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- Style + Membre : Tangerine Dream

Johannes SCHMOELLING - Wuivend Riet (1986)
Par AIGLE BLANC le 13 Mars 2020          Consultée 149 fois

TANGERINE DREAM a connu, on le sait, diverses moutures au cours de sa longue et mirifique carrière. Pas mal d'artistes ont en effet transité autour de (et dans) l'entité très forte créée par Edgar Froese. Parmi eux, figure le trio gagnant, approuvé par les fans, Peter Baumann (de 1972 à 1977), Christopher Franke (de 1971 à 1987)... et Johannes Schmoelling (de 1979 à 1985). Ce dernier a rejoint le groupe berlinois en remplacement de Peter Baumann, trop dilettante et imprévisible pour assurer convenablement l'ambition musicale du groupe. Compte tenu du talent insolent de Peter, apte à faire de l'ombre à Edgar, la tâche n'était pas simple pour Johannes qui entre en scène après Cyclone (1978) et Force Majeure (1979), deux des albums les plus controversés de TANGERINE DREAM. L'arrivée de Johannes permet au groupe de vivre son second âge d'or musical grâce à des albums aussi solides qu'Exit (1981), White Eagle (1982) et Hyperborea (1983), sans compter les Live aussi réputés que Logos (1982) et Poland (1984). L'arrivée de Johannes SCHMOELLING coïncide aussi avec le début de la carrière américaine du groupe à travers la série des B.O qui, de Thief à Firestarter, l'intronise au pays de l'Oncle Sam.
Mais le rythme effréné de travail, accentué par la liste toujours plus contraignante des commandes de B.O exigées en un temps record (The Thief, Risky Business, Wavelengh,The Keep, Firestarter, Flashpoint, Heartbreakers, Legend, Shy People) finit par avoir raison de Johannes Schmoelling qui quitte le "rêve mandarine" totalement épuisé, après Le Parc (1985), un album où l'on sent poindre pour le moins un manque certain de conviction.
Comme Peter Baumann, Johannes SCHMOELLING, une fois libéré de ses obligations envers le navire berlinois dirigé d'une poigne de fer par Edgar Froese, se lance dans une carrière en solo, projet des plus aléatoires et rarement récompensés si l'on en croit les nombreux exemples d'artistes ayant tenté l'aventure après avoir quitté un navire au succès imposant, dont notamment John Lennon Mick Jagger ou Roger Daltrey à la carrière solo plutôt tiède voire insipide.

