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CAJUN CREOLE  |  STUDIO

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CANRAY FONTENOT - Louisiana Hot Sauce Creole Style (1992)
Par LE KINGBEE le 20 Mai 2020          Consultée 200 fois

La discographie de Canray FONTENOT demeure des plus minces. Le violoniste ne figure que sur quatre disques qu’il partage en compagnie d’Alphonse « Boisec » ARDOIN⃰, des CARRIERE BROTHERS et de BEAUSOLEIL, le groupe de Michael DOUCET. En 1987, Canray a enregistré un single pour le label de Chris Strachwitz ; ce microsillon sera suivi par deux compilations éditées toutes deux par Arhoolie Records.

Canray FONTENOT voit le jour en 1922 à l’Anse de Rougeaux, un hameau entre Mamou et Eunice. Si son paternel Adam figure parmi les meilleurs accordéonistes de la région et si quelques-uns de ses oncles se produisent localement dans les kermesses, les mariages, les pique-niques et les fêtes paroissiales, Canray s’intéresse avant tout au violon. Son premier fiddle est composé d’une boîte à cigare, d’un manche auquel on agrafe quelques cordes de grillage. Canray va vite progresser au contact d’Artemus Rougeau, de Douglas Villa, ses oncles et cousins accordéonistes lui permettant de se familiariser avec la musique créole-cajun, parfois appelée black creole cajun music. Quand il a un peu de chance, le gamin récupère chez des voisins violonistes les cordes cassées qu’il place sur sa cigar-box.
Un de ses oncles lui achète son premier vrai violon en échange d’un coup de main pour sa récolte de maïs. Canray intègre bientôt l’orchestre de son père et se produit avec Amedé ARDOIN. Ce bel équilibre connaît une suite un peu moins gaie : Adam Fontenot décède en 1936, Canray doit quitter l’école pour subvenir aux besoins de sa famille. Il devient cueilleur de coton, coupeur de canne à sucre et même bûcheron. Quand il ne travaille pas dans les champs, Canray se produit avec Alphonse « Boisec » ARDOIN et le guitariste d’Hillbilly George LINNIS. A la fin de la Seconde Guerre, il forme un duo The DURALDE PLAYBOYS avec « Boisec » ARDOIN, les deux musiciens gagnent un peu d’argent en passant sur la KEUN, une radio d’Eunice.
En 1964, le mandoliniste Ralph Rinzler, cofondateur du Smithsonian Folklife Festival, remarque le duo et le sélectionne pour participer au Newport Jazz Festival en 1966. Les deux amis charment le jeune public blanc et c’est une renommée tardive qui leur tomber dessus. Canray et son vieux copain participent à plusieurs tournées européennes, se produisent au Carnegie Hall devant un public new-yorkais ébahi. Chez nous, il se produit avec « Boisec » et deux de ses rejetons au Festival de Ris-Orangis organisé par Daniel Rouiller et Philippe Krüm. En 1974, le duo participait au premier Festival de Musique Acadienne à Lafayette. Canray FONTENOT, cousin éloigné de la famille Ardoin, joue pratiquement jusqu’à sa mort. Victime d’une vie marquée par la rudesse, Canray aimait jouer avec ses voisins et amis et privilégiait une vie tranquille sur son petit lopin de terre. Fiddler réputé, cousin de Bee et Freeman FONTENOT deux accordéonistes ayant enregistré grâce à Gérard Dôle, Canray s’est éteint en 1995 à 72 ans, victime d’un cancer. On peut le voir dans le documentaire « J’ai été au bal ». Aujourd’hui, il n’existe plus aucun représentant de la seconde génération parmi les fiddlers de la Cajun Creole Music. Seul l’excellent Cédric WATSON tente de porter le flambeau afin que les traditions ne se perdent pas.

Cette compilation de 27 titres retrace parfaitement le parcours de cette icône louisianaise. Le compilateur incorpore une série de huit titres enregistrés à Mamou entre 1971 et 1973. Suivent 13 chansons gravées à Welch en mai 1981 et quatre titres mis en boîte à Crowley en juin 85 et enfin un dernier titre « Bernadette » capté au printemps 87 au domicile du violoniste. Parmi ce bel éventail, Chris Strachwitz incorpore onze inédits, ce qui fait de cette compil le recueil le plus complet du violoniste.

Pour les lecteurs qui pourraient s’étonner d’une telle pochette, le compilateur associe le fiddler à une sauce bien connue des amateurs de plats épicés. Le terme Hot Sauce est souvent mis en lumière dans les textes des répertoires Zydeco et Cajun. La sauce Tabasco est fabriquée en Louisiane depuis près de 150 ans et peut être considérée comme l’un des symboles de l’état. Seconde remarque, quand on étudie la pochette c’est bien le visage éclatant du violoniste que l’on garde en image. Si le Black Cajun propose parfois des passages mélancoliques via des valses lentes, la tonalité du fiddle n’engendrant pas dans ce cas de gaieté excessive, il s’agit plus généralement d’une musique festive, destinée à faire la fête, à profiter du bon temps, des amis et pourquoi pas d’un bon gumbo ou d’un plat d’écrevisse.

C’est avec « Les barres de la prison », son plus grand succès, que s’ouvre le disque. Vu le titre, il ne faut pas s’attendre à sauter de joie. Si vous êtes amateur de cajun song et de français à l’ancienne, vous vous délecterez des paroles : « Goodbye chère vieille mam’- Goodbye Pauvre vieux pap’- Moi j’ai été condamné -Pour la balance de ma vie – Dans les barres de la prison … ». Si le rythme est celui d’une valse lente, Canray glisse néanmoins un beau message d’espoir. Autre grand titre du violoniste « Bonsoir Moreau » se situe entre two-step et slow waltz, le violon ne cessant de relancer l’accordéon à bouton de « Boisec » ARDOIN. Ce titre repris à la fois par de nombreux musiciens cajuns et des groupes de Zydeco, connaitra une version étonnante des ZYDECO KICKS, un groupe du pays du Soleil Levant plus que crédible. On ne peut que sourire aux paroles de « Bee De La Manche » : «Bee de la manche, il a volé des moutons - Qui c'est qu'était la cause, c'était la femme à Délina - Travaillait tous les jours rodaillait tous les soirs- Il a été condamné pour la pénitentière ». Un titre remis au goût du jour par BALFA TOUJOURS et Steve RILEY ou Michael DOUCET.
Canray nous offre de bons two-steps instrumentaux : « Canray’s One Step », « Two-Step de Grand Mallet », « Midland Two-Step ». La cadence s’accélère avec l’impayable « Tes parents ne veulent plus me voir ».
A l’instar de Clifton CHENIER, le Roi du Zydeco, le violoniste nous offre d’excellents Blues avec « Lorita’s Blues » et « Les Blues A Canray ». « Hey, Hey Blues » s’annonce plus Jazzy, le son du violon rappelle Stéphane GRAPPELLI tandis que la mandoline de Michael DOUCET lorgne sur Django REINHARDT. « Canray’s Breakdown » dans lequel le violon s’entrelace au dobro de Sonny LANDRETH oscille entre Rag, Jazz Manouche et Hillbilly.
Le caractère profondément rural est bien palpable sur les valses instrumentales « La valse de Mom et Pop », « La Robe Barrée », « Old Carpenter’s Waltz » ou « Le Slow Drag A Nonc Adam ». « La Jog A Plombeau » et « Malinda » fleurent bon le terroir local, alors que « Jig Cajin » diffuse sous une jig endiablée diverses essences telle la polka avec quelques gouttes de Klezmer et de celtique. A signaler un titre chanté à cappella avec « La Table Ronde ». Terminons par l’un de ses plus gros tubes avec « Joe Pitre A Deux Femmes », un two-step délivré ici sous une forme brute de décoffrage et bien rurale. Le titre rentrera dans le patrimoine louisianais, repris aussi bien les formations cajuns (Wallace TRAHAN, Kevin NAQUIN, Jamie BERGERON) que les ensembles de Zydeco (John DELAFOSSE, Fernest ARCENEAUX ou Jeffery BROUSSARD).

Cette compilation retranscrit pleinement la sonorité du registre cajun créole, un style méconnu qui sera mis sur le devant de la scène par des éléments extérieurs à la Louisiane (Chris Strachwitz en Californie, Sam Charters pour Sonet en Suède, Gérard Döle et Jean-Pierre Bruneau pour le label Expression Spontanée ou encore le bostonien Nick Spitzer pour Rounder Records). Alors que les disques de Zydeco sont répertoriés dans le tiroir du Blues, ce disque est rangé sur l’étagère des musiques folkloriques.

⃰Alphonse ARDOIN ne doit pas son sobriquet à la boisson. Enfant, il était le premier à se précipiter dans les champs dès que la pluie tombait. Al est décédé en 2007 à 92 ans. Trois de ses quatorze enfants ont pris le relais ainsi que trois de ses petits enfants dans le Zydeco.

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   LE KINGBEE

 
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- Canray Fontenot (chant, fiddle)
- Alphonse 'boisec' Ardoin (accordéon 1-2-3-4-5-6-7-8)
- Edward Poullard (accordéon 22)
- Morris Ardoin (guitare 1-2-3-4-5-6-7-8)
- David Doucet (guitare 23-24-25-26)
- Sonny Landreth (dobro 23-24-25-26)
- Danny Poullard (guitare 22)
- Gustav Ardoin (basse 1-2-3-4-5-6-7-8)
- Tina Pilione (basse 23-24-25-26)
- Lawrence 'black' Ardoin (batterie 1-2-3-4-5-6-7-8)
- Tommy Alesi (batterie 23-24-25-26)
- Billy Ware (percussions 23-24-25-26)
- Michael Doucet (mandoline, fiddle 9-10-11-12-13-14-15-16-17-18-19-)
- Tommy Comeaux (guitare, mandoline 23-24-25-26)


1. Les Barres De La Prison
2. Canray’s One Step
3. Tes Parents Ne Veulent Plus Me Voir
4. Joe Pitre A Deux Femmes
5. Allons Danser
6. Bernadette
7. Bonsoir, Moreau
8. Lorita’s Blues
9. La Valse De Mom Et Pop
10. Two-step De Grand Mallet
11. Les Plats Sont Tous Mis Sur La Table
12. Hey, Hey Blues
13. Midland Two-step
14. La Coulée Rodair
15. Le Slow Drag A Nonc Adam
16. La Robe Barrée
17. Old Carpenter’s Waltz
18. Bee De La Manche
19. La Jog A Plombeau
20. Jig Cajin
21. Malinda
22. Fi-do
23. Shoo, Black
24. Canray’s Breakdown
25. La Table Ronde
26. Les Blues A Canray
27. Bernadette



             



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