Recherche avancée       Liste groupes



      
DARK AMBIENT  |  STUDIO

Commentaires (2)
L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Style : Tangerine Dream, Brian Eno , Klaus Schulze , Harold Budd & Brian Eno
- Membre : Thom Brennan

Steve ROACH - The Magnificent Void (1996)
Par AIGLE BLANC le 6 Janvier 2017          Consultée 1321 fois

Les musiques cosmiques, depuis l'ère des jeunes années de PINK FLOYD, ont fleuri régulièrement durant les années 70. C'est au sein de la sphère électronique que sont apparus les spécimens les plus spectaculaires, que ce soit Albedo 0,39 ou Spiral de VANGELIS, Rubycon ou Stratosfear de TANGERINE DREAM, Cyborg ou Timewind de Klaus SCHULZE, sans oublier les deux cousins français, Oxygene et Equinoxe, de Jean-Michel JARRE. Le rock bien entendu a fait aussi entendre sa voix, notamment à travers l'oeuvre psychédélique si caractéristique de HAWKWIND. Ces groupes et leurs musiques propulsaient l'auditeur dans la stratosfère en direct du cosmos.

Quand Steve ROACH entreprend, en 1996, The Magnificent Void, de tels voyages musicaux ne sont plus vraiment à l'ordre du jour. Ils sonnent même plutôt ringards pour l'auditeur de la fin du 20ème siècle que plus rien n'étonne ou ne fait rêver.
Le dos de la pochette de The Magnificent Void mentionne une citation du célèbre psychiatre tchèque, spécialiste des états de conscience modifiée, Stanislav Grof, qui stipule : L'un des plus mystérieux phénomènes transpersonnels reste l'expérience du Vide, la rencontre avec le Rien et le Silence. Cette expérience spirituelle extraordinaire est d'une nature hautement paradoxale. Alors que le Vide est la source de tout l'univers, il n'a lui-même jamais été engendré. Il se trouve au-delà de l'espace et du temps. Bien qu'on ne perçoive aucune matière concrète dans le Vide, demeure en même temps le sentiment profond que rien ne manque...

Ces quelques lignes ont le mérite d'éclairer la démarche ambitieuse de Steve ROACH : recréer par les sons issus de son laboratoire personnel (son fameux studio Timeroom domicilié en Arizona, sa terre d'élection) l'expérience sensorielle du Cosmos. Quelques rares compositeurs s'y étaient déjà essayés : LIGETI et PENDERECKI par exemple que Stanley Kubrick avait judicieusement choisis pour la B.O de 2001 l'odyssée de l'espace. TANGERINE DREAM aussi avec Zeit (1972) son troisième opus austère mais ô combien fascinant, quelques travaux de CLUSTER peut-être, sans oublier certains moments du sublime Mirage (1977) de Klaus SCHULZE, comme les dix minutes initiales du premier mouvement "Velvet Voyage".
Vous allez me vilipender parce que j'oublie de mentionner ici le Oxygene de J. M. JARRE. Le compositeur français a livré justement une définition très pertinente de sa propre musique. Selon lui, elle se caractériserait par son flottement, c'est-à-dire qu'elle n'évoquerait pas tant les espaces intersidéraux, comme d'aucuns ont pu le penser, mais s'élèverait légèrement au-dessus de la terre, sans outre-passer toutefois les limites de l'atmosphère. D'ailleurs, sa musique, insiste-t-il, garde une forte empreinte terrestre, ce que traduit la célèbre pochette d'Oxygene.
En définitive, assez rares sont les musiques évoquant le vide intersidéral, espace défiant tout entendement parce qu'il affirme la primauté du Rien dont il est tout empli. Suprême paradoxe.

Avant d'entrer dans l'album de Steve ROACH, ne perdez pas de vue ce qui constitue la nature intrinsèque du Vide, espace irrespirable et illimité, plongé dans une nuit éternelle que transperce à peine la lumière émise par les planètes et les étoiles. Autrement dit, ne vous attendez pas à explorer l'espace à la vitesse supersonique des vaisseaux de Star Wars, avec plein de lumière et de faisceaux laser qui brillent partout. Préparez-vous plutôt à y rencontrer l'isolement total, le silence, l'angoisse et à vous sentir baigné par la transcendance. C'est à ce prix que se mérite (i]The magnificent Void.
Vous l'avez compris, l'ambient music pratiquée par Steve ROACH n'est pas celle de l'ère new-age qui prétendait soulager nos maux psychiques par une musique favorisant la réflexion intérieure. The Magnificent Void n'explore pas l'intériorité de l'âme, mais la plonge irrémédiablement dans le cosmos. L'ampleur phénoménale de l'album surprend d'autant plus que les moyens employés ici pour transformer votre salon en planétarium 3D restent des plus banals : quelques claviers numériques et des bidouillages sonores suffisent à noircir et à distordre votre espace personnel, à le creuser jusqu'au vertige.

L'opus présente 8 pistes clairement identifiées au dos de la pochette, cependant la lecture continue ne permet pas de les distinguer tant la masse sonore mise en mouvement s'écoule sans discontinuité, et sans modification perceptible des textures. Comme la plupart des albums de Steve ROACH, celui-ci n'a ni début ni fin, ni réelle structure, du moins aucune qui soit décelable à l'oreille. De sporadiques nappes électroniques traversent l'espace sonore dans un mouvement continu qui évoque le flux et le reflux marins. Auxquelles se greffent des sons étranges, comme des borborygmes de matière virtuelle, qui se mêlent, s'entrechoquent, jusqu'à créer une sorte de drone hypnotique qui parcourt tout l'album, sans aucun silence. Paradoxalement, c'est en remplissant constamment l'espace sonore que S. ROACH recrée l'expérience du vide. Le voyage s'avère simultanément fascinant, grandiose, anxiogène, ennuyeux, mystérieux, asphyxiant, mystique. Autant de qualificatifs qui peuvent s'appliquer à l'expérience du cosmos.

The Magnificent Void n'est pas à mettre entre toutes les oreilles. Ce n'est pas un album que l'on peut écouter en fond sonore, encore moins un album adapté à une soirée familiale. Cette musique atonale, non dépourvue non plus de distorsion, nécessite l'attention constante de l'auditeur et son acceptation à traverser des phases de solitude, d'angoisse et de désorientation.

Assurément, l'un des opus majeurs de Steve ROACH. D'une puissance inouïe.

A lire aussi en NEW-AGE/AMBIENT par AIGLE BLANC :


Steve ROACH
Well Of Souls (1995)
Vivez le voyage du chamane et percevez l'indicible




Steve ROACH
Mystic Chords & Sacred Spaces (volume 2) (2003)
Suite et fin du voyage entrepris au volume 1.


Marquez et partagez





 
   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Steve Roach (tous les claviers et traitements sonores)


1. Between The Gray And The Purple
2. Void Memory One
3. Infinite Shore
4. Cloud Of Unknowing
5. Void Memory Two
6. Void Memory Three
7. The Magnificent Void
8. Altus



             



1999 - 2021 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod