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SWAMP BLUES  |  COMPILATION

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SILAS HOGAN - So Long Blues (1994)
Par LE KINGBEE le 23 Mars 2020          Consultée 57 fois

Si Slim HARPO et Lightnin’ SLIM sont considérés comme les deux poids lourds du Swamp Blues, d’autres représentants ont œuvré dans cette mouvance avant qu’elle ne décline à la fin des années 70. Clarence EDWARDS, Lonesome SUNDOWN, Raful NEAL, Lazy LESTER sans oublier la brillante pianiste Katie WEBSTER ont eux aussi fait feu de tout bois pendant de longues années. Nathan ABSHIRE, Tony Joe WHITE et Tab BENOIT, trois musiciens blancs, rentrent eux aussi de plein fouet dans le tiroir du Louisiana Blues.

Auteur d’un répertoire à tendance rurale, Silas HOGAN fait partie des innombrables seconds couteaux ayant permis à la bannière Swamp Blues de flotter haut et fort avant que les modes, le fric et le vent ne finissent par la faire disparaÏtre.

Silas HOGAN voit le jour en 1911 à Westover, un bled paumé et pauvre basé à deux jets de pierre de Baton Rouge. Silas est un bon garçon. Quand il n’officie pas à la raffinerie ExxonMobil de Baton Rouge, il donne un coup de main dans la ferme familiale, n’hésitant pas à suer sang et eau aux travaux des champs. Jugeant probablement que leur rejeton est capable de voler de ses propres ailes, ses parents lui permettent de quitter le nid familial en 1950. Le tout jeune quadra peut enfin vivre sa vie en s’installant à Scotlandville. Silas s’est lancé dans l’apprentissage de la guitare dans les années 20 en écoutant les 78-tours de Blind Lemon JEFFERSON ou Kokomo ARNOLD qui passaient en boucle à la maison. Gamin, il apprend la technique du picking guitar au contact d’ouvriers agricoles locaux, mais c’est avec ses deux oncles Robert et Frank MURPHY qu’il prend ses premières vraies leçons.
Dès les années 30, Silas se produit dans les pique-niques, les kermesses, les house-parties et les fêtes agricoles des environs. Quand il ne se produit pas avec ses oncles, le guitariste tourne avec le violoniste vétéran Butch Cage, le guitariste Willie THOMAS et Arthur « Guitar » KELLEY. Jouant exclusivement en acoustique, le jeune guitariste oriente son répertoire vers un down home blues se situant entre celui du Texan Lightnin’ HOPKINS et Lightnin’ SLIM. Silas croise la route de Clarence EDWARDS, guitariste des BOOGIE Beats dont la carrière est au point mort. Edwards travaille depuis trente ans dans la même exploitation agricole, une situation qui conforte leur amitié.

Au milieu des fifties, un personnage haut en couleur change la donne musicale du terroir. J.D. MILLER, ancien animateur radio, ex-guitariste de Joseph FALCON, des Four Aces ou des Rice City Ramblers, décide de tenter sa chance dans l’industrie du disque en montant de petits labels : Feature Records, Fais Do-Do. Si le catalogue de Miller se concentre longtemps sur la musique Cajun, son association avec Ernie Young, patron des labels Nashboro et Excello, incite le producteur à bifurquer vers la musique noire locale. Le label Excello connaît subitement quelques petits succès avec Lightnin’SLIM, le « Banana Split » de Kid King’s Combo, « Baby Let’s Play House » d’Arthur Gunter.

En 1956, voyant l’émergence d’une nouvelle scène Blues, Silas HOGAN se remet sérieusement à penser musique et décide de monter sa propre formation The Rhythm Ramblers en compagnie de l’harmoniciste Sylvester BUCKLEY, du batteur Jimmy DOTSON et du guitariste Isaiah CHATMAN. Si, à cette époque, Jimmy REED truste les hits auprès de la clientèle noire, Silas HOGAN tire son épingle du jeu en se produisant le soir dans toute la région, de Baton Rouge à Port Allen jusqu’aux bords du Mississippi où fleurissent de nombreux juke joints. Sur les conseils de Slim HARPO, Silas se met à la guitare électrique, conseil porteur puisqu’en 1959, Silas met en boîte son premier single pour Zynn Records avec « I Wanna Know » et « Looking For My Baby », mais suite à une erreur d’étiquetage le 45-tours apparaît avec le nom de Jimmy Dotson.
En janvier 60, Hogan et ses potes retournent en studio, mettent en boîte « Oh Baby » couplé à « I Need Your Love » publié sur Rocko, autre label de J.D Miller et étiqueté encore une fois avec le nom du batteur. L’année suivante, suite à sa prestation au Champ’s Honeydripper Club, le groupe est repéré par le producteur musicien Lloyd REYNAUD qui décide de les enregistrer. « Born In Texas » et « Let Me Be Your Hatchet » paraissent à 300 exemplaires. Un beau coup d’épée dans l’eau.

En 1962, Excello fête son dixième anniversaire. Afin de faire face aux demandes d’Ernie Young, J.D. Miller décide d’enregistrer de nouveaux artistes du crû. Le 22 juillet 1962, Silas HOGAN enregistre enfin pour Excello « You’re Too Late Baby » et « Trouble At Home Blues ». Le disque ne satisfait pas les exigences de Miller, le producteur pensant que Jimmy DOTSON se chargerait du chant. Le batteur installé à Memphis a été remplacé par Samuel HOGAN, le fils de Silas, qui refuse de refaire les titres. Agé de 51 ans, Silas tourne depuis presque 30 ans dans le circuit, ce n’est plus un gamin prêt à toutes les concessions pour satisfaire les désidératas d’un producteur. Ce premier microsillon, s’il ne révolutionne pas l’industrie du disque, se vend autant que les derniers singles de Lazy LESTER, Jimmy ANDERSON ou Tabby THOMAS. Pour Miller, Silas HOGAN reste une énigme. Le guitariste est plus âgé que la plupart des bluesmen du catalogue Excello, il reste de plus très ancré dans un Swamp rural rappelant parfois celui de Lightnin’ SLIM. La même année, HOGAN grave cinq titres pour Miller, mais ceux-ci restent au fond d’un tiroir ; il faut attendre 1976 pour les découvrir. Ces titres figurant sur la compilation « The Legendary Jay Miller Sessions Volume 2 » sont attribués à Blues Boy Dorsey, sobriquet ridicule attribué par Miller au guitariste vétéran.
En janvier 63, Silas grave quatre titres, mais seuls « Airport Blues » et « I’m Gonna Quit You Pretty Baby » paraissent en singles. En septembre, Silas revient en studio. En dehors du fidèle Isaiah Chatman, il est secondé par une nouvelle équipe comprenant entre autres l’harmoniciste Moses « Whispering » SMITH et Rufus THIBODEAUX (ex Papa Cairo, Bob Wills). Entre septembre 63 et janvier 65, seuls six singles apparaissent dans les bacs des disquaires, de nombreux titres restant à prendre la poussière, on ne sait trop pourquoi. Ce n’est qu’en 1971 qu’Excello publie « Trouble », une compilation regroupant 14 faces issues de singles. Le disque est aussitôt réédité par le label anglais Blue Horizon sous le titre de « Trouble At Home ».
Durant les seventies, HOGAN continue à se produire dans les juke-joints texans et louisianais. Il apparaît à plusieurs reprises au New Orleans Jazz & Heritage Festival et se produit fréquemment au Tabby Thomas Blues Box, club tenu par son ami Tabby THOMAS. En 1986, Silas sort son dernier 45-tours sur le label Blue Beat. En avril 88, paraît « The Godfather » produit par l’anglais Julian Piper et dans lequel figurent Samuel HOGAN et l’harmoniciste Oscar « Harpo » DAVIS. En 1989, le label anglais Flyright publie « The Legendary Jay Miller Sessions volume 32 », une compilation proposant sept inédits.
En 1994, le label ACE publie « So Long Blues », une compilation dédiée à la période Excello avec pas moins de six inédits. Malheureusement, Silas ne verra jamais le recueil, il décède au début de l’année 94 à 82 ans d’une crise cardiaque dans sa bonne ville de Scotlandville où il a passé la moitie de sa vie.

