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CHAIN - Toward The Blues (1971)
Par LE KINGBEE le 6 Février 2020          Consultée 178 fois

Certaines chroniques connaissent parfois de curieux cheminements dans la tête de leurs auteurs. Ce sont les images d’un pauvre petit koala fuyant les flammes et se précipitant vers un cycliste pour boire de l’eau qui m’ont amenées à sortir cette petite galette.

Si l’Australie inquiète depuis quelques semaines avec ses terribles incendies, CHAIN modeste groupe de Blues Austral avait mis le riff au bush bien avant AC/DC ou COLD CHISEL. Fondé fin 68 à l’instigation de Phil Manning et du claviériste Warren Morgan, deux anciens membres de Beat’n'Tracks, le groupe fait ses gammes dans les clubs de Perth et gagne de nombreux concours. Après deux ans d’activité Ace Follington, la chanteuse Wendy Saddington et Murray Wilkins quittent le groupe pour voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Alors que Chain vient tout juste d’éclore, les deux survivants décident de continuer l’aventure et recrutent une nouvelle section rythmique en provenance des Wild Cherries avec Barry Sullivan et Barry Harvey et le guitariste chanteur Glyn Mason.

Si le nom du groupe puise son inspiration dans la chanson "Chain Of Fool" de Don Covay popularisée par Aretha FRANKLIN, le combo s’oriente résolument vers un répertoire mêlant Boogie et Chicago Blues. Le combo enregistre un premier single en octobre 69 pour le label de Sydney Festival Records. En juin 70, le quintet enregistre un Live capté au Caesar’s Palace de Sydney. L’album est à peine dans les bacs australiens en octobre que Warren Morgan prend la poudre d’escampette pour découvrir le monde à l’instar d’Ulysse. Le gars reviendra au milieu des années 70 pour rejoindre Ariel, un groupe de Prog.

En septembre 70, Manning se retrouve sans chanteur, Mason étant partis depuis plusieurs mois suivi de Morgan. Le guitariste pense alors à Matt Taylor, un chanteur de Brisbane avec lequel il a joué au sein de Bay City Union. En mars 71, Chain sous sa nouvelle forme enregistre un second single pour Infinity filiale de Festival, dont la face A "Black And Blue" rentre de plein fouet dans le Top Ten australien. A cette époque, Festival rivalisait pleinement avec les gros groupes de diffusion comme RCA, CBS ou EMI. Le petit label n’avait pas peur de donner sa chance aux nombreux groupes locaux et n’hésitait pas à distribuer de nombreux micro labels, une stratégie destinée à faire rentrer de l’argent dans ses caisses mais aussi d’atténuer la prédominance des majors du continent. Un second 45 tours confirme dans une moindre mesure la tendance en juillet. C’est bien connu, en musique il convient souvent de battre le fer pendant qu’il est chaud. Festival par sa filiale Infinity décide qu’il est temps d’envoyer cette jeune bande en studio pour sortir enfin un premier album studio.

Enregistré au TCS Sound Studios de Melbourne, "Toward The Blues" bénéficie d’une production soignée, John L Sayers étant également derrière les consoles. Ce disque demeure un bon coup d’essai pour le producteur ; si Sayers avait collaboré avec succès avec Zoot, Max Merritt & The Meteors ou Billy Thorpe & The Aztecs, c’était un parfait néophyte en matière de Blues.

D’entrée de jeu le disque nous plonge dans le grand bain avec "32/20", qui n’est autre que l’un des 29 titres gravés par Robert JOHNSON. Gravé le 26 novembre 1936 à San Antonio par l’homme, comme le dit la légende, qui pactisa avec le diable, « 32-20 Blues » avait été repris par John Hammond dans une version folk blues aussi proprette qu’emmerdante. Les australiens nous balancent ici un vrai brûlot de boogie avec un harmonica pleurnichard qui décide de se refaire la cerise, une rythmique qui n’a de cesse de nous faire rentrer dans la danse et enfin une guitare qui s’enflamme proche du répertoire de CANNED HEAT. Une interprétation bien plus distrayante que celle de CLAPTON dans l’album "Me And Mr. Johnson". Seconde et dernière reprise avec « Snatch It Back And Hold It » mené tambour battant par un harmonica tout en aspiration proche d’un shuffle train. Titre popularisé par la paire Junior WELLS/Buddy GUY dans l’incontournable "Hoodoo Man Blues", l’interprétation des australiens se démarque de l’original. Si le début fait penser à une combinaison d’harmonica blues et de work song aux accents Country Blues, la suite s’annonce plus enlevée. La rythmique souple et entrainante de l’original laisse place à un nappage volontairement plus abrupt encore une fois orienté vers le Boogie Rock. Une version nettement plus captivante que la reprise de Steve MILLER, mais il est vrai que la pochette ridicule de "Let Your Hair Down" annonçait plus ou moins la couleur.

