Recherche avancée       Liste groupes



      
BLUES  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 


ALABAMA SLIM - The Parlor (2021)
Par LE KINGBEE le 12 Février 2021          Consultée 328 fois

En préambule, il ne faut pas confondre ALABAMA SLIM avec son confrère Ralph Willis, le guitariste du Piedmont enregistrant sous un sobriquet identique quelques faces pour les labels Savoy et Signature. Le doute n’est de toute façon guère possible, Willis ancien compagnon de route du duo Sonny Terry/ Brownie McGhee, ayant cassé sa pipe en 1957.

Notre Alabama SLIM à nous est originaire de Vance, une bourgade paumée d’Alabama entre Birmingham et Montgomery, ville passée à la postérité via l’épisode Rosa Parks. Milton Frazier voit le jour en 1939 dans une magnifique région. Très tôt influencé par le jeu de Big Bill BROONZY et par le griot texan LIGHNIN’ HOPKINS, par le biais des 78 tours qu’il écoute sur le tourne disque Victrola paternel, Milton fait ses gammes dans les juke joints d’Alabama. En 1965, probablement lassé d’être obligé d’aller uriner dans des pissotières destinées aux Colored People, Milton décide de quitter sa région pour rejoindre la Nouvelle Orleans. Il devient déménageur puis intègre une usine de fabrication d’huile alimentaire, ce qui lui permet de se produire le soir venu dans les tavernes et les clubs de la Crescent City.

En 2005, il enregistre un premier disque ("The Mighty Flood") sous la bannière de Music Maker en compagnie de Little Freddie KING. Il faudra attendre 2010, alors que le bonhomme est âgé de 71 printemps, pour qu’on le découvre en Europe par le biais de la fondation de Tom Duffy Music Maker avec l’album "Blue & Lonesome". Depuis Alabama Slim a gravé un titre sur une obscure compilation du label APO, participé à une tournée européenne en compagnie d’artistes liés à Music Maker (Pura Fé, Albert White, Dr. Burt) et participé à "Music Is In My Home" un 25 cm collector du saxophoniste français Raphael Imbert édité par Jazz Village et enregistré dans un studio des Alpes de Hautes Provence en compagnie du bassiste Big Ron Hunter et Leyla McCalla.

Enregistré en une demi-journée au Parlor Studio (d’où le titre) de la Nouvelle Orleans, cet album brut de décoffrage nous oriente vers un répertoire minimaliste. Les tempos et les cadences souvent hypnotiques évoquent à la fois le "It Serve You Right To Suffer" de John Lee HOOKER, tout en tapissant un climat proche de Willie KING, formidable représentant de l’Alabama Blues. Outre ces deux éminents musiciens, on retrouve ici quelques zestes de Louisiana Blues avec des sonorité à la Lightnin’ SLIM, Silas HOGAN ou Clarence EDWARDS.

Outre son cousin Little Freddie KING, le guitariste retrouve le batteur producteur Ardie Dean (ex Bo DIDDLEY, Gregg ALLMAN, Homesick James) déjà présent sur "Blue & Lonesome". La cohésion entre la guitare et la rythmique semble couler de source dès le premier morceau. Afin d’apporter de la consistance, le bassiste Matt Patton (ex Dexateens, Leo WELSH, DRIVE BY TRUCKERS) et l’organiste Jimbo Mathus (ex Squirrel Nut Zippers), indisponibles le jour de la session, ont enregistré séparément, leur collaboration étant rajouté comme une overdub. Si certains trouveront à redire à ce procédé de plus en plus utilisé, surtout en cette période tourmentée, la symbiose est encore bien palpable, tous ces musiciens se connaissent sur le bout des doigts et ont l’habitude de partager les scènes du Sud ou de se croiser lors de Jam Sessions.

"Hot Foot", une ouverture extra courte d’à peine deux minutes, lance le disque sur de bons rails. La rythmique hypnotique nous plonge dans un univers proche du Delta. "Freddie’s Voodoo Boogie" se place résolument dans le registre du Boogie Guitar, un décor cher à Little Freddie King, à travers ce titre certains parfums caractéristique à Lightnin’ Hopkins percent l’atmosphère. A l’instar de John Lee Hooker, Alabama Slim n’hésite pas à juxtaposer des passages hyper lents à son répertoire habituel comme en atteste "Rob Me Without A Gun". Véritable réquisitoire contre les armes et les vols avec agression (récemment plusieurs musiciens de la région ont été victimes de vol et de car-jacking violents) ce titre plus sombre renvoie irrémédiablement vers Hooker.

Autres pièces s’implantant en plein dans un décor hookerien, "Rock With Me Momma" avec une basse plus présente," Midnight Rider" ou "Someday Baby" sont autant de titres qui pourraient figurer sur le mythique "It Serve You Right To Suffer" publié par Impulse en 1965. A contrario, "Forty Five" nous renvoie vers un mélange entre les Liberators de Willie King et le Swamp de Tony Joe WHITE, l’orgue apportant une tension comme on en retrouve dans certains Gospels. ALABAMA SLIM reprend le standard de BB KING "Rock Me Baby", lui-même inspiré sur le « Roll Me Mamma » de Curtis Jones. Cette fois ci la guitare se fait plus ténébreuse et le timbre évoque le regretté Clarence EDWARDS. « All Night Long » témoigne que les frontières entre le Mississippi, la Louisiane et l’Alabama peuvent parfois se confondre. Le disque s’achève sur "Down In The Bottom"⃰, un superbe Blues terrien à ras de terre.

Publié par Cornelius Chapel Records sous l’égide de Music Maker Relief Foundation, "The Parlor" s’inscrit résolument dans un downhome blues louisianais concocté par Lightnin’ SLIM, Clarence EDWARDS, registre dans lequel Alabama SLIM et ses comparses incorporent une forte dose de Boogie Blues cher à John Lee Hooker et enfin quelques emboitements de guitares assez frustres rappelant fortement le groove déployé par Willie KING et Debbie Bond. Un album comme on en faisait il y a soixante ans, une rythmique squelettique mais terriblement envoutante, des textes simples et un groove exceptionnel de simplicité. Une pure merveille de downhome blues qui vient à contrecourant du Blues cacophonique et sans saveur que nous propose certaines maisons de disques depuis de longues années, croyant peut être que virtuosité technique, rapidité et mauvaise foi peuvent rivaliser avec authenticité.
N’hésitons pas à aller à la rencontre d'un tel disque qui s’inscrit pleinement dans le registre des petites perles obscures éclatant de sincérité. Existe en version vinyle et CD.

⃰ Titre homonyme à celui de Wilie Dixon popularisé par Howlin’ Wolf.

A lire aussi en BLUES par LE KINGBEE :


Tony Joe WHITE
Closer To The Truth (1991)
Adieu l'artiste!




Slim HARPO
Tip On In (1968)
Un disque référence.


Marquez et partagez





 
   LE KINGBEE

 
  N/A



- Alabama Slim (chant, guitare)
- Little Freddie King (guitare, chant 2)
- Ardie Dean (batterie)
- Matt Patton (basse)
- Jimbo Mathus (orgue, piano)


1. Hot Foot
2. Freddie's Voodoo Boogie
3. Rob Me Without A Gun
4. Rock With Me Momma
5. All Night Long
6. Forty Jive
7. Midnight Rider
8. Rock Me Baby
9. Someday Baby
10. Down In The Bottom



             



1999 - 2021 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod