound Stage 7. Avant de tomber dans l’escarcelle de la Deep Soul, "All The Time"°, coécrit par Mel Tillis et Wayne Walker avait fait le bonheur de tout un tas de chanteuse Country (Kitty Wells, Margie Singleton ou Patti Page). C’est à qui aura mis le plus de kilos de sucre dans sa sucette. Ella Washington transforme cette guimauve pur sucre en une splendide hostie. Pour un peu, j’irais bien réciter deux pater en soulever un godet de vin de messe. Le disque s’achève sur une note Jazzy avec "This Bitter Earth" second emprunt à Clyde Otis, un titre de Jazz vocal grand succès d’une autre Washington, Dinah en l’occurrence.

En 1973, Ella WASHINGTON décida de retourner à ses premiers amours, la musique du Seigneur. En 1980, Ella fera une entorse à sa résolution divine en enregistrant "The Ballad Of Arthur McDuffie", une chanson hommage à un vendeur d’assurance noir, vétéran de la Guerre du Vietnam battu à mort par six policiers pour avoir brûler un feu rouge. C’est un message de rédemption que nous livrait ici la chanteuse. En 1986, elle chantait une ode funéraire lors de l’enterrement de John Richbourg. En 2009 après avoir repris ses études et s’être longuement dévoué à sa paroisse, Ella WASHINGTON est devenue Pasteure à Opa-Locka, une ville située à une vingtaine de bornes au nord de Miami. Cet excellent disque de Southern Soul a été réédité en 2011 sous format CD par Sony Music Entertainment. Bien que John Richbourg n'ait pas développé un style maison aussi distinctif que ceux de Hi Records ou de la Stax, on retrouve toutefois un cachet caractéristique bien dans la lignée des meilleures oeuvres de Southern Soul et de Country Soul.

⃰On peut également conseiller les reprises de Jean Wells et d’Irma Thomas. Un titre homonyme existe dans le domaine du Ska via Errol Dunkley et Prince Buster.
⸋ Il s’agit d’un titre homonyme à la composition de Mort Shuman chantée par ELVIS et Chris ISAAK.
° Il existe de nombreux homonymes : Barry Manilow, Tom WAITS, Arthur Alexander, Sleepy LaBeef.

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- Ella Washington (chant)
- Mac Gayten (guitare)
- Bob Wilson (orgue, piano)
- Tim Drummond (basse)
- Kenny Buttrey (batterie)
- Bergen White (choeurs, arrangements)


1. Stop Giving Your Man Away
2. Sit Down And Cry
3. Sweeter And Sweeter (ray, Ray, Ray)
4. Starving For Love
5. Fragile (handle With Care)
6. He Called Me Baby
7. I Want To Walk Through This Life With You
8. Doin The Best I Can
9. The Affair
10. All The Time
11. This Bitter Earth



             



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