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Jean WELLS - World, Here Comes Jean Wells (1968)
Par LE KINGBEE le 10 Février 2020          Consultée 57 fois

Il y a des gens qui ne doutent vraiment de rien. Il y a peu, un particulier mettait en vente un EP 4 titres de Jean Wells édité par le label Maxi à partir de 250 €. A ce prix-là, vous m’en mettrez une caisse ! Il y a quelques semaines un single Quaker Town se négociait à 100 €, un disque facilement trouvable dont la cote oscille entre 30 et 40 €. Le monde devient dingue ! D’un côté on a des gars qui exigent des sommes exorbitantes, de l’autre des types qui par manque de connaissance ou devant faire face à des dettes bradent de bien belles galettes.

Cette chronique va nous permettre de faire connaissance avec deux individus peu recommandables. D’un côté Nathan Mc Calla, parfois surnommé Big Nat, garde du corps de son état et de l’autre le brave Morris Levy, un homme d’affaire acoquiné à la Mafia et qui à son apogée détenait pas moins de 90 entreprises principalement dans le domaine de l’industrie musicale faisant travailler plus de 900 salariés.

En 1965, McCalla décide de voler de ses propres ailes et fonde le label Calla Records. Au fil des mois, le petit label édite quelques bonnes pépites avec Bettye LaVette, Doris Troy, The Orlons, Roscoe Gordon ou le premier disque de J.J. Jackson enregistré en Angleterre avec des musiciens anglais. C’est chez Calla que Bettye LaVette grava l’époustouflant « Let Me Down Easy ». Quand on regarde de plus près le catalogue Calla, on s’aperçoit que les artistes n’y restent pas très longtemps pour cause de royalties non versées. En 1968, Big Nat va toucher un petit pactole, son label tombant dans l’escarcelle de la Warner. Le bonhomme n’en profitera pas, si Calla fut longtemps distribué par Roulette, propriété de Morris Levy, les rapports entre les deux hommes ne sont plus au beau fixe et McCalla se fait dessouder en 1980. Un comble pour un porte-flingue ! Après une enquête de plusieurs années menée par le FBI, Morris Levy sera condamné en 1988 à une peine de dix ans de prison pour extorsion de fonds, voies de fait et trafic d’héroïne, Roulette n’étant en fait qu’une façade pour la Mafia newyorkaise. Morris Levy perdra son dernier appel et décèdera juste deux mois avant d’aller purger sa peine en 1990. Le personnage a inspiré un rôle dans la série HBO « The Sopranos ».
En 96, à titre posthume, un tribunal a jugé que la succession devait rembourser 4 millions de dollars pour droits d’auteurs non payés.

Revenons au sujet central de cette chronique. Native de West Palm Beach dans la banlieue de Miami, Jean WELLS voit le jour en 1942. Elle débute le chant en frottant ses fonds de culotte sur les bancs de sa paroisse, comme de nombreuses petites filles noires de l’époque. A l’orée des sixties, elle s’installe à Philadelphie où elle accumule tout un tas de petits boulots, mais sa passion pour la musique est intacte. En 1965, elle monte un trio et met en boîte deux singles pour Quaker Town, un micro label local, mais les deux 45 tours ne connaissent qu’un succès local. Elle enchaîne pour ABC, filiale musicale de la Paramount, mais le disque ne se vend pas. Découragée, elle regagne sa Floride avant de revenir tenter sa chance à Philadelphie. Jean Wells chante dans les clubs noirs de la ville et se fait remarquer par Clyde Otis qui lui concocte deux chansons qu’elle enregistre pour Eastern Records sous la direction de Bert Decoteaux, ancien arrangeur de Little Richard et futur producteur pour Dr. FEELGOOD et tout un tas de futures vedettes. Toujours en 66, elle met en boîte un microsillon pour Phila, un label local comme l’indique son étiquette et c’est l’année suivante qu’elle grossit véritablement sa discographie avec huit singles publiés entre 1967 et 1968 par Calla Records.