Sorti en 1986 sur le label hambourgeois Erdenklang de Ulrich Rützel, spécialisé dans la musique électronique à l'ère digitale, Wuivend Riet présente a posteriori, si ce n'est un intérêt artistique, du moins historique puisque permettant de réévaluer la part de son auteur dans la musique de TANGERINE DREAM de la seconde période des années Virgin, celle qui couvre les années 1980-1985. Si les fans initiaux avaient pu conspuer cette période infiniment moins planante que la précédente, regrettant un rétrécissement du format des titres ainsi qu'une certaine simplification de la démarche artistique consistant à délaisser la part d'improvisation au profit d'une musique très structurée, il apparaît aujourd'hui que cette époque voyait encore le groupe souvent inspiré et très créatif.
Dans le premier effort studio de J. SCHMOELLING, on retrouve des sonorités de claviers bien présentes dans les albums White Eagle et Hyperborea, mais aussi cette science de la mélodie originale, pas forcément transcendante mais fort bien agencée et exécutée, autant de qualités qu'on doit au successeur de Peter Baumann, ayant ouvert le groupe d'Edgar Froese à un auditoire certes moins aventureux, plus conventionnel en somme, mais peut-être aussi plus mélomane et moins accès sur les expériences sensorielles liées aux paradis artificiels. Une musique plus "clean" mais d'obédience plus classique sans doute.
Ce sont les deux titres d'ouverture de l'opus concerné, "Matjora is Still Alive" et "Zeit" (Cela ne vous rappelle-t-il pas un opus mythique de T.D sorti en 1972 ?) qui révèlent le mieux l'apport réel de SCHMOELLING à des albums de la trempe de White Eagle ou d'Hyperborea. Le premier introduit idéalement le disque dans une atmosphère attentiste d'où pointe un soupçon de tension, un peu comme certaines ambiances menaçante de John CARPENTER, à la différence qu'ici l'attente se teinte de sérénité, à la limite du New-Age mais sans la mièvrerie souvent inhérente à ce genre musical. Voici une composition subtile et en apesanteur, aux couleurs certes froides qui n'interdisent pas pour autant un climat smooth propre à la détente, si ce n'est le caractère assez pesant du clavier rythmique qui imprime une vague tension qu'appuie la batterie digitale, le clavier tenant la ligne mélodique principale ne respirant quant à lui que douceur et tranquillité.
Le second titre "Zeit" n'est nullement un décalque de l'album éponyme de TANGERINE DREAM, Johannes SCHMOELLING n'ayant pas les droits sur une musique datant de 1972, époque où il ne faisait pas partie du groupe. Cette composition n'aurait pas dépareillé au sein du live Logos. Débutant par des sons étranges, elle se voit gagnée peu à peu par l'intensité d'une section rythmique finissant par envahir l'espace sonore, un peu à la manière du "Central Park" de l'album Le Parc, alors que les claviers dessinent une nappe, réminiscence de celles qui faisaient la part belle de la B.O de The Keep (A quand une édition officielle de cette B.O, la meilleure de T.D ?).
Malgré son caractère jazzy évoquant les travaux de Keith JARRETT, "Kneeplay no. 9" ne laisse pas un grand souvenir. Cette composition agréable et bien construite, et sa suivante "Walking On Wooden Legs", plus intéressante sans être marquante, constituent le ventre mou de l'album. Elles ont le mérite cependant de ne pas le dénaturer et d'user d'un format court ne dépasant pas les 4 minutes. Elles révèlent aussi en Johannes SCHMOELLING un musicien non dénué d'humour, et semblant ignorer le cliché de l'artiste torturé.
Le titre éponyme, comprenant deux parties distinctes "Wuivend Riet -part 1" et "Wuivend Riet -part 2"), constitue tant par sa durée (environ 19 minutes) que par sa qualité intrinsèque la pièce maîtresse de l'album. Le premier segment de 6 minutes forme une introduction iconoclaste par son jeu humoristique sur les sons où J. SCHMOELLING s'amuse à créer un univers farfelu en trafiquant des voix programmées dont il accélère la bande passante à la manière du Roger WATERS de "Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and Grooving with a Pict". Les deux artistes partagent visiblement le plaisir du travail en studio dont ils se servent comme d'un instrument à part entière, le bassiste de PINK FLOYD à l'époque d'Ummagumma n'aimant rien tant que passer des heures à manipuler les machines d'enregistrement jusqu'à l'obtention du son rêvé tandis que le deuxième claviériste de TANGERINE DREAM est sorti en 1978 de l'université des arts de Berlin muni de son diplôme d'ingénieur du son, ce qui explique qu'il se soit chargé lui-même de la production de son premier opus. On apprécie de même le décalage entre la couleur dramatique impulsée par la batterie électronique et la ligne mélodique très légère des claviers. Le titre n'évolue pas, restant donc dans l'ambient pure. Quant au deuxième segment, il démarre vraiment les hostilités en offrant un grand moment de musique électronique, remarquablement construit selon un crescendo irrésistible. Le climat déployé ici ferait presque paraître trop courtes ces 12 minutes fort bien agencées, sans aucun temps mort ni remplissage. Les diverses phases que traverse la composition rappellent la démarche progressive des longues suites dont TANGERINE DREAM avait à cette même époque le secret. C'est un titre au programme dense auquel l'auditeur est habilement convié, séduit par une section rythmique subtile et des claviers à la musicalité prégnante. Sans lourdeur aucune, ce titre démontre les goûts très sûrs de son auteur en matière de sons qu'il sculpte avec finesse.

Si le disque n'atteint pas toutefois la note 4, c'est parce que lui manquent les moments mémorables qui font le suc des grands albums. Si Johannes SCHMOELLING y démontre un vrai talent, tant artistique que dans sa production, équilibrée et subtile, il pêche aussi par excès de retenue (modestie ?). L'album laisse au final la même frustration que le Tangram de TANGERINE DREAM dont je parierai que l'apport de notre musicien est plus important qu'on ne le pense.

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   AIGLE BLANC

 
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- Johannes Schmoelling (claviers, programmation, percussions électroniques)
- Hans Bosch (voix)


1. Matjora Is Still Alive
2. Zeit (for Stephen)
3. Kneeplay No. 9
4. Walking On Wooden Legs
5. Wuivend Riet -part 1
6. Wuivend Riet -part 2



             



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