Cette anthologie retrace la période Excello du guitariste à travers 22 titres. Si le répertoire reste très orienté dans le Rural Blues, un style parfois proche de Lightnin’ SLIM, Silas HOGAN propose également une riche palette typique du Down Home Blues. Au gré des plages, le guitariste distille des univers diversifiés. En ouverture, « I’m Gonna Quit You Pretty Baby », dans lequel l’harmonica de Sylvester Buckley serait capable de faire fondre un crapaud buffle, nous expédie dans une ambiance à la Slim HARPO. « Trouble At Home Blues », avec un tout jeune Samuel Hogan aux baguettes, renvoie lui vers Lightnin’ Slim.
Parmi les inédits, « Here They Are Again » nous expédie carrément dans un climat à la Lonesome SUNDOWN, alors que « Roamin’ Woman Blues » avec l’excellent Whispering Smith à l’harmo nous renvoie à un nappage mélancolique digne de Lightnin’ Slim.
S’il fallait résumer le style de Silas HOGAN, « Dark Clouds Rollin’ » représenterait le meilleur condensé.

Silas HOGAN n’a pas la verve de Slim HARPO, ni la puissance de Lightnin’ SLIM, ni la qualité de chant de Lonesome SUNDOWN et encore moins la colère parfois grondante de Clarence EDWARDS. Il n’en demeure pas moins l’un des bons représentants du Swamp Blues à travers une carrière sans esbroufe.

Cette chronique est dédiée à Rudi Carroll, décédé d’un cancer le mois dernier. Rudi a permis à l’auteur de ces modestes lignes de s’en sortir sans trop de mal, alors qu’une bande de redneck l’avait confondu avec un faisan et s’amusaient à lui tirer dessus à bord de leur pick-up, on ne sait trop pourquoi. (Récit d’un voyage initiatique en Louisiane en 1984). Va en paix Brother.

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- Silas Hogan (chzant, guitare)
- Isaiah Chatman (guitare 1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11)
- Al Foreman (guitare 13-14-15-19-20-21)
- Lazy Lester (guitare 22)
- Rufus Thibodeaux (basse 7-8-9-10-11-14-15-19-20-21-22)
- Sherman Webster (basse 16-17-18)
- Bobby Mcbride (basse 16)
- Samuel Hogan (batterie 1-2-3-4-5-6)
- Burnell Hayney (batterie 7-8-9-10-11)
- Jeffery Holden (batterie 13-14-15-19-20-21-22)
- Austin Broussard (batterie 17-18)
- Warren Storm (batterie 16)
- Katie Webster (piano 16-17-18)
- Sylvester Buckley (harmonica 1-2-3-4-5-6)
- Moses 'whispering' Smith (harmonica 7-8-9-10-11-13-14-15-19-20-21-22)
- Jimmy Anderson (harmonica 16-17-18)


1. I'm Gonna Quit You Pretty Baby
2. Trouble At Home Blues
3. You're Too Late Baby
4. Airport Blues
5. Go On Pretty Baby
6. Here They Are Again
7. Lonesome La La
8. Roamin' Woman Blues
9. I'm Goin' In The Valley
10. Everybody Needs Somebody
11. Just Give Me A Chance
12. Dark Cloud Rollin'
13. Early One Morning
14. I'm In Love With You Baby
15. More Trouble At Home
16. Sittin' Here A Wondering
17. So Glad
18. Every Saturday Night
19. Baby Please Come Back To Me
20. If I Ever Needed You Baby
21. Out And Down Blues
22. So Long Blues



             



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