En 1968, Calla décide de se lancer dans le grand bain du 33 tours. « World, Here Comes Jean Wells » est le troisième album édité par le label après ceux de J.J. Jackson et Larry Page. Malgré un titre qui pourrait au premier abord paraitre prétentieux ou pompeux, Jean Wells nous plonge dans une ambiance flirtant entre Deep Soul et une Soul quasi céleste. Impression renforcée avec « Have A Little Mercy », si la guitare est en parfaite symbiose avec une basse bien ronde, l’orgue en fond contribue à maintenir une tension crépusculaire. C’est simple, il suffit de fermer les yeux et on croirait voir quelques anges. Cette compo de Clyde Otis sera reprise plus tard par Ann Sexton sur un tempo encore plus lent. Le chanteur suédois Jerry Williams, ancien membre des Violents, en délivrait aussi un bon aperçu. Grosse compo d’Henry Glover, « Drown In My Own Tears » demeure le seul titre du disque non édité en single. Si Lulu Reed avait gravé le morceau dès 1952, c’est bien Ray CHARLES qui allait le populariser. Si de nombreux repreneurs s’y attaquèrent (Aretha FRANKLIN, Little Stevie WONDER, Spencer Davis Group, Dinah Washington), l’interprétation de Jean Wells rivalise amplement avec toutes les autres, l’orchestration instaure une ambiance d’église, il n’ya plus qu’à rentrer dans la transe. Autre compo de Clyde Otis, « Sit Down And Cry » est le parfait prototype de la Southern Soul sixties. Repris par Lady Soul, Irma Thomas et Ella Washington, Jean Wells parvient encore à mettre assez d’émotion pour faire chavirer le premier sans cœur venu. Entre la version de Washington et celle de Wells, les cœurs risquent de balancer. Dernière création de Clyde Otis, « Ease Away A Little Bit At A Time » ferme le disque sous un nappage de violonades un peu trop forcé à notre goût. Pour un peu on préfèrerait les reprises d’Etta James ou de Linda Hopkins
Le ton monte d’un cran avec « Try Me And See », compo du newyorkais Dorian Burton, qui nous renvoie carrément vers le côté obscur du Diable et de ses péchés. Ruth Brown inscrira le titre à son répertoire dans une veine similaire.

Si Jean Wells savait mettre le plein d’émotion sur les chansons composées pour elle, la chanteuse était également une excellente auteure. On retrouve ici cinq compositions variées : l’énergique « What Have I Got To Lose », « Broomstick Horse Cowboy » une ballade que n’aurait pas reniée Ray CHARLES, « Our Sweet Love Turned Bitter » qu’on croirait sorti tout droit d’un disque de Bettye LaVette ou de Bettye Swann. Mais ce sont le groovy « I Feel Good » et « After Loving You » un modèle de Deep Soul au tempo lent. Terminons ce modeste panorama en signalant que de nombreux titres sont orchestrés et arrangés par Horace Ott, arrangeur, chef d’orchestre et ancien pianiste des Godtimers de Don Covay, ayant œuvré auprès de Jackie Wilson, Dee Clark, Solomon Burke et qui se fera connaître plus tard au côté des Stylistics. C’est lui que les producteurs français Henri Belolo et Jacques Morali iront chercher pour accompagner et arranger Village People.

Chanteuse discrète, Jean Wells a été programmée six fois à l’Apollo de Harlem. Après ce disque, Jean Wells enregistrera une poignée de singles se comptant sur les doigts d’une seule main et un second album sonnant Disco pour l’écurie Sunshine Records. En 1994, Kent lui a consacré une compilation intitulée « Soul On Soul ». Retirée des studios on ignore si Jean Wells est encore vivante, mais il y a fort à parier qu’elle doit toujours pousser la chansonnette pour le compte du Seigneur dans une église de Philadelphie ou en Floride. Un disque réédité en 1969 par Sonet avec une pochette différente et en CD en 2014 par Calla Records. Un répertoire qui devrait combler tous les amateurs de Soul Sudiste 60’s. Note 3,5.

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- Jean Wells (chant)
- Horace Ott (orchestre, arrangements 1-3-6-7-8-9-10)
- Bert Decoteaux (arrangements 2-4)
- Chris Towns (arrangements 5)


1. Have A Little Mercy
2. Drown In My Own Tears
3. Broomstick Horse Cowboy
4. What Have I Got To Lose
5. After Loving You
6. Our Sweet Love Turned Bitter
7. Try Me And See
8. Sit Down And Cry
9. I Feel Good
10. Ease Away A Little Bit At A Time



             



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