CHAIN nous délivre ensuite quatre originaux proposant un cachet ou une patine bien caractéristiques. Long de plus de 10 minutes, il en faut presque 2 pour que "Boogie" démarre vraiment après une longue mise en bouche. On se retrouve comme happé par le tempo ensorceleur, la rythmique minimaliste mais terriblement efficace permet à la guitare d’osciller entre Swamp hypnotique et réminiscences oscillant entre Psy et Voodoo tandis que l’harmonica diffuse une tension permanente. Pour bien vous définir le morceau, il vous suffit d’imaginer un poulet à qui on coupe la tête et qui s’échappe malencontreusement, l’animal dans un sursaut de désespoir ne voulant pas terminer à la casserole.

"Booze Is A Bad New Blues" nous propose une ballade déambulatoire entre Folkblues et Boogie. Rythmique pleine de souplesse, guitare évoluant sous forme de shuffle, harmonica qui se veut tour à tour geignard ou espiègle et chant décharné pour 7 minutes pleines de groove. "Albert Gooses Gonna Turn the Blues Looses", titre au nom complètement barré, nous renvoie vers une jam session gorgée de Psy et de Blues Jazzy. Quand ci-dessus on vous parlait d’un poulet décapité, là c’est de l’oie Albert dont il est question, le palmipède tournant e autour du Blues perdu. Si le pianiste Cecil Gant, connu pour son addiction à l’alcool, reste l’auteur de "Loose As A Goose" un piano rag avec contrebasse totalement improvisé, ou il est question d’oie mais aussi de liberté, on doute que les australiens se soient inspirés de cet inusité. Si la guitare prend une voie beaucoup plus fuzz, le titre devient prétexte à un excellent solo de batterie, Barry Harvey s’accaparant le rôle de vedette dans un infernal solo dans lequel les baguettes nous réchauffent les oreilles pendant plus de trois minutes. Le disque s’achève sur "Black And Blues" dans une version se démarquant du single. Si le Boogie Blues demeure la principale trame du morceau, l’intro et les refrains évoquent les chansons de travail et les chants d’esclaves avant que la guitare nous invite à un voyage au cœur d’un bush psychédélique avec une basse d’une incroyable rondeur.

Avec cette étrange pochette évoquant à la fois les canaux d’une oreille interne et ceux de bûchels ou de cors des Alpes, Chain délivrait un disque sans faille dans lequel Boogie et Blues Austral font bon ménage. Un disque sincère et crédible foisonnant d’idées et de délires et qui aura ouvert les portes à Ash Grunwald, Fiona Boyes ou aux Teskey Brothers. Si vous aimez George THOROGOOD, CANNED HEAT ou FOGHAT ce disque devrait vous satisfaire. Si certains auraient peut-être classé cette galette dans le tiroir du Blues Rock, la sincérité et les tempos de Chain nous semblent devoir rentrer légitimement dans la catégorie Blues.

Ce disque a été réédité en CD en 2001 pour fêter ses trente ans avec 3 bonus. En 2007, Picar, label non référencé, a publié le disque en format CD avec 8 titres supplémentaires. Phil Manning et Matt Taylor sont toujours en activité et se produisent parfois ensemble.

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   LE KINGBEE

 
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- Phil Manning (guitare, chant)
- Matt Taylor (chant, harmonica)
- Barry Sullivan (basse)
- Barry Harvey (batterie)


1. 32/20
2. Snatch It Back And Hold It
3. Boogie
4. Booze Is Bad News Blues
5. Albert Gooses Gonna Turn The Blues
6. Black And Blue



